Rosberg peut-il renverser la montagne Hamilton ?

L’ère du V6 turbo hybride est pour l’instant celle de Lewis Hamilton, malgré une opposition réelle de Nico Rosberg. L'Allemand peut-il inverser la tendance ? L'histoire de la Formule 1 offre des éléments de réponse.

Rosberg peut-il renverser la montagne Hamilton ?

Sur les 32 courses remportées par une Mercedes en 2014 et 2015, 21 l’ont été par Lewis Hamilton qui a empoché du même coup les deux titres pilotes attribués, à chaque fois devant son équipier Nico Rosberg.

En 2016, ce dernier se trouvera face à une montagne encore plus haute à gravir : après avoir été proche du graal en 2014 et en avoir été assez loin en 2015, Rosberg peut-il être sacré alors qu’il fait toujours équipe avec le désormais double tenant du titre ?

Du jamais vu historiquement

Prendre l’avantage et coiffer la couronne face à un équipier déjà deux fois Champion du monde au sein de la même écurie n’est pas une situation commune. C’est même du jamais vu dans l'histoire de la F1.

Déjà, tout simplement, parce qu’une écurie qui parvient à fournir une voiture qui porte un ou plusieurs pilotes vers le titre individuel au moins trois années de suite, ce n’est pas si fréquent. 

QUAND UNE ÉCURIE REMPORTE AU MOINS TROIS TITRES PILOTES CONSÉCUTIVEMENT
ÉcurieAnnéeChampionÉquipier (clt)

 McLaren



1984  N. Lauda  A. Prost (2e)
1985  A. Prost  N. Lauda (10e)
1986  A. Prost  K. Rosberg (6e)

 McLaren

1988  A. Senna  A. Prost (2e)
1989  A. Prost  A. Senna (2e)
1990  A. Senna  G. Berger (4e)
1991  A. Senna  G. Berger (4e)

 Ferrari

2000  M. Schumacher  R. Barrichello (4e)
2001  M. Schumacher  R. Barrichello (3e)
2002   M. Schumacher  R. Barrichello (2e)
2003   M. Schumacher  R. Barrichello (4e)
2004   M. Schumacher  R. Barrichello (2e)

 Red Bull

2010  S. Vettel  M. Webber (3e)
2011  S. Vettel  M. Webber (3e)
2012  S. Vettel  M. Webber (6e)
2013  S. Vettel  M. Webber (3e)

Concernant Ferrari et Red Bull, la situation de départ, à savoir qu’un pilote remporte d’abord deux couronnes face à un même équipier, est respectée. En effet, Michael Schumacher gagne le Championnat en 2000 et 2001 avec comme équipier Rubens Barrichello alors que Sebastian Vettel conquiert ses deux premiers titres en 2010 et 2011 en partageant le garage avec Mark Webber.

Or, par la suite, les choses ne se sont pas inversées, bien au contraire. Schumacher n’a jamais été inquiété par Barrichello pour la conquête des titres 2002, 2003 et 2004. De même, après avoir entrevu la couronne en 2010, Webber n’a pas été une menace pour Vettel les trois saisons suivantes.

Les cas McLaren sont différents : en 1984, Niki Lauda est sacré pour un demi-point face à Alain Prost, mais le Français remportera les deux couronnes suivantes, l’Autrichien prenant sa retraite fin 1985 pour laisser la place à Keke Rosberg. En 1988, Ayrton Senna bat Prost, qui prend sa revanche en 1989 avec la fin de saison que l’on connait. Là encore, l’un des deux quitte le navire puisque le Professeur rejoindra Ferrari pour 1990.

Renverser la montagne, mais sans coiffer la couronne ?

Cependant, aussi difficile la tâche peut-elle sembler, elle n’est pas tout à fait impossible. Un unique exemple venu du passé montre que la domination et les titres d’un équipier n’assomment pas forcément l’équipier "perdant". Bémol de taille toutefois : il n’y pas eu de titre à la clé.

En 1959 et 1960, Jack Brabham remporte les titres pilotes au volant d’une Cooper à moteur Climax. Son équipier ces deux saisons-là est un certain Bruce McLaren. En 1961, les deux hommes sont de nouveau ensemble chez Cooper et cette fois, la lutte interne tourne en faveur du Néo-Zélandais mais bien loin de la lutte pour le titre, la faute notamment à un retard de Climax dans la conception d'un moteur répondant au règlement technique. McLaren termine 8e du classement général, Brabham est relégué quant à lui en 11e position.

 QUAND LE DOUBLE CHAMPION EN TITRE GARDE SON ÉQUIPIER MAIS PERD LA COURONNE
ÉcurieAnnéePremier pilote (clt)Deuxième pilote (clt)
 Cooper

1959  J. Brabham (1er)  B. McLaren (6e)
1960  J. Brabham (1er)  B. McLaren (2e)
1961  B. McLaren (8e)  J. Brabham (11e)
 McLaren

1990  A. Senna (1er)  G. Berger (4e)
1991  A. Senna (1er)  G. Berger (4e)
1992  A. Senna (4e)  G. Berger (5e)
 McLaren 1998  M. Hakkinen (1er)  D. Coulthard (3e)
1999  M. Hakkinen (1er)  D. Coulthard (4e)
2000  M. Hakkinen (2e)  D. Coulthard (3e)
 Ferrari 2003  M. Schumacher (1er)  R. Barrichello (4e)
2004  M. Schumacher (1er)  R. Barrichello (2e)
2005  M. Schumacher (3e)  R. Barrichello (8e)

La saison 1961 est le seul cas dans lequel un double Champion du monde en titre a été supplanté par l’équipier qu’il avait déjà battu à deux reprises. En 1992, Senna ne remporte pas le titre mais devance encore une fois Gerhard Berger au classement (d'un point). Même chose pour Mika Häkkinen face à David Coulthard en 2000 ou pour Schumacher face à Barrichello en 2005.

L'ensemble de ces exemples laisserait finalement deux grandes voies possibles pour 2016 et après : soit la domination de Mercedes et Hamilton va perdurer, soit elle va s'arrêter et pour laisser place à un pilote d'une autre écurie.

Évidemment, les statistiques tirées de l'histoire de la Formule 1 ne sont pas des vérités immuables, mais elles laissent entrevoir une réalité : un avantage pris sur un équipier se perd rarement, d'autant plus quand le titre est en point de mire. Dans ces conditions, oui, c'est bien une montagne que Nico Rosberg va avoir à renverser. Surtout si Ferrari venait à se mêler à la lutte pour le titre.

L’inconnue Ferrari

Depuis deux saisons, les pilotes et l'écurie Mercedes ont le luxe de ne pas avoir à se préoccuper vraiment de leurs poursuivants. Même si, en fin d'année 2015, Sebastian Vettel pouvait réellement prétendre à la seconde place du classement général, Rosberg a signé trois succès de rang, pour la première fois de sa carrière, assurant le doublé chez les pilotes.

Mais si la concurrence de Ferrari venait à se densifier, il pourrait être crucial, côté Flèches d'argent, de ne pas être celui qui est derrière l'autre car, en bonne gestionnaire, la structure de Brackley serait en position de privilégier et privilégierait très certainement le premier.

Il n'est pas question d'assurer à Rosberg un rôle de faire-valoir ou de lieutenant. En 2014, après le Grand Prix de Belgique, à sept courses de la fin de saison, l'Allemand possédait 29 points d'avance sur Hamilton. En pareille situation, si la menace Ferrari n'était plus vraiment fantôme, il y a fort à parier sur le fait que Mercedes essaierait de figer les positions.

"Essaierait" car cet avantage, aussi net est-il (plus d'une victoire), n'est pas décisif. En 2015, à sept courses du terme de la saison, Hamilton avait 53 points d'avance sur son équipier, soit plus de deux victoires. Cette différence a de quoi convaincre même le plus ambitieux des pilotes de jouer les porteurs d'eau si jamais le titre est en ballottage.

Quelle que soit la nature de la concurrence - interne et/ou externe - la mission de Nico Rosberg ne pourra être couronnée de succès que s'il parvient à faire preuve de la constance à très haut niveau et sous la pression du titre qui lui a manqué fin 2014 et en 2015.

Battre Lewis Hamilton est dans les cordes du fils du Champion du monde 1982, il l'a prouvé, ponctuellement. Mais le battre régulièrement dans tous les compartiments du pilotage reste une gageure dont Rosberg ne s'est jamais acquitté, même à égalité de traitement avec son désormais triple Champion du monde d'équipier, même quand la lutte pour le titre ne s'est jouée qu'à deux, même quand il a bénéficié d'une grande réussite comme en 2014. 

En somme, pour faire entrer un second titre de Champion du monde dans la famille Rosberg, c'est à une sorte d'Everest que l'Allemand va devoir se confronter : faire ce qu'aucun pilote n'a réussi à faire en 65 ans, en battant un équipier double Champion du monde en titre, et faire ce qu'il n'a pas réussi à faire en trois saisons de collaboration, en battant un des meilleurs pilotes de sa génération ainsi que de l'histoire de la discipline. Tout cela, en tenant la concurrence à distance.

Sacrée montagne.

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