Rétro 1995 - La sublime victoire de Jean Alesi à Montréal

Le Français Jean Alesi a remporté sa première et unique victoire en Formule 1 sur le circuit Gilles Villeneuve, à Montréal, à l’occasion du Grand Prix du Canada 1995. Et pour en rajouter au succès et à la joie de l’Avignonnais, il s’agissait aussi du jour de son 31e anniversaire !

Rétro 1995 - La sublime victoire de Jean Alesi à Montréal
Jean Alesi, Ferrari 412T2
Damon Hill, Williams Renault
Jean Alesi, Ferrari 412T2
Michael Schumacher, Benetton B195
Jean Alesi, Ferrari 412T2
Rubens Barrichello, Jordan 195
Jean Alesi, Ferrari 412T2
Le vainqueur Jean Alesi, Ferrari 412T2
Michael Schumacher, Benetton ramène Jean Alesi, Ferrari
Podium : le vainqueur Jean Alesi, Ferrari
Podium : le vainqueur Jean Alesi, Ferrari, le second Rubens Barrichello, Jordan, le troisième Eddie Irvine, Jordan
Jean Alesi, Tyrrell 018

Après avoir effectué des débuts fracassants en Formule 1, en terminant quatrième au Grand Prix de France 1989 aux commandes d’une humble Tyrrell-Ford, Jean Alesi a démontré tout son talent en affrontant les meilleurs du moment, les Senna, Prost, Mansell, Berger, Piquet et autres.

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Non à Williams, oui à Ferrari

Fin 1990, Alesi, d’origine sicilienne, cède aux chants des sirènes et accepte de piloter pour la prestigieuse Scuderia Ferrari. Un Italien chez Ferrari, ça a de la classe. Mais pour cela, il refuse un volant chez Williams, ce qui lui vaudra d'être sévèrement critiqué par certains, car si l'écurie britannique s’apprête à dominer la F1, Ferrari aborde une pente descendante…

Alesi devra attendre quatre années et demie avant de savourer sa première victoire. Entre 1991 et la mi-1995, le Français aura tout connu : quelques beaux résultats, mais surtout un lot impressionnant de pannes mécaniques, des collisions, des accidents et des sorties de pistes en tous genres.

Malgré toutes ces amères déceptions, Alesi ne baisse jamais les bras. Début 1995, la Ferrari 412T2, créée par John Barnard, Gustav Brunner et Willem Toet, semble être plus compétitive que ses devancières et lui permet de récolter deux podiums, avant de voir son moteur exploser en Espagne et de s’accrocher avec la Ligier de Martin Brundle à Monaco.

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Le monde de la F1 arrive à Montréal et Michael Schumacher, auteur de trois victoires en cinq courses, tient vite à démontrer qu’il est l’homme du moment. Il installe sa Benetton B195-Renault en pole position avec un chrono de 1’27”661, quatre dixièmes de seconde devant la Williams FW17-Renault de Damon Hill. Viennent ensuite David Coulthard dans la seconde Williams et Gerhard Berger aux commandes d’une Ferrari. Alesi est cinquième sur la grille. "Je ne m’étais pas bien qualifié, mais j’étais très déterminé à prendre un super départ", raconte-t-il à Motorsport.com.

Déception pour Schumacher, joie pour Alesi

Au feu vert, Schumacher s’envole devant Hill et Berger. Le Brésilien Rubens Barrichello a profité d’un super départ et sa Jordan 195-Peugeot et figure en quatrième place après avoir démarré de la neuvième. Alesi aussi est à l’attaque, il double des rivaux et sa Ferrari rouge pointe en troisième place à l’issue du second tour. "J’ai été agressif et après quelques tours, j’ai doublé Hill et je me suis retrouvé en deuxième place derrière Michel Schumacher, mais je n’arrivais pas à combler mon retard sur lui", poursuit Alesi.

En fait, Hill est aux prises avec des ennuis techniques et perd du terrain. Il abandonnera finalement au 51e passage sur panne du circuit hydraulique de la boîte de vitesses. Pendant ce temps, Alesi est toujours deuxième derrière Schumacher. Mais tout s’écroule pour l’Allemand quand sa Benetton se retrouve soudainement bloquée en troisième vitesse, victime d’une panne électrique. Il reste 11 tours à parcourir et Schumacher s’engouffre dans les stands. L’équipe lui change son volant, effectue une remise à zéro et renvoie son pilote en piste.

Toutefois, trop loin derrière, Alesi n’a rien vu de tout cela. Il n’a jamais vu Schumacher rentrer au stand. "J’ai soudainement constaté qu’il y avait un affolement dans les tribunes. Quelque chose de majeur venait sûrement de survenir. Les spectateurs venaient de voir Schumacher s’arrêter à son stand sur les écrans géants. L’équipe Ferrari l’a aussi vu, mais le mécano qui s’occupait de mon panneau de signalisation n’a pas eu le temps de réagir et de m’en avertir. Je suis donc passé devant les stands et j’ai pris la tête de la course, sans le savoir !"

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Alesi a poursuivi son tour de piste, comme si de rien n’était, se croyant toujours à la poursuite de l’Allemand. "Un tour plus tard, j’ai vu mon panneau indiquant 'Alesi P1'. Ce ne fut que du bonheur après cela…" continue le Français.

Barrichello, en seconde place, n’était pas en position de le rejoindre, ni de le menacer. Alesi devait rester concentré durant ces dix derniers tours et ne pas céder à ses émotions. Le drapeau à damier a salué sa victoire, sa première en F1. Toutefois, quelques secondes plus tard, la piste fut envahie par des spectateurs carrément inconscients. Plusieurs pilotes ont dû piler pour ne pas percuter des amateurs courant dans tous les sens sur la piste alors que la course n’était même pas terminée. C’est ainsi que le classement final fut établi au 68e tour et non pas au 69e quand le drapeau à damier fut agité.

Ironie du sort, la Ferrari du vainqueur est tombée en panne à l’épingle du pont Jacques-Cartier, et c’est Schumacher, classé cinquième, qui a joué le taxi pour ramener Alesi aux stands sous les vivats de la foule. "Le public a vécu ma victoire et tout le monde y a participé. Les gens étaient avec moi dans la voiture. C’était bien de gagner, mais le faire à Montréal y a donné une saveur particulière. C’était ma première victoire en F1, et au volant de la Ferrari #27 de Gilles [Villeneuve]. Ce fut un super feeling", ajoute Alesi.

"En soirée, pour fêter ça, je suis allé manger dans un restaurant italien dans le centre-ville de Montréal. Quand je suis entré dans la salle, tout le monde s’est levé et m’a chaudement applaudi. Je n’aurais pas pu vivre ça ailleurs qu’à Montréal. Ce fut une journée extraordinaire, un rêve !"

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