Sir Jackie Stewart : "Nous étions des pilotes plus complets"

Le Grand Prix de Formule 1 du Canada fête son 50e anniversaire cette année, et Motorsport.com en a profité pour discuter avec Sir Jackie Stewart de ses deux victoires en sol canadien, et de la F1 moderne.

Sir Jackie Stewart : "Nous étions des pilotes plus complets"
Jackie Stewart, Tyrrell 001
Jackie Stewart, Lola T260-Chevrolet
Jackie Stewart, fête sa victoire avec sa femme Helen
Jackie Stewart, BRM P261
François Cevert, Jackie Stewart
Jackie Stewart, Tyrrell 003-Ford
Jackie Stewart, Tyrrell 003-Ford
Jackie Stewart, Matra MS10 Ford
Jackie Stewart, Tyrrell 006 Cosworth
Jackie Stewart, BRM P261
Jochen Rindt, Lotus 72C-Ford, Jackie Stewart, March 701 Ford

Triple Champion du monde de Formule 1, Sir Jackie Stewart a remporté le Grand Prix du Canada à deux reprises, en 1971 et 1972, deux victoires remportées sur le redoutable circuit de Mosport Park en Ontario.

Tracé rapide d’un peu moins de quatre kilomètres de long, Mosport Park était d’une grande simplicité sur le papier, mais représentait un défi colossal pour les pilotes. Composé de très rapides virages en montée et en descente, et même en dévers comme le terrifiant virage 2, Mosport Park a été critiqué par les pilotes pour sa dangerosité et ses infrastructures négligées au milieu des années 70, pour finalement perdre sa place au calendrier de la Formule 1 après l’édition 1977.

Pourtant, pour les pilotes de la génération de Jackie Stewart, ce tracé était tout à fait dans la norme. “La piste était, selon les standards de l’époque, tout à fait acceptable”, affirme Stewart à Motorsport.com.

Nous [les pilotes] n’avions pas réellement effectué de progrès dans ma campagne visant à améliorer la sécurité des circuits. Nous trouvions cette piste tout à fait correcte, et aucun pilote ou autorité n'avait formulé de plaintes à son sujet.” C’était comme cela à cette époque. Les circuits automobiles étaient dangereux, et personne ne songeait à les faire modifier. Personne, sauf Stewart qui a démarré ce mouvement visant à améliorer la sécurité des circuits et des voitures.

Nous devions respecter le potentiel de la voiture et les limites du circuit. Nous ne pouvions pas commettre d’erreurs de pilotage, rater un virage par exemple, comme c’est le cas aujourd’hui pour revenir sur la piste un peu plus loin. Il n’y avait presque pas de dégagements. Il y avait des arbres, du gazon, des talus et des fossés un peu partout. À Mosport Park, il y avait un gros fossé près de la ligne d’arrivée et je me souviens que John Surtees a eu un énorme accident en sortant de piste à cet endroit à bord d’une Lola Can-Am en 1965.”

Une grande égalité

Sans tomber dans un excès de nostalgie, Stewart affirme quand même regretter cette période de la Formule 1. “La grande particularité de cette époque est que toutes les voitures compétitives étaient propulsées par le même moteur : le Ford Cosworth DFV V8”, précise Stewart.

Pour cette raison, le plateau était de force très égale. En comparaison, aujourd’hui, le moteur Mercedes est de loin le meilleur, nettement supérieur aux autres. Cela fait trois ans que Mercedes domine largement, tandis qu’à l’époque du Cosworth, tout le monde disposait de DFV qui n’avaient que trois ou quatre chevaux de différence entre eux. C’était fantastique. Il y avait, disons, beaucoup plus d’importance placée sur le pilote et le châssis.”

Il ajoute une précision importante qui différencie les années 60 et 70 des notre époque. “Je dois avouer qu’il y avait beaucoup plus de polyvalence [chez les pilotes] à ce moment-là. Nous pilotions beaucoup, dans toutes sortes de séries très variées. Nous courions en GT, en Formule 2, en voitures de tourisme, en IndyCar, en Can-Am, en Endurance comme au Mans et dans d'autres catégories en plus de la F1. J’ose avancer que nous étions des pilotes un peu plus complets”, précise Sir Jackie.

Il poursuit son analyse. “Je crois que ce fut une période faste pour la F1 à cause du niveau élevé de compétitivité. Il y avait des pilotes remarquables comme Emerson Fittipaldi, Mario Andretti, Graham Hill, John Surtees, Bruce McLaren, Denny Hulme et Peter Revson ; tous de très grands pilotes. C’était une excellente période pour la F1.”

Champion, mais malade

Stewart précise que courir dans plusieurs catégories remplissait son emploi du temps. “Je devais beaucoup voyager. En 1971, je courais à la fois en F1 et en Can-Am en Amérique. J’ai remporté le Championnat du monde cette année-là, mais j’ai terminé la saison complètement épuisé à cause des voyages, ce qui m'a amené à souffrir d’une mononucléose”, raconte Stewart à Motorsport.com.

Je brûlais la chandelle par les deux bouts. J’ai traversé l’Atlantique 86 fois en avion cette année-là, donc 43 allers-retours. J’étais si épuisé en fin de saison que c’est mon épouse, Helen, qui est allée chercher le trophée de Champion à la FIA. La saison suivante, ce fut encore pire. En plus de piloter, je travaillais aussi à la télévision américaine pour ABC, pour Goodyear ainsi que pour Ford. Conséquence de la mononucléose, j’ai souffert d’une gastrite. Financièrement, la saison 1972 fut excellente. Mais pour ma santé, pas du tout…

Depuis peu, Sir Jackie Stewart dispute la course la plus importante de sa vie. Son épouse, Lady Helen, âgée de 76 ans, souffre de démence. Elle ne reconnaît presque plus personne, peut à peine bouger et doit être aidée et assistée 24 heures par jour. Sir Jackie, terriblement attristé par cette épreuve pénible, a mis sur pied une fondation, ‘Race Against Dementia’, afin d’aider les scientifiques à trouver un remède à cette redoutable maladie dégénérative. Bravo et bon courage, Sir Jackie Stewart.

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