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Red Bull face à "l'Everest" de son premier moteur F1

Face à l'un des défis les plus importants de son histoire, Red Bull a bien conscience de "l'Everest" à gravir pour parvenir à relever le challenge de la motorisation maison en F1.

Yuki Tsunoda, Red Bull Racing Team 

Photo de : Red Bull Content Pool

L'une des nombreuses curiosités de la saison 2026 sera bien entendu l'arrivée en Formule 1 du tout premier moteur conçu et fabriqué par Red Bull, avec l'aide de Ford. Cette décision, prise dans le contexte du retrait annoncé de Honda de la discipline, place l'écurie autrichienne dans une situation inédite dans son histoire, d'autant plus que la marque n'est pas un constructeur automobile à part entière.

Red Bull a l'expérience de la F1, a remporté des titres et des victoires depuis son arrivée dans le paddock en 2005, mais le défi de passer à une motorisation maison, dans une ère hybride qui plus est (même si les moteurs 2026 seront plus simples que les actuels), relève de la montagne à gravir. 

Une analogie que Toto Wolff, le directeur de Mercedes, n'a pas manqué de faire à Zandvoort. Quand, après avoir été interrogé sur ce qu'il fallait attendre de la concurrence en 2026, il avait été fait remarquer à l'Autrichien qu'il n'avait pas évoqué Red Bull dans sa réponse, il avait répondu en plaisantant : "Oui, eh bien, ils vont être à chier."

Puis, à la question de savoir s'il était possible, de façon réaliste, de voir Red Bull au niveau avec ce tout nouveau projet, il avait répondu : "Ma première réponse serait donc que c'est un véritable Everest à gravir, car nos départements moteurs se sont développés au fil de plusieurs décennies. Et je pense que le moteur Red Bull est né parce que Christian [Horner, l'ancien directeur et PDG de Red Bull Racing] n'était pas enthousiaste à l'idée d'une collaboration avec Porsche."

"Je crois que l'accord était presque conclu pour que Porsche détienne 50% de l'équipe. Ils auraient reproduit le management de Red Bull et fourni le bloc motopropulseur. Je pense que cela avait été convenu entre les deux dirigeants, Wolfgang Porsche et Dietrich Mateschitz. Mais cela ne s'est pas fait. Et cela ne s'est pas fait parce que Red Bull ne voulait plus dépendre d'un autre équipementier ou fournisseur de moteurs, mais souhaitait voler de ses propres ailes. C'est évidemment quelque chose que Dietrich Mateschitz a fait toute sa vie, de défier les plus grands. Et c'est ainsi, je pense, que ce projet a vu le jour."

Il ne faut jamais sous-estimer quiconque possède dans ce sport la capacité de bâtir quelque chose à partir de rien.

"Cela dit, il ne faut jamais sous-estimer quiconque possède dans ce sport la capacité de bâtir quelque chose à partir de rien, avec de nouvelles idées, peut-être une façon différente de penser en termes d'innovation, et de créer un produit qui peut surprendre. Les probabilités sont contre eux, mais il se peut que, pour une raison ou une autre, ils réussissent. Et même si ce n'est pas le cas, la réglementation actuelle sur les moteurs prévoit que si vous êtes en dehors des 2% par rapport à la meilleure unité de puissance, vous disposez d'une allocation supplémentaire sur le banc d'essai."

"Vous pouvez donc y parvenir, mais cela ne se fait évidemment pas en une ou deux courses, ni même en une saison. Il faut un certain temps pour se réajuster. Mais c'est assurément un défi énorme qu'ils se sont lancé en décidant de développer leur propre moteur. Toutefois, rappelez-vous, quand ils ont repris l'équipe [fabriquant le] châssis, tout le monde plaisantait sur l'entreprise de boissons énergisantes qui essayait de rivaliser avec Ferrari, Mercedes et McLaren en Formule 1, et ils ont fini par gagner. Alors peut-être que nous en parlerons différemment dans cinq ans."

Est-ce encore plus difficile aujourd'hui, selon lui ? "Je pense qu'en raison de la complexité des moteurs actuels, c'est plus difficile. Mais si les règles sur les moteurs évoluent vers des moteurs V8 avec une contribution électrique plus conventionnelle, peut-être dans quatre ou cinq ans..."

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'Everest

Laurent Mekies en conférence de presse FIA à Monza, en compagnie de Frédéric Vasseur et Ayao Komatsu.

Laurent Mekies en conférence de presse FIA à Monza, en compagnie de Frédéric Vasseur et Ayao Komatsu.

Photo de: Mark Sutton / Formula 1 via Getty Images

Interrogé à Monza sur les propos de Wolff et la difficulté du challenge représenté par le moteur maison, Laurent Mekies, qui a pris les rênes de Red Bull Racing en juillet après l'éviction de Horner, n'a pu qu'acquiescer en conférence de presse : "Je pense que Toto a raison quand il dit que c'est un Everest à gravir. C'est exactement ça. C'est complètement fou de prendre la décision de développer son propre moteur, comme l'a fait Red Bull. C'est un défi incroyable à relever. C'est le genre de folie dont Red Bull est capable, donc c'est une sensation agréable."

"Mais nous ne sous-estimons pas à quel point c'est fou. Ces gars-là font ça depuis 90 ans ou quelque chose comme ça. Il serait donc ridicule de notre part de penser que nous allons débarquer et, dès le début, être au niveau de Ferrari ou de Mercedes. Ce serait ridicule. Mais cela se met en place à la manière de Red Bull, au niveau le plus élevé possible. Nous avançons étape par étape. Nous essayons de monter en puissance le plus rapidement possible, tant au niveau de l'unité de puissance que de la structure qui l'entoure : les personnes, l'infrastructure."

"Ensuite, comme je l'ai dit, nous nous attendons à une année de travail acharné, à de nombreuses nuits blanches l'année prochaine pour essayer d'atteindre le bon niveau. Mais c'est un défi qui ressemble beaucoup à un défi Red Bull, et nous adorons ça. Nous n'allons pas donner de chiffre sur le niveau que nous pensons atteindre, car je pense que personne n'en a, mais nous savons que nous avons une montagne à gravir, comme l'a dit Toto."

Avec Ronald Vording

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