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Pourquoi le culte actuel d'Ayrton Senna pose problème

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Pourquoi le culte actuel d'Ayrton Senna pose problème
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7 mai 2019 à 07:00

La sanctification actuelle d'Ayrton Senna fait que nous vénérons le mythe au lieu de comprendre la fascinante complexité de l'homme.

Vingt-cinq ans après la tragique et prématurée mort d'Ayrton Senna, son mythe a-t-il désormais surpassé et même adouci la réalité, avec toute sa complexité et ses contradictions ? C'est comme si nous étions obligés de vénérer l'image plutôt que d'appréhender l'homme dans son intégralité.

Prenez le logo "Senna Sempre", représentant une image impressionniste de son visage, qui évoque consciemment la puissance visuelle de l'iconographie de Che Guevara et James Dean. Même en monochrome, ses yeux conservent cette intensité déconcertante. Il est devenu un idéal, un archétype, un visage sur un t-shirt – peut-être porté par de nombreuses personnes trop jeunes pour l'avoir vu courir.

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Alors, ce genre de nuance est-il vraiment si important ? Eh bien, il est peut-être irrespectueux de le suggérer, mais en réalité, à l'ère d'œuvres comme le film éhontément hagiographique "Senna", il existe un danger évident au fait de voir son héritage à travers le prisme idyllique de la nostalgie.

Ceux qui meurent jeunes sont souvent préservés des ravages du révisionnisme. La réputation de Che Guevara en tant que glorieux rebelle révolutionnaire et combattant de la liberté l'emporte sur certaines vérités gênantes – les méthodes brutales employées et les dérives de sa mission qui l'ont conduit vers de dangereuses aventures de par le monde et, finalement, à sa mort.

James Dean est arrivé sur la scène hollywoodienne sur les basques de Marlon Brando et, en quittant le firmament des mortels avec seulement trois rôles principaux, il a laissé une œuvre qui ne serait jamais souillée par de mauvais choix de carrière et de style de vie.

Ainsi, la question de savoir combien de temps Senna aurait pu rester en activité, de ses éventuels succès et de ce qu'il aurait pu faire par la suite entrent dans la glorieuse catégorie des "et si". Il n'y a pas eu, pour lui, de misérable déclin pour diluer le pouvoir du mythe.

Ayrton Senna, McLaren Ford MP4/8

Et quel mythe. L'un des aspects les plus gênants du film "Senna" est son absence de volonté de s'engager dans la moindre nuance, comme si la mission des producteurs était véritablement de lui graver une tablette dans la roche.

Le coup de volant flagrant de Senna sur son équipier – le mettant presque dans le muret des stands – à Estoril en 1988, la rupture de l'accord d'avant-course pour ne pas se dépasser à Imola en 1989, même l'affirmation souvent répétée de Ron Dennis selon laquelle les deux hommes se sont mal comportés l'un envers l'autre à bien des égards ; que des éléments narratifs peu propices à la canonisation et qui n'ont donc pas été inclus.

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Un autre aspect curieux du culte de Senna est également la nécessité de créer des reliques. Il n'existe aucune image embarquée de son tour de qualifications magique et sublime à Monaco en 1988, où il a écrasé Alain Prost de plus d'une seconde et demie. Des images de 1989, où il a devancé Prost d'une marge non moins remarquable de 1,148 seconde, sont régulièrement partagées sur YouTube en étant présentées comme datant de 88. L'an passé, McLaren a produit son propre fac-similé, en utilisant le moteur graphique du jeu vidéo officiel F1 2017, en le complétant avec des commentaires sur-mesure de Murray Walker, le tout avec un filtre style VHS artificiel. C'était à la fois révélateur et étrange.

En tant que fan de Formule 1 ayant grandi dans les années 1980, je dois avouer que j'avais du mal à apprécier Senna. Oui, il était incroyablement rapide, mais bien souvent ses épouvantables manières en piste – combinées à son sentiment absolu d'être en droit de le faire – ne m'ont pas plu.

Une course se déroulait rarement sans qu'il se rabatte brutalement devant le nez d'un retardataire qui, selon lui, n'avait pas fait preuve de la déférence nécessaire. Quasiment aucune semaine de l'hiver 1989 ne s'est passée sans que les pages d'Autosport ne révèlent les derniers détails de son affrontement puéril avec la FIA, une instance qu'il jugeait institutionnellement contre lui suite à sa disqualification du Grand Prix du Japon précédent, situation qui donna le titre mondial à Prost. Évidemment, Prost était Français, le président de la FIA Jean-Marie Balestre était Français. Post hoc ergo propter hoc.

Alain Prost, Ayrton Senna, McLaren

La rivalité de Senna avec Prost s'était depuis longtemps intensifiée au-delà des limites de la rationalité. Ayrton s'est alors embarqué dans des recoins sombres. Il développa la conviction qu'il recevait un équipement inférieur. Il s'engagea dans des tactiques de négociations bizarrement extrêmes avec Ron Dennis, le patron de McLaren, comme cette impasse sur une négociation de plus d'un million et demi de dollars qui a dû être réglée par un pile ou face. N'étant pas familier avec le concept, Senna a même insisté pour que les choses soient claires sur ce qui pourrait arriver si la pièce de monnaie roulait dans le tapis à poil long et s'immobilisait sur la tranche.

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Je ne sais pas ce que je trouve le plus troublant à ce sujet : la décadence de décider d'une telle somme à pile ou face, la névrose par rapport à un résultat neutre, ou le fait que le notoirement minutieux Dennis a autorisé un objet aussi difficile à nettoyer qu'un tapis à poil long dans sa collection de mobilier de bureau.

Et que dire de Suzuka 1990, où Senna prit ombrage du fait que sa demande de déplacer la pole position de l'autre côté de la piste a été rejetée, puis percuta délibérément Prost à plus de 250 km/h dans le premier virage. Bien plus tard, Ayrton concédera, en privé, que cet acte sombre et prémédité n'était pas ce qu'il avait fait de mieux.

 

Immédiatement après, cependant, il tenta de le balayer d'un revers de main et son interview d'après-course avec Sir Jackie Stewart est devenue, à juste titre, un morceau de légende. À mon avis, seul Lance Armstrong s'est approché, dans les années qui ont suivi, de l'air renfrogné et furieux de Senna lorsque son interrogateur a déconstruit le flot de platitudes par lesquelles il cherchait à nier ou à justifier ses actions.

"If you no longer go for a gap that exists, you are no longer a racing driver" ("si vous ne vous engagez pas dans une ouverture qui existe, vous n'êtes plus un pilote de course") a grogné Senna en réponse à un argument parfaitement légitime (et statistiquement rigoureux) de Stewart selon lequel lui, Senna, avait une propension notable à s'accrocher avec d'autres pilotes. Ces paroles sont ensuite devenues le mot d'ordre de ceux qui cherchent à rationaliser ou même à exonérer des actions en piste d'une immense agressivité.

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C'est en effet répété sur les réseaux sociaux par le genre de crétins qui concluent leurs messages par "point final" en signe de péroraison, comme si l'argument était évident et inattaquable.

Lewis Hamilton parle de Senna comme de son héros d'enfance et d'une inspiration mais, en dehors de sa formidable vitesse naturelle, de l'omniprésence de ses succès et de ses démêlés occasionnels avec l'autorité, Hamilton a peu en commun avec son idole. Dans une ère où il est presque devenu acceptable de sortir un pilote de la piste puis de le blâmer pour avoir eu la témérité d'être là, Lewis pilote proprement la plupart du temps et avec respect. Ces valeurs ne devraient-elles pas également être valorisées lorsque l'on prend en compte l'héritage des pilotes ?

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Auteur Stuart Codling