Souvenir - Stefan Bellof, la flèche brisée

Il y a soixante ans jour pour jour, le 20 novembre 1957, naissait le pilote le plus brillant et prometteur que l'Allemagne allait connaître avant l'avènement de Michael Schumacher.

L’histoire est bien connue, l’histoire dans l’histoire un peu moins sans doute mais elle l’est aussi. Elle a juste, peut-être, été un peu oubliée avec les années.

L’édition 1984 du Grand Prix de Monaco, la plus humide – inondée, plutôt – de toutes, fut interrompue peu avant la mi-course alors qu’un certain Ayrton Senna, qui disputait sa première saison de F1 avec une Toleman, venait de dépasser Alain Prost sur la piste détrempée après être revenu de la seconde moitié du peloton en dépassant un à un ses adversaires.

Le classement étant établi à la fin du tour précédant le drapeau rouge, Prost fut déclaré vainqueur, au grand dam de Senna. C’est là qu’intervient l’histoire dans l’histoire.

Plus rapide que Senna

En effet, tandis que Senna remontait sur Prost, un autre pilote suivait ses traces, avalait lui aussi tour à tour des adversaires ayant pour nom Lauda, Arnoux, Rosberg, De Angelis, Alboreto... Excusez du peu.

Stefan Bellof

Tout à sa remontée, ce pilote – parti de la 20e place alors que Senna était 13e sur la grille – se révélait même le plus rapide en piste, plus rapide donc que le jeune Brésilien devant lui. L’interruption de la course mit fin à ses efforts et ses espoirs à lui aussi mais il signa son premier – et unique – podium en Formule 1. Son nom ? Stefan Bellof.

Allemagne, morne plaine

Replaçons les choses dans leur contexte. Dans les années 1980, Porsche dominait l’Endurance et les 24 Heures du Mans en particulier, et Walter Röhrl était considéré comme le meilleur rallyman du monde – n’en déplaise à ses adversaires, notamment finlandais.

En revanche, l’Allemagne était la grande absente sur la carte de la Formule 1, et ce depuis le retrait de Mercedes des compétitions automobiles suite au terrible accident du Mans 1955, dans lequel le pilote français Pierre Levegh et 83 spectateurs avaient perdu la vie.

La présence teutonne en GP se limitait à quelques pilotes, Hans Stück et Jochen Mass notamment – ce dernier remportant même un GP sur McLaren en 1975 – et à la petite écurie ATS née du rachat des actifs de Penske. Il allait falloir attendre le début des années 90, avec l’avènement de Michael Schumacher et le retour de la marque à l’étoile, pour que les choses changent.

Double parrainage

Elles auraient pu changer plus tôt grâce à Stefan Bellof, ce jeune pilote si prometteur et impressionnant à Monaco en 1984. Il avait accédé à la F1 cette année-là grâce au double soutien de Ken Tyrrell et de son compatriote Willi Maurer, propriétaire de l’écurie du même nom, qui avait grandement soutenu son engagement dans l’équipe anglaise. Au point que si la n°3 de Martin Brundle arborait un bleu classique des voitures de l’Oncle Ken, la 4 de son équipier était décorée du noir à liseré rouge et jaune typique des Maurer... et du casque du jeune pilote Allemand.

Stefan Bellof

Bellof avait débuté en F2 chez Tyrrell deux ans auparavant, après une saison impressionnante en F3 allemande au cours de laquelle il avait tapé dans l’œil de son futur mentor. Il remporta les deux premières courses de la saison 1982, et même si la Maurer disposait d’un ingénieux système de suspension à double ressort, tous les observateurs s’accordaient à souligner les prouesses de ce pilote comme surgi de nulle part, qu’ils découvraient pour la plupart.

Les manches et la saison suivantes furent moins glorieuses, mais Bellof avait établi sa réputation et Maurer allait tout faire pour l’emmener en F1, d’où l’accord avec Tyrrell après que son propre projet eût capoté.

Un sprinter en Endurance

Parallèlement à la F2 et la F1, c’est en sport-protoypes que Bellof obtint ses meilleurs résultats, au volant des éblouissantes Porsche 956 officielles ou des équipes satellites Kremer et Brun. Déjà à cette époque, on pouvait difficilement parler d’Endurance avec de fabuleuses machines et de jeunes pilotes de F1 en activité qui semblaient ne pouvoir accepter ne serait-ce qu’un week-end “off”.

Notre jeune Allemand était bien sûr de ceux-là. Il signa pas moins de neuf victoires en deux saisons et son fait d’armes reste ce tour en 6:11.130 au Nürburgring en 1983, sur les 22 km de la Nordschleife. À comparer au 6:58.6 de Niki Lauda huit ans plus tôt, qui avait valu à l’Autrichien la pole position du GP d’Allemagne sur sa Ferrari ! Un record pour une voiture de course, qui tient toujours aujourd’hui...

Si la course n’avait pas été arrêtée à Monaco en 1984, je suis sûr qu’il aurait passé Senna puis Prost – et se serait imposé.

Martin Brundle, son coéquipier chez Tyrrell

Les choses auraient pu changer si Stefan Bellof, trois semaines après que son compatriote Manfred Winkelhock – l’autre pilote allemand de F1 – eut trouvé la mort au volant d’une Porsche au Canada, ne s’était également tué, lui aussi au volant d’une 956, le 1er septembre 1985. C’était durant les 1000 Kilomètres de Spa 1985, alors qu’il tentait de dépasser en bas de la descente, juste avant la montée du raidillon, la voiture sœur pilotée par Jacky Ickx...

Franz Tost, aujourd’hui directeur de Toro Rosso qui le croisa du temps de la Formule Ford 1600 en 1981, pense qu’il était du même moule qu’Ayrton Senna et Michael Schumacher. Et Martin Brundle a déclaré récemment au magazine britannique Motor Sport : "Si la course n’avait pas été arrêtée à Monaco en 1984, je suis sûr qu’il aurait passé Senna puis Prost – et se serait imposé."

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Séries Formule 1 , WEC
Pilotes Stefan Bellof
Type d'article Hommage
Tags bellof, prost, schumacher, senna, tyrrell