Rush sur 1976 : Tempête sur un volcan (7/8)

On l'a vu, la saison 1976 a réservé beaucoup de surprises aux observateurs

Rush sur 1976 : Tempête sur un volcan (7/8)

On l'a vu, la saison 1976 a réservé beaucoup de surprises aux observateurs. Elle se devait donc d'avoir un final à la hauteur. Et le Grand Prix du Japon, le premier à se disputer au Pays du Soleil Levant, fut à l'image de l'année : captivante, polémique, et inattendue, à tout point de vue.

Après le Grand Prix des États-Unis, Niki Lauda possédait trois points d'avance sur James Hunt. Au vu des dernières courses où Lauda assurait encore plus une place d'honneur que par le passé suite à son accident du Nurburgring, Hunt avait une chance concrète de battre son ami sur le fil. S'il gagnait, il devait s'assurer que Lauda ne fasse pas mieux que troisième. En cas d'abandon de ce dernier, Hunt devait au moins monter sur le podium. Ce qui était dans ses cordes. Il prit d'ailleurs un léger avantage psychologique en se qualifiant en deuxième position, juste devant Lauda. Mais sur piste sèche...

En effet, le lendemain, le circuit fut noyé par une averse si intense qu'elle menaça le bon déroulement de la course. Les pilotes voulaient retarder le départ, mais si tel était le cas, la fin de la course se serait déroulée dans l'obscurité à cause du coucher du soleil précoce au Japon. De plus, Bernie Ecclestone, alors patron de Brabham, commençait déjà à négocier avec les organisateurs et les chaînes de télévision, signe annonciateur de ce qu'allait être son avenir. Or Ecclestone s'était assuré de la diffusion de l'épreuve, et vu le suspens pour l'attribution du titre, il ne voulait pas que cela tombe à l'eau...

Finalement, au bruit des moteurs lancés par Mclaren, les autres équipes firent de même, et les organisateurs finirent par lancer la course. Évidemment, Niki Lauda ne l'entendit pas de cette oreille. James Hunt non plus d'ailleurs. L'Anglais était déjà d'un naturel nerveux avant la course, mais la tension provoquée par l'enjeu et les conditions ne fit qu'accentuer cela. Son patron Teddy Mayer ne l'a pas oublié lorsqu'il revint sur cette course pour F1 Racing en 2006.

"James n'était pas rassuré. Il était très grognon et inquiet à cause de la pluie. Il m'a dit « Je n'y vais pas. Je ne cours pas je te dis ». Je n'ai rien répondu, mais je savais très bien qu'une fois dans la voiture, il serait impossible de l'arrêter ! Avant la course, James était si nerveux qu'il en était malade. C'était vraiment un drôle d'animal".

Son équipier Jochen Mass put le constater lorsque Hunt joua les étourdis à sa manière.

"James était bien plus tendu que d'habitude. Il était comme absent. Il est allé satisfaire un besoin naturel contre une barrière mais n'avait pas du tout vu la foule de spectateurs de l'autre côté ! Toutes les Japonaises étaient très gênées et s'en allaient. Je n'avais jamais vu James comme ça. Ce jour-là, son esprit était ailleurs".

Mais la prédiction de Teddy Mayer s'avéra juste : une fois dans la voiture, Hunt était d'attaque. Lauda lui, ne voulait pas risquer sa vie à nouveau. Pour lui, le titre était de toute manière perdu au Nurburgring, et il savait depuis son accident que la vie valait plus que cette couronne. A la fin du deuxième tour, il mit pied à terre, laissant la voie libre à Hunt.

"Je roulais lentement au début, en prenant mes distances avec les autres voitures pour éviter tout risque de collision" se souvient l'Autrichien. "Je me rends compte que cette course est idiote car on n'y voit strictement rien. Dans ces conditions, on est aussi vulnérable qu'un bateau en papier. Je décide alors de rentrer aux stands, conscient que ce serait de la folie de poursuivre"

Hunt prit un meilleur départ que Mario Andretti, qui partait en pole, et mena les 61 premiers tours. Mais la piste séchait et l'Anglais ne prit pas soin de sauvegarder ses pneumatiques dans les portions humides, détruisant ainsi ses gommes. Patrick Depailler puis Andretti le dépassèrent, avant que le Français soit victime d'une crevaison... ainsi que Hunt ! Une fois reparti des stands, celui-ci n'était que cinquième, donc battu aux points par Lauda au championnat. Heureusement pour lui, Alan Jones et Clay Regazzoni connurent également des soucis de pneus devant lui. Pire, le Suisse, se sachant renvoyé par Ferrari pour 1977, ne se défendit même pas et ouvrit la porte à Hunt !

Andretti remporta la course devant Depailler et Hunt, lequel était donc Champion du Monde 1976. Ce qu'il ignorait, vu que son dernier panneau lui avait affirmé qu'il était sixième. Furieux à la sortie de sa voiture, il manqua de frapper son propre patron qui mit bien trois minutes avant de lui faire comprendre qu'il était bien titré ! Hunt pouvait donc célébrer comme il se devait ce titre mondial. Non sans rendre hommage à son rival, lequel se retrouvait encore sous le feu des critiques pour son retrait volontaire.

"Dans le meilleur des mondes, Niki et moi aurions dû partager le titre mondial. Le fait qu'il soit revenu la compétition après avoir été victime d'un accident aussi grave est extraordinaire en soi. Je comprends qu'il ait renoncé et sa décision est courageuse. Aucun autre pilote, y compris moi-même, n'a eu le cran de se retirer et de reconnaître que les conditions de course étaient complètement ridicules. Niki a un mérite extraordinaire et personne n'a le droit de critiquer sa décision".

Lauda de son côté n'éprouvait aucun regret : "J'avais perdu, mais j'étais content que James ait le titre. C'était mon ami".

Un respect exemplaire entre ces deux grands pilotes.

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