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Le sans-faute de Ferrari à Silverstone

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Le sans-faute de Ferrari à Silverstone
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12 juil. 2018 à 06:59

James Allen analyse le Grand Prix de Grande-Bretagne, lors duquel Ferrari a pris les bonnes décisions stratégiques tout en utilisant des évolutions réussies sur sa monoplace, avec à la clé la victoire.

La F1 est impitoyable : une semaine après une erreur commise à la vue de tout le monde par Mercedes en ne faisant pas rentrer Lewis Hamilton au stand sous régime de voiture de sécurité virtuelle, il y avait de nouveau une décision importante à prendre en fin de Grand Prix de Grande-Bretagne : s'arrêter sous régime de voiture de sécurité ou rester en piste avec des pneus usés pour défendre une position gagnée en piste.

Pour Ferrari et Red Bull, il n'y avait pas de discussion possible, ils devaient s'arrêter. Mercedes a décidé de rester en piste. Leader de la course, Sebastian Vettel s'est ainsi retrouvé derrière Valtteri Bottas, mais il l'a doublé à la faveur de ses pneus neufs pour remporter le Grand Prix. S'agit-il d'un scénario similaire à celui de l'Autriche, ou est-ce différent ?

Le vainqueur Sebastian Vettel, Ferrari, sur le podium

Bataille royale entre Mercedes et Ferrari à Silverstone

Ce fut l'un des Grands Prix de Grande-Bretagne les plus mémorables de ces dernières années, notamment en raison de l'intervention tardive de la voiture de sécurité qui a regroupé le peloton et permis à certains de chausser des pneus neufs pour une fin de course à l'attaque. 

Mercedes et Ferrari avaient un rythme très proche que ce soit en qualifications ou en course. Ferrari disposait d'une évolution de son fond plat et de son diffuseur qui a vraiment bien fonctionné, qui plus est sur un tracé où l'équipe avait souffert l'an dernier.

Cette année, la Grande-Bretagne étant touchée par une vague de chaleur, les températures étaient bien plus élevées que ce à quoi l'on aurait pu s'attendre lorsque Pirelli a sélectionné les types de gommes. La température de la piste le jour de la course était supérieure à 50°C, plus proche d'un tracé comme Bahreïn que celui de Northampton.

C'est ce qui a rendu difficile la mise en place de la stratégie. Sur le papier, après les essais libres du vendredi, l'option la plus rapide était de faire un arrêt autour du 20e tour en passant des pneus tendres aux mediums. Sans intervention de la voiture de sécurité, c'est ce que la majorité des pilotes aurait fait.

Sebastian Vettel, Ferrari SF71H, en tête au départ de la course

Le cas particulier était celui de Daniel Ricciardo, dans sa Red Bull, qui affrontait Kimi Räikkönen puisque le Finlandais avait perdu des places au départ après s'être accroché avec Lewis Hamilton. Red Bull avait fait passer Daniel Ricciardo sur une stratégie à deux arrêts, lorsque Räikkönen était derrière, en pensant que le Finlandais devrait s'arrêter à nouveau après un premier passage au stand au 13e tour. Ils ont évité l'undercut de Ferrari.

L'arrêt prématuré de Räikkönen, couplé aux dix secondes de pénalité infligées suite à l'accrochage, l'a fait repartir dans le trafic et l'a obligé à perdre du temps pour doubler les Force India, Renault et Sauber du milieu de grille.

Malheureusement pour Ricciardo, la voiture de sécurité est intervenue peu après son arrêt au stand, suite à la violente sortie de piste de Marcus Ericsson. Tandis qu'il s'était arrêté pendant que tout le monde était à pleine vitesse, d'autres ont pu procéder à un arrêt moins coûteux en temps pendant la neutralisation (10 secondes au lieu de 22).

La voiture de sécurité en tête du peloton

En découvrant les images de l'accident à haute vitesse d'Ericsson, il était clair immédiatement que la voiture de sécurité allait intervenir. Mais il a fallu quelques secondes pour que l'ordre soit donné. 

La voiture de sécurité a finalement été envoyée en piste. Ferrari avait Vettel en tête et Räikkönen en quatrième position, Red Bull avait Verstappen troisième et Ricciardo sixième, alors que Mercedes avait Bottas deuxième et Hamilton cinquième.

Pour Ferrari, Räikkönen étant chaussé de pneus mediums vieux de 20 tours, passer par les stands était une évidence. De même pour Vettel qui, avec des mediums vieux de 13 tours, avait beaucoup à perdre en restant en piste. Dans ce scénario, Bottas et Hamilton se seraient arrêtés pour mettre des pneus tendres neufs et Vettel aurait eu beaucoup de mal à leur résister au restart.

À l'inverse, les Mercedes restant en piste, Bottas allait prendre la tête et Hamilton passer deuxième. Mercedes avait auparavant stoppé ses deux voitures tardivement, pouvant confortablement envisager de ne faire qu'un arrêt. Les pneus de Bottas avaient 12 tours et ceux de Hamilton seulement huit. Le tout à 19 tours de l'arrivée, dont probablement 15 ou 16 seulement qui allaient être sous drapeau vert.

Valtteri Bottas, Mercedes-AMG F1 W09 devant Sebastian Vettel, Ferrari SF71H

Les chronos des deux hommes étaient solides avant l'intervention de la voiture de sécurité, Bottas commençant même à revenir gentiment sur Vettel avec une Mercedes affichant sa traditionnelle tendance à être plus rapide avec les gommes les plus dures (même si Ferrari a beaucoup progressé dans ce domaine).

En arrêtant Bottas une deuxième fois, il serait sorti derrière Vettel, mais avec des pneus tendres usés : contrairement aux pilotes Red Bull et Ferrari, aucun chez Mercedes n'avait à sa disposition un autre train de pneus tendres neufs.

C'est inhabituel pour Mercedes de passer à côté d'un détail comme celui-ci, mais en réalité, ils auraient probablement agi de la même manière si ces pneus avaient été disponibles. En tout cas pour Hamilton ; car avec le recul, un passage de Bottas en tendres lui aurait peut-être permis de sauver un podium plutôt que de terminer quatrième.

Il y avait donc beaucoup à faire du côté de Bottas pour espérer remporter la course, en se défendant face à Vettel et ses pneus tendres neufs.

Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W09, devant Fernando Alonso, McLaren MCL33, Pierre Gasly, Toro Rosso STR13, et Romain Grosjean, Haas F1 Team VF-18

Le pari payant pour Hamilton

Pour Hamilton, le pari était plus favorable. Il s'était retrouvé en queue de peloton après son accrochage du premier tour avec Kimi Räikkönen et sa remontée lui avait permis de revenir aux avant-postes. En le laissant en piste jusqu'au 25e tour, Mercedes lui avait permis de s'installer entre Räikkönen et Hülkenberg, tous les deux très éloignés l'un de l'autre, lui offrant ainsi une piste claire et sans perturbation pour rouler au rythme maximal. Mais il était toujours à plus de dix secondes de Räikkönen.

La voiture de sécurité l'a replacé, et en restant en piste alors que les autres s'arrêtaient, il a bondi à la troisième place. Derrière lui se trouvaient Max Verstappen et Räikkönen en pneus tendres neufs. Hamilton a questionné cette stratégie, mais les calculs de Mercedes ont montré qu'avec des gommes mediums peu usées pendant 15 tours, et avec une Red Bull contenant probablement un moment Räikkönen, Hamilton ne se ferait probablement pas rattraper. 

Il s'est avéré qu'une deuxième voiture de sécurité est intervenue peu de temps après, lorsque Grosjean et Sainz se sont accrochés, ne laissant plus que dix tours de course après le deuxième restart.

Cela a joué en faveur de Mercedes d'un côté, mais de l'autre ils avaient toujours le handicap d'avoir des pneus mediums mettant du temps à monter en température au restart par rapport aux tendres.

Mais le pari s'est fait en acceptant l'idée que Hamilton n'allait pas gagner la course. Il allait terminer troisième, ou deuxième si Bottas rencontrait des problèmes avec ses pneus.

Valtteri Bottas, Mercedes AMG F1 W09, à la lutte avec Sebastian Vettel, Ferrari SF71H

Ces derniers n'étaient que quatre tours plus usés que ceux de Hamilton, mais une fois doublé par Vettel au terme d'une manœuvre brillante à Brooklands, Bottas a perdu du terrain et s'est fait dépasser par Hamilton puis Räikkönen. Verstappen a quant à lui abandonné.

C'est une belle victoire pour Ferrari, comme il en faut pour remporter un championnat. L'exécution a été parfaite sur tous les fronts : des évolutions efficaces sur le châssis, une stratégie parfaite et un pilote parfait. Tout a fonctionné et Vettel se retrouve à mener le championnat avec huit points d'avance.

Ferrari – et Vettel lui-même en particulier – ont laissé trop de points en cours de route cette saison. Mais à Silverstone, ils avaient tout d'une équipe qui pouvait gagner le titre mondial.

Le point d'interrogation, c'est la capacité à le refaire.

Sebastian Vettel, Ferrari et Lewis Hamilton, Mercedes-AMG F1

L'UBS Race Strategy Report est écrit par James Allen grâce à l'apport des données fournies par plusieurs stratèges des écuries et par Pirelli.

Historique de la course

Historique de la course

Ces graphiques ont été fournis par Williams Martini Racing

Le nombre de tours figure sur l'axe horizontal, l'écart par rapport au leader sur l'axe vertical.

La tendance est positive lorsque la courbe est ascendante, au fur et à mesure que la voiture s'allège en carburant. Elle est négative si la courbe est descendante, au fur et à mesure de la dégradation pneumatique.

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À propos de cet article

Séries Formule 1
Événement GP de Grande-Bretagne
Lieu Silverstone
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Type d'article Analyse