Témoignage - Häkkinen revient sur son terrible accident à Adélaïde
Mika Hakkinen
Mika Hakkinen fête son 33ème anniversaire
Mika Hakkinen pilote son ancienne F1
Tableau de bord de Mika Hakkinen
Mika Häkkinen
Mika Häkkinen avec Ron Dennis
Mika Häkkinen à Club
Mika Hakkinen félicité par Ron Dennis
Dieter Zetsche et Mika Häkkinen
Mika Häkkinen à la sortie des stands
Mika Häkkinen dans les stands
Mika Hakkinen
Mika Häkkinen heureux
Mika Häkkinen dans les stands
Mika Häkkinen dans le garage
Mika Hakkinen
Mika Häkkinen avant un run en qualifications

En 2015, le double Champion du Monde 1998 et 1999 Mika Häkkinen se raconte en détail au travers de récits publiés sur le site officiel de l'écurie McLaren. Motorsport.com vous en propose la traduction française au fil des semaines, afin de ne pas manquer une miette de l'histoire de ce grand Monsieur de la Formule 1.

Le Finlandais revient cette fois sur l'épisode le plus douloureux de sa carrière en F1 : son accident survenu en Australie, lors du dernier Grand Prix de la saison 1995. Du choc au retour heureux en piste, en passant par les semaines pénibles qui suivirent le crash, Mika Häkkinen nous livre un nouveau récit passionnant.

"Le Grand Prix d'Australie 1995 constituait la dix-septième et dernière manche du championnat. Cette année-là, mon équipier Mark Blundell et moi-même n'avions pas connu beaucoup de joies. Aucun de nous n'avait réussi à remporter une course, mes meilleurs résultats étant des deuxièmes places en Italie et au Japon. Je dois admettre que nous sommes arrivés fatigués à Adélaïde.

Malgré cela, il régnait au sein de l'équipe McLaren un esprit fantastique car nous vivions alors la première année de notre partenariat avec Mercedes et, même si ne connaissions pas encore le succès, nous savions qu'il finirait par arriver.

La voiture a décollé dans les airs et mon regard s'est porté vers le mur de pneus. Je savais que je ne pourrais pas l'éviter.

Mika Häkkinen

Durant les essais libres du vendredi matin, je me souviens m'être dit : "Essayons de faire au mieux ce week-end afin de terminer la saison sur une bonne note !"

Vendredi après-midi, j'ai décidé de vraiment pousser fort. J'approchais de Brewery Bend, un virage à droite rapide, abordé à environ 175 km/h en quatrième vitesse. Nous essayions toujours de le franchir le plus rapidement possible dans le but de maximiser la vitesse de pointe en sortie, avant d'aborder la longue ligne droite de Brabham. Mais quelque chose se passait à l'arrière, comme une crevaison. En réalité, mon pneu arrière gauche a quasiment explosé.

Brewery Bend est un virage très délicat. Il fallait être très précis car les vibreurs à l'entrée et en sortie de virage avaient été élevés. Avec un pneu en cet état, je ne pouvais éviter de telles bordures.

Je n'y suis pas parvenu. J'ai bondi sur les freins mais rien n'y a fait, la voiture a poursuivi sur trois roues et j'ai même décollé de la piste durant un court instant. Je me souviens m'être dit : "Aïe, ça va faire mal."

J'avais évidemment raté le point de corde, la voiture a décollé dans les airs et mon regard s'est porté vers le mur de pneus. Je savais que je ne pourrais pas l'éviter. La voiture a atterri, a rebondi, j'ai percuté le mur de pneumatiques de plein fouet.

À cette époque, nous ne disposions pas du système HANS et nous étions très peu protégés en cas de choc latéral. La seule chose que je pouvais faire était de placer mon corps au mieux et d'espérer ne pas me faire trop mal…

J'ai d'abord cru que tout allait bien. Soudainement, j'ai réalisé que je ne pouvais plus bouger.

Mika Häkkinen

J'ai d'abord cru que tout allait bien. J'étais conscient, assis et je pouvais regarder droit devant moi. Mais soudainement, j'ai réalisé que je pouvais plus bouger. Pourtant, je suis resté calme. Je me disais alors qu'il n'était pas bon de paniquer, alors je suis simplement resté assis et j'ai attendu que l'équipe médicale intervienne.

Ils sont arrivés très rapidement et sont intervenus auprès de moi directement. J'ai alors senti une vive douleur dans ma gorge. J'ai appris plus tard qu'ils avaient effectué une trachéotomie en urgence. Heureusement, l'ambulance du circuit était située tout près et l'hôpital le plus proche se trouvait à seulement cinq minutes. J'y ai immédiatement été transporté.

L'avis des médecins était sans appel à mon arrivée à l'hôpital : mon crâne était très sérieusement fracturé et les dommages à l'oreille interne étaient sévères. Maux de tête et vomissements se succédaient alors, les médecins ont réalisé une IRM, on m'a rasé les cheveux et mis sous sédatifs.

Lorsque je me suis réveillé quelques heures plus tard, Ron Dennis et sa femme veillaient à mon chevet. Ils avaient l'air choqué, mais j'étais quant à moi très rassuré de voir des visages familiers. Didier Coton, mon manager et ami à l'époque comme aujourd'hui, était également présent.

Je suis resté à l'hôpital durant plusieurs semaines. Le rétablissement fut lent et douloureux. Certains des muscles sur le côté de mon visage avaient été paralysés dans l'accident et la conséquence était la suivante : je ne pouvais plus fermer les yeux.

La nuit, les infirmières me bandaient les yeux pour que je puisse dormir un peu. J'avais constamment mal au crâne, c'était parfois très intense. Sans médicaments, je n'aurais pas tenu le choc. J'étais presque soulagé lorsque venait l'heure d'ingurgiter les anti-douleur. Je perdais beaucoup de poids également, c'était épouvantable.

Les muscles du côté de mon visage étaient paralysés : je ne pouvais plus fermer les yeux.

Mika Häkkinen

Mais je voulais aller mieux. J'avais envie de marcher, de vivre normalement. Je ne pensais pas du tout à la course. Un jour, j'ai pu rentrer chez moi à Monaco. Le vol fut pénible et angoissant mais j'étais heureux de rentrer à la maison. Peu à peu, je recommençais à me promener. Puis j'ai voulu faire du jogging. Au début, les maux de tête étaient terribles. Ils sont devenus moins sévères avec le temps et j'ai pu à nouveau courir.

Un beau jour, je me suis dit : "C'est clair, je veux courir à nouveau. La course, c'est ma vie. C'est ce que je fais le mieux et c'est ce que je dois faire." Et ce jour-là, la volonté de gagner est montée en moi de manière étonnante, surpuissante. Je me suis dit : "Je vais être à nouveau pilote mais je vais gagner, je vais devenir Champion du Monde."

J'ai appelé Ron Dennis pour le lui dire. Il était heureux mais visiblement circonspect, comme vous pouvez l'imaginer. Il a tout de même accepté que je teste notre nouvelle monture au Paul Ricard, la McLaren Mercedes MP4-11.

Ce fut une très belle journée d'hiver, ensoleillée, juste parfaite. La voiture avait l'air fabuleuse. Les mécaniciens étaient heureux de me voir mais se moquaient un peu de moi, car mon sourire était encore déséquilibré en raison de la paralysie des muscles du côté de mon visage.

Un jour, je me suis dit : je vais piloter, gagner et devenir Champion du Monde.

Mika Häkkinen

J'ai pris place dans le cockpit, fait un signe du pouce aux mécaniciens et ils ont lancé le V10 Mercedes. J'ai pris la piste et tout de suite, j'ai été heureux. J'ai compris que je n'avais rien perdu de ma pointe de vitesse. J'ai attaqué, les chronos étaient bons. Lorsque je suis revenu aux stands, tout le monde avait l'air heureux. Ce fut l'un des plus beaux jours de ma vie.

La MP4-11 n'était pas une excellente voiture mais elle était fiable et prévisible. Je n'ai pas pu gagner de course avec elle mais j'ai inscrit beaucoup de points, ce qui m'a permis de terminer cinquième du championnat 1996. Parmi mes résultats, quatre troisièmes places, deux quatrièmes places et quatre cinquièmes positions, dont l'une d'entre elles lors de la manche d'ouverture… en Australie.

J'étais de retour. J'ai remporté mon premier Grand Prix à Jerez, l'année suivante. Puis, en 1998, je suis devenu Champion du Monde. Je n'aurais jamais pu réaliser tout cela sans les gens merveilleux qui travaillaient avec moi chez McLaren-Mercedes. Ils m'ont toujours soutenu, même lorsque l'espoir faisait défaut. Je les remercie et les salue tous."

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À propos de cet article

Séries Formule 1
Pilotes Mika Häkkinen , Mark Blundell
Équipes McLaren
Auteur Olivier Guillaume
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