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Analyse

Que fait Racing Bulls que Red Bull ne parvient plus à faire ?

Alors que Red Bull traverse une période d'instabilité, Racing Bulls s'affirme comme l'une des équipes les plus régulières de la saison 2026. Comment l'écurie italienne est-elle devenue une référence… y compris pour sa grande sœur ?

Arvid Lindblad, Racing Bulls, Isack Hadjar, Red Bull Racing

Photo de : Andy Hone/ LAT Images via Getty Images

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Une seule équipe est parvenue à inscrire des points avec ses deux pilotes lors des cinq derniers week-ends de Grand Prix de Formule 1 : Racing Bulls. L'écurie italienne traverse une excellente période et se retrouve désormais au coude à coude avec Alpine dans la lutte pour le statut officieux de "meilleure des autres" au championnat constructeurs. En termes de rythme pur, elle a d'ailleurs clairement pris l'ascendant sur l'équipe d'Enstone ces dernières semaines.

Cette régularité n'a rien d'un hasard. Depuis plusieurs saisons, l'équipe autrefois connue sous les noms de Minardi, Toro Rosso puis AlphaTauri s'est forgé une réputation en concevant des monoplaces particulièrement saines et faciles à exploiter, offrant aux pilotes une base de travail stable.

Yuki Tsunoda avait d'ailleurs reconnu que l'un de ses plus grands regrets en rejoignant Red Bull était d'avoir dû abandonner la VCARB 02, une voiture avec laquelle il se sentait parfaitement en confiance.

Certains estimeront que cette philosophie explique pourquoi les Racing Bulls peinent à viser le top 5. Mais ce n'est pas réellement l'objectif de l'équipe. Bien que Racing Bulls fonctionne de manière indépendante, elle utilise plusieurs composants transférables de Red Bull, comme les suspensions. Sous l'ancienne réglementation, elle conservait d'ailleurs souvent les suspensions de la saison précédente afin de privilégier la stabilité plutôt que les changements permanents.

Isack Hadjar (Red Bull Racing) et Liam Lawson (Racing Bulls).

Isack Hadjar (Red Bull Racing) et Liam Lawson (Racing Bulls).

Photo de: Andy Hone/ LAT Images via Getty Images

Même après son déménagement dans de nouveaux locaux à Milton Keynes, juste en face du campus principal de Red Bull, Racing Bulls reste une structure plus modeste que sa grande sœur. Cela ne l'a pourtant pas empêchée de bousculer la hiérarchie à plusieurs reprises, au point de voir Red Bull venir régulièrement y recruter certains de ses ingénieurs. 

Une politique qui n'a pas vraiment plu à Zak Brown, notamment en raison des délais très courts de "gardening leave" (congés de jardinage). Andrea Landi, par exemple, n'a attendu que trois mois avant de passer de Racing Bulls à Red Bull comme directeur de la performance, alors que McLaren devra patienter jusqu'en 2028 pour récupérer Gianpiero Lambiase.

Le secret de la Racing Bulls

Certes, 69 points séparent encore Red Bull de Racing Bulls au championnat 2026 et la RB22 reste globalement plus performante que la VCARB 03 lorsqu'elle est exploitée à son meilleur niveau. Mais l'écurie italienne réussit aujourd'hui bien des choses que sa maison mère peine à reproduire.

La principale différence entre les deux monoplaces réside dans leur comportement dans les virages lents. La RB22 conserve davantage de vitesse minimale, ce qui est apparu clairement à Silverstone, où Isack Hadjar reprenait près de quatre dixièmes à Liam Lawson et Arvid Lindblad uniquement dans les virages de Luffield et Club.

Jusqu'à ces deux portions du circuit, les deux voitures affichaient pourtant des performances quasiment identiques dans le premier secteur, comme le montrent les données GPS comparant le meilleur tour d'Hadjar en Q3 à celui de Lindblad.

Comparaison des données des meilleurs tours d'Isack Hadjar (en bleu) et Arvid Lindblad (en jaune) en Q3 à Silverstone.

Comparaison des données des meilleurs tours d'Isack Hadjar (en bleu) et Arvid Lindblad (en jaune) en Q3 à Silverstone.

Il est difficile d'être catégorique tant les stratégies de déploiement de l'énergie varient d'une voiture à l'autre, mais les deux monoplaces affichent des performances quasiment identiques en ligne droite. Les mesures de vitesse de pointe recueillies cette saison montrent que les quatre F1 motorisées par l'unité de puissance Red Bull-Ford se tiennent généralement dans une fourchette de seulement 2 km/h lors des qualifications.

C'est surtout en matière d'appui aérodynamique que la VCARB 03 accuse encore un retard. En revanche, en ce qui concerne le déploiement du groupe motopropulseur et la gestion de l'énergie, Racing Bulls semble exploiter son package au maximum.

L'équipe italienne progresse également de manière constante grâce à une série d'évolutions introduites tout au long de la saison. Cette approche a permis à la VCARB 03 de devenir une habituée de la Q3 et d'entretenir une dynamique très positive.

Le nouveau fond plat introduit à Montréal, complété ensuite par de petites évolutions du diffuseur et de la géométrie des bords du plancher à Barcelone, en Autriche puis à Silverstone, a permis à Racing Bulls de poursuivre sa progression.

Surtout, ces gains semblent s'inscrire dans la durée. À l'inverse, le package apporté par Red Bull en Autriche a certes permis à l'équipe de franchir un cap lors de son Grand Prix à domicile, mais ses bénéfices se sont révélés beaucoup moins évidents une semaine plus tard à Silverstone.

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"Ces dernières courses, tout fonctionne vraiment très bien", s'est réjoui Liam Lawson après le Grand Prix de Grande-Bretagne. "Tout ce que nous avons apporté sur la voiture a été positif et a fonctionné comme prévu. Chaque week-end, nous réussissons à gagner quelques petits centièmes."

"Les évolutions apportées ici étaient modestes, mais elles vont dans la bonne direction. Nous avions déjà une voiture rapide en Autriche, et cela nous permet simplement de poursuivre sur cette lancée."

"Le plus important, c'est aussi que nous démarrons désormais nos week-ends très fort dès les EL1. Nous avons très peu de changements à effectuer ensuite : il ne s'agit plus que de petits ajustements. Au final, cela nous a permis d'obtenir une voiture beaucoup plus performante en course."

Quand l'exécution fait la différence

Cette dernière remarque de Lawson illustre peut-être la plus grande différence entre les deux structures Red Bull. Ces dernières saisons, il est devenu courant de voir Red Bull connaître des vendredis compliqués avant de devoir compter sur le travail nocturne de Sébastien Buemi ou Jake Dennis dans le simulateur pour identifier la solution miracle.

L'exemple le plus parlant reste sans doute Imola 2024, où Max Verstappen semblait totalement en difficulté lors des essais avant de transformer son week-end grâce à une succession d'ajustements apportés à sa RB20.

Les deux pilotes Racing Bulls font preuve d'une remarquable régularité depuis le début de la saison 2026.

Les deux pilotes Racing Bulls font preuve d'une remarquable régularité depuis le début de la saison 2026.

Photo de: James Sutton / LAT Images via Getty Images

Pendant ce temps, Racing Bulls semble avoir trouvé la recette pour placer sa monoplace dans une bonne fenêtre de fonctionnement dès les premiers tours de roue. Une qualité particulièrement précieuse dans la bataille du milieu de grille, où Alpine peine régulièrement à rendre son A526 compétitive dès le début des week-ends.

Certes, la complexité supplémentaire d'une voiture conçue pour jouer les premiers rôles peut expliquer en partie les difficultés de Red Bull, mais cet argument perd de sa crédibilité lorsque Mercedes et Ferrari parviennent, elles, à être immédiatement dans le rythme.

L'autre point fort de Racing Bulls concerne les départs. Arvid Lindblad en avait fait une démonstration éclatante dès le premier tour du Grand Prix d'Australie, où la VCARB 03 s'était montrée extrêmement efficace à l'extinction des feux, même si Liam Lawson avait, lui, connu un problème d'embrayage.

Depuis, le Néo-Zélandais a gagné des positions au départ lors de tous les Grands Prix, à une seule exception près : Barcelone, où il a simplement conservé sa huitième place. Avec la RB22, en revanche, les départs semblent beaucoup plus aléatoires.

Là encore, tout repose sur les procédures d'exploitation du groupe motopropulseur. Racing Bulls a manifestement beaucoup travaillé pour corriger les difficultés rencontrées par Lawson en Australie, tout en préparant soigneusement ses pilotes. Comme l'expliquait le directeur de l'équipe, Alan Permane, en Autriche, une partie importante du travail consiste aussi à rassurer les pilotes lorsque le tour de formation ne se déroule pas parfaitement.

"Nous utilisons le même moteur, la même boîte de vitesses et, la plupart du temps, les mêmes pneus au départ. Les trois principaux éléments qui déterminent un départ sont donc identiques", expliquait Permane à Sky Sports.

"Les départs sont compliqués avec ces moteurs. C'est un exercice très difficile pour les pilotes, et nous devons aussi faire en sorte qu'ils restent calmes. Parfois, on effectue un départ de tour de formation et il n'y a pas de puissance."

"Les pilotes pensent immédiatement que quelque chose ne va pas, alors qu'on leur dit : 'Non, ne vous inquiétez pas. Les températures n'étaient simplement pas dans la bonne fenêtre, tout va rentrer dans l'ordre'. Jusqu'à présent, et j'espère ne pas nous porter la poisse en disant cela, tout s'est plutôt bien passé."

Au final, Red Bull semble actuellement passer à côté de plusieurs aspects opérationnels que Racing Bulls maîtrise particulièrement bien. Observer de plus près les méthodes de sa petite sœur pourrait sans doute lui permettre d'optimiser davantage ses propres ressources. À condition, bien sûr, que Racing Bulls ne continue pas à voir partir une partie de ses meilleurs éléments vers l'équipe mère…

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