Renault dénonce la "manipulation" de Red Bull

Le divorce est consommé entre Renault et Red Bull, mais le torchon brûle toujours entre les deux parties, avec un conflit qui tourne toujours autour des mêmes axes.

Renault dénonce la "manipulation" de Red Bull

Red Bull Racing et Renault ont entretenu l'une des plus longues collaborations de l'Histoire de la Formule 1 de 2007 à 2018, mais aussi l'une des plus victorieuses avec 59 succès (dont neuf via des moteurs rebadgés TAG Heuer) contre 63 pour Williams-Renault de 1989 à 1997 et 78 pour McLaren-Mercedes de 1995 à 2014.

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Les quatre titres consécutifs obtenus par Sebastian Vettel au début des années 2010 paraissaient toutefois bien lointains, puisque le groupe propulseur au Losange manque quelque peu de puissance et de fiabilité depuis le début de l'ère hybride en 2014. Voilà le contexte qui a mené à la séparation des deux parties, malgré tout de même 12 victoires sur cette période pour Red Bull.

"L'une des raisons pour lesquelles nous ne sommes pas réellement désolés de mettre un terme à la relation avec Red Bull est simplement parce que Red Bull contrôlait notre communication, et il nous fallait réagir", déclare Cyril Abiteboul, directeur de Renault F1 Team, pour Motorsport.com. "Ce n'était pas équitable, parce que Red Bull est bien plus puissant que nous du point de vue de la communication. Nous étions constamment en difficulté, et à de nombreuses reprises, c'était une communication conforme à leurs objectifs. Et nous sommes dans un monde où, malheureusement, le bruit et la communication sont en train de devenir une réalité."

"Soyons clairs : notre situation moteur n'est pas encore ce qu'elle doit être, mais elle n'est pas aussi mauvaise qu'elle en a l'air au premier abord, et je peux vous dire qu'elle sera bien meilleure l'an prochain."

Sans surprise, le son de cloche est très différent du côté de Red Bull, dont le conseiller Helmut Marko déplore à notre micro un manque de puissance moteur non négligeable.

"Nous étions dans la catégorie B dès le début", affirme l'Autrichien au sujet de la saison 2018. "Il nous manquait 70 ch en qualifications. Selon le circuit, c'était moins. Mais en moyenne, nous étions toujours au moins 40 ch derrière. On a parfois fait de nous les gros pleurnichards. Mais nos données GPS montrent clairement combien nous perdons en ligne droite et combien nous gagnons dans les virages. Quand le moteur Ferrari était à son apogée, la différence était encore plus extrême."

Quant à savoir si Red Bull gagnera au change en rejoignant le giron de Honda, qui motorisait déjà Toro Rosso l'an dernier, Cyril Abiteboul n'est clairement pas convaincu. "Honda reste 20 kW [27 ch] derrière nous", indique le Français dans les colonnes de Marca. "Je sais ce que dit Red Bull, mais ils dissimulent les faits et manipulent les données. Je comprends leur stratégie de communication, mais il n'y a pas de faits. Au final, on verra que Honda est 20 kW derrière et n'a pas progressé par rapport à sa position actuelle."

Red Bull a confronté McLaren à la réalité

Malgré un partenariat qui a tourné au vinaigre, Abiteboul préfère voir le verre à moitié plein. Red Bull représentait en effet depuis longtemps la référence des écuries propulsées par le Losange. Les monoplaces au taureau étaient ainsi une cible logique pour Renault et McLaren, qui demeurent plus en retrait : en 2018, la RB14 était en moyenne dans les 100,8% du meilleur temps, contre 102,1% pour Renault et 102,9% pour McLaren. La structure de Woking tenait pourtant son précédent motoriste, Honda, pour responsable de ses maux.

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"Il y a eu des points positifs à cette relation avec Red Bull," poursuit Abiteboul pour Motorsport.com. "Et franchement, s'il fallait réécrire l'histoire, je ne changerais pas le moindre mot. Je pense que c'était génial d'avoir Red Bull lors des trois dernières années, qui étaient vraiment les débuts de notre propre écurie d'usine, car l'équipe pouvait montrer ce dont le moteur était capable, en bien comme en mal. C'est clairement quelque chose qui nous a vraiment évité des problèmes avec McLaren, car McLaren se faisait des illusions, et le retour à la réalité a été douloureux."

"Nous ne nous faisons pas d'illusions. Nous ne rêvons pas. Nous savons exactement où nous en sommes au niveau du châssis et du moteur. Mais je pense que nous avons suffisamment de maturité dans la compréhension de nos forces et de nos faiblesses pour pouvoir perdre Red Bull et se concentrer, contrôler notre communication, contrôler notre image, contrôler nos dépenses, contrôler notre investissement et notre stratégie de développement. Nous avons le contrôle, et c'était l'une des raisons de notre retour en tant qu'écurie d'usine."

Propos recueillis par Jonathan Noble et Christian Nimmervoll

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