Le rachat du moteur Honda par Red Bull est-il envisageable ?

L'annonce du retrait de Honda fin 2021 a d'abord eu l'effet d'un séisme, la semaine dernière. Désormais, la question qui se pose est de savoir ce que peut et ce que va faire Red Bull.

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Pour Red Bull, les options paraissent limitées puisqu'il n'y aura que trois motoristes pour équiper le plateau en 2022, sans aucun signe pouvant laisser imaginer l'arrivée d'un nouveau constructeur. Cette situation, l'écurie autrichienne l'a déjà connue en 2015, et l'on sait depuis que recourir aux unités de puissance Mercedes ou Ferrari est hypothétique. La marque allemande a d'ailleurs déjà fermé la porte, et c'est donc vers Renault que tous les regards se tournent logiquement. En dépit d'un passé houleux entre les deux structures, ce remariage pourrait être le plus probable, ne serait-ce que par le fait qu'il puisse être imposé par le règlement.

Cependant, il existe une autre alternative : et si Red Bull faisait l'acquisition du bloc Honda pour ensuite le développer par ses propres moyens ? Dans le paddock du Nürburgring vendredi, Christian Horner n'a cessé de répéter que son équipe devait "envisager toutes les options" tout en rappelant que les ambitions de Red Bull rendaient difficile d'imaginer son fonctionnement en devenant une "équipe cliente standard". "Les aspirations de l'équipe sont extrêmement élevées : elle veut gagner, être en lice pour des titres mondiaux", a-t-il rappelé. "Nous devons prendre le temps de travailler sur les options qui sont disponibles, afin de finaliser notre réflexion, certainement d'ici la fin de la saison, et surtout avant la fin de l'année. Nous devons envisager toutes les options, puis prendre les décisions en conséquence."

Le directeur de Red Bull Racing a bien sûr été confronté directement à la question que tout le monde se pose : est-ce réellement possible de faire perdurer le projet technologique de Honda en le reprenant à son propre compte ? L'intéressé est souvent resté évasif, déplaçant le sujet sur le volet financier. "Lorsque l'on regarde les coûts qu'implique la fourniture moteur, ils sont énormes, et c'est pour cela que la Formule 1 a échoué dans sa tentative d'attirer de nouveaux motoristes et de nouveaux constructeurs", a-t-il fait remarquer. "Cela met en évidence les coûts engendrés par la réglementation. Le retrait de Honda est vraiment dommage pour la Formule 1, mais c'est aussi une vraie piqûre de rappel."

Les coûts énormes des unités de puissance sont une réalité, mais cela ne semble toutefois pas être un levier majeur et immédiat pour tirer Red Bull de cette situation, car quoi qu'il se passe, personne n'attend l'arrivée d'un nouveau motoriste avant 2026, date à laquelle une nouvelle réglementation devrait voir le jour. Chez Mercedes et Renault, on se dit convaincu du fait que Red Bull dispose d'un "plan B". Celui d'un projet indépendant ?

"Il n'y a pas de nouveaux motoristes prêts à entrer en F1", a insisté Christian Horner. "Je crois que Toto [Wolff, directeur de Mercedes] a été clair en disant que Mercedes ne voulait pas nous fournir de moteur. Cela limite donc le choix à deux motoristes présents dans la discipline. Nous voulons être au niveau, nous voulons gagner des titres mondiaux. C'est pour cela que Red Bull est en F1. C'est pour cela que nous sommes là. Et nous ne pouvons le faire qu'avec une unité de puissance compétitive. C'est à partir de là que nous devons prendre notre temps, mener les études nécessaires."

Mateschitz peut-il avaler son chapeau ?

Max Verstappen, Red Bull Racing RB16

Directeur général de Honda F1, Masashi Yamamoto n'a pas caché que la base du motoriste en Grande-Bretagne, à Milton Keynes, pourrait revenir à Red Bull en cas d'intérêt manifesté par l'entreprise autrichienne. Il a toutefois rapidement relativisé en précisant qu'il n'y avait "rien de décidé pour le moment". Sur la possibilité de reprendre le projet moteur à son compte, Christian Horner a quant à lui assuré qu'il n'y avait eu jusqu'à présent "aucune discussion formelle". Faire l'acquisition du programme F1 de Honda serait une manœuvre d'envergure pour Red Bull, qui plus est dans une période où tout le monde en F1 va vers une réduction des coûts. Grand patron de Red Bull, Dietrich Mateschitz a toujours insisté sur la nécessité de réduire les dépenses pour la motorisation. Le voir faire lui-même une telle acquisition serait donc un incroyable retournement de situation…

Pour se rendre compte de l'importance d'un tel programme, il suffit de jeter un œil à l'organisation du département moteur de Mercedes à Brixworth, où l'on trouve pas moins de 700 employés qui travaillent à la fois sur le programme F1, le programme Formule E et celui de la Project One. Une dimension qui est également liée au fait de fournir trois écuries clientes à partir de 2021 (Aston Martin, McLaren et Williams) en plus de l'équipe d'usine. Certes, dans le cas de Red Bull il n'y aurait qu'une seule écurie cliente, à savoir AlphaTauri, mais cela nécessiterait tout de même une importante logistique ainsi que le recours à un partenariat avec un spécialiste moteur, comme pourrait par exemple l'être Mugen. Ce dernier point apparaît incontournable pour développer une telle unité de puissance dans le temps.

Les inconvénients apparaissent ainsi plus nombreux que les avantages. Toujours est-il que le moment est venu pour Red Bull de se poser les questions et le retrait de Honda pousse la firme à le faire, de façon bien légitime. Ces interrogations ont leur place dans le timing actuel, à 18 mois de la saison 2022 qui sera également marquée par le tournant réglementaire pour les monoplaces.

"Dans ce sport, nous voyons parfois que l'inexplicable peut se produire, et il en va de notre devoir d'étudier quelle est la voie la plus compétitive pour 2022", conclut Christian Horner. "Nous avons le temps, Honda nous permet d'avoir ce temps. S'ils avaient pris cette décision au printemps prochain ou à l'automne, ça aurait été le pire scénario pour nous. Nous ne sommes qu'à la moitié de notre partenariat avec Honda, et nous avons accompli beaucoup de choses ensemble. Nous voulons faire encore plus pour le temps qu'il nous reste ensemble, et il y a évidemment la plus grosse question qui est de savoir quoi faire entre maintenant et la fin de l'année prochaine."

Alex Albon, Red Bull Racing RB16, Pierre Gasly, AlphaTauri AT01 <
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