C'était un 11 mai : Hamilton contre les Ferrari en Turquie

Si la Scuderia Ferrari a dominé le Grand Prix de Turquie 2008, Lewis Hamilton et McLaren ont réalisé une belle performance en arrachant la deuxième place malgré les problèmes que leur posaient les pneus Bridgestone ce week-end-là, grâce à une stratégie à trois arrêts.

C'était un 11 mai : Hamilton contre les Ferrari en Turquie

En ce début de saison 2008, la hiérarchie était sensiblement similaire à ce qu'elle était en 2007. Lewis Hamilton avait remporté le premier Grand Prix de la saison en Australie, tandis que Felipe Massa et Kimi Räikkönen s'étaient partagé les trois victoires suivantes pour Ferrari en Malaisie, à Bahreïn, et en Espagne. Encore plus compétitive que l'année précédente, l'écurie BMW Sauber jouait les trouble-fêtes en s'invitant régulièrement sur le podium avec Robert Kubica et Nick Heidfeld.

Ainsi, à l'aube de ce GP de Turquie, Räikkönen menait le championnat avec 29 points devant un gruppetto composé de Hamilton, Kubica, Massa, Heidfeld et Heikki Kovalainen, disposant tous de 14 à 20 points au compteur.

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Les pneus étaient toutefois source d'inquiétude pour McLaren sur un circuit d'Istanbul où Hamilton avait déjà subi une crevaison l'année précédente, avec un quadruple virage à gauche qui était extrêmement exigeant pour la roue avant droite. L'écurie n'a pas manqué d'enquêter à ce sujet en vue de l'édition 2008 de l'épreuve turque.

"Lewis a un certain style de pilotage qui requiert que nous réglions la voiture avec beaucoup de charge sur les pneus avant", avait expliqué Ron Dennis, directeur d'équipe. "Nous en sommes conscients. Toutes les données pertinentes ont été fournies à Bridgestone, et ils pensaient que ça n'allait pas être un problème, mais c'en a été un."

Lewis Hamilton, McLaren MP4-23 Mercedes

Malgré les progrès réalisés par rapport à 2007 sur la gestion des gommes, les essais libres du vendredi ont confirmé la possibilité que le souci se représente, et dès le samedi matin, McLaren a décidé d'adopter une stratégie à trois arrêts afin de diviser la course en quatre relais et de réduire les risques à ce niveau. "Nous n'avons pas communiqué là-dessus, mais nous avions un problème avec Lewis en particulier", indiquait Martin Whitmarsh, alors directeur général du groupe McLaren.

"Nous avons pris un certain nombre de mesures avec Bridgestone. Quand nous sommes arrivés ici, nous avons utilisé les pressions et le carrossage recommandés. Nous avons ensuite augmenté les pressions le samedi matin en espérant que ça résolve le problème, ce pour quoi Bridgestone était très confiant. Mais cela n'a pas suffi à nous donner le confort dont nous avions besoin. Nous avons fait des ajustements et limité le nombre de tours pour la course."

Au volant de la deuxième McLaren, Heikki Kovalainen n'était pas affecté de la même manière ; son style de pilotage était moins nocif pour le train avant mais martyrisait les pneus arrière. Whitmarsh confirmait : "Ils ont des réglages légèrement différents, avec un peu plus de charge sur les pneus avant sur la voiture de Lewis. Ce dernier était relativement agressif dans le virage 8 – et très, très rapide, disons-le – mais il a changé de style et de trajectoire le samedi."

"Sur un tel circuit, quand on voit qu'il y a un souci avec les pneus, il faut donner la priorité à la sécurité. Nous avons pris une décision que je ne regrette pas. Je regrette le fait que nous ayons dû prendre une décision, mais notre décision était de trouver comment assurer la sécurité de Lewis lors de cette course. Je pense que c'était la bonne décision compte tenu des informations qui étaient alors à notre disposition."

Lewis Hamilton, McLaren Mercedes MP4/23

Avec une stratégie aussi agressive, il était presque impératif pour Hamilton de signer la pole position afin de prendre la poudre d'escampette en début de course ; à cette époque où la Q3 était disputée avec le carburant embarqué pour le premier relais, il avait un avantage notable, comme en témoigne son premier arrêt au stand au 16e tour, quand Massa s'est arrêté au 19e passage et Räikkönen au 21e.

Or, Hamilton n'est pas parvenu à faire mieux que troisième des qualifications, auteur d'un 1'27"923 ; il a été devancé non seulement par Massa en 1'27"617 mais aussi par Kovalainen, qui était également bien plus chargé en essence, en 1'27"808. Peu à l'aise avec les pneus option (les plus tendres), le Britannique avait sans succès opté pour les gommes prime (les plus dures) et était logiquement frustré par ce résultat. Il a néanmoins endossé la responsabilité de cette erreur.

"Il fallait que je prenne une décision pour la Q3", avait-il déclaré. "L'équipe s'appuie sur moi pour prendre cette décision. En fin de compte, c'est moi qui suis en piste, je suis le seul qui sait vraiment ce qui se passe. En réalité, je viens d'étudier les données, et c'était la bonne décision. J'ai fait le meilleur travail possible en Q1, en Q2 il était clair que le pneu tendre n'était pas bon pour moi, et mon ingénieur m'a dit que j'avais pris la bonne décision. Le pneu dur était le bon pneu pour moi. [Heikki et moi] pilotons de manière différente." Il ajoutait : "J'avais le sentiment d'avoir fait un bon tour, mais manifestement, il ne l'était pas suffisamment."

Hamilton restait néanmoins convaincu de pouvoir gagner, et dès l'extinction des feux, il s'est emparé de la deuxième place, profitant d'un mauvais départ de Kovalainen sur le côté sale de la grille. Le Finlandais s'est ensuite accroché avec son compatriote Räikkönen au premier virage et a subi une crevaison qui l'a relégué à la dernière place.

Felipe Massa, Ferrari F2008 devant Lewis Hamilton, McLaren MP4-23 Mercedes, Kimi Räikkönen, Ferrari F2008 et Heikki Kovalainen, McLaren MP4-23 Mercedes

Hamilton a tenu le rythme du leader Massa dans le premier relais malgré ses pneus durs et a ensuite réalisé un beau dépassement sur le Brésilien, alors que les pilotes Ferrari étaient en difficulté avec leurs gommes tendres. Le pilote McLaren a finalement terminé la course derrière Massa en raison de son arrêt au stand supplémentaire, mais il est parvenu à se maintenir juste devant Räikkönen, dont l'aileron avant avait été légèrement endommagé par sa touchette avec Kovalainen. Massa s'est ainsi imposé avec 3,8 secondes d'avance sur Hamilton, qui devançait Räikkönen de cinq dixièmes.

"Avoir une stratégie peu optimale et passer si près de la victoire montre que nous étions vraiment, vraiment rapides", avait souligné Whitmarsh. "Lewis a fait un travail fantastique. J'imagine que sa troisième place en Q3 était sa bévue du week-end, la durabilité des pneus nous a handicapés, mais dans l'ensemble, l'équipe a fait un travail fantastique. La réalité est que nous n'aurions fait trois arrêts avec aucune des deux voitures à moins de le devoir, et j'estime que toutes deux auraient eu de bonnes chances de victoire si nous avions pu adopter une stratégie conventionnelle à deux arrêts."

La course de Hamilton n'a pas manqué d'impressionner les têtes pensantes de la Scuderia rivale. "Bien sûr, les performances réalisées par les McLaren lors de la course d'aujourd'hui étaient très bonnes", avait indiqué son directeur Stefano Domenicali. "J'ai toujours dit qu'ils étaient très compétitifs, et je le crois vraiment. Je pense avoir vu aujourd'hui une nouvelle approche complètement différente : McLaren, afin de nous attaquer, a changé la philosophie de la course et a changé la philosophie des qualifications, en particulier avec Lewis. Je trouve ça important, car ils doivent réagir à nos performances."

Podium : deuxième place Lewis Hamilton, McLaren, vainqueur Felipe Massa, Ferrari, troisième place Kimi Räikkönen, Ferrari et Francesco Uguzzoni, ingénieur en chef Ferrari

Reste à savoir si Hamilton aurait pu gagner s'il avait signé la pole position et avait été en mesure de creuser l'écart sur Massa dans le premier relais. "J'aurais dit que depuis la pole position, ça aurait été difficile", analysait Whitmarsh. "Mais vu la performance qu'il a réalisée en course, il aurait pu…"

Ron Dennis était tout aussi enthousiasmé par la prestation non seulement de Hamilton mais aussi de Kovalainen qui, deux semaines après son violent accident à Barcelone, s'était bien qualifié malgré une lourde charge en carburant et s'est hissé dans le top 8 avant de devoir effectuer un dernier arrêt à moins de dix tours du drapeau à damier.

"Je pense que [Lewis] a fait du très bon travail", estimait Dennis. "Il a été très discipliné, il a fait tout ce qui lui était demandé. Nous lui avons demandé de dépasser Massa, et il l'a fait. C'était très impressionnant ! Nous lui avons dit 'si tu peux le faire, fais-le' et il l'a fait, qui plus est de manière très propre."

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"Heikki était très, très rapide, il a été un peu déçu d'avoir une crevaison après une escarmouche avec Räikkönen au départ, mais nous l'avons repérée avec la télémétrie. Cette crevaison était suffisamment lente pour que nous puissions faire un tour derrière la voiture de sécurité et éviter de rentrer au stand quand la pitlane était fermée. C'était une très bonne décision."

"[Heikki] aurait été très compétitif. On ne peut pas prédire ça, mais il avait une véritable opportunité de remporter sa première victoire aujourd'hui. C'est la vie !"

Heikki Kovalainen, McLaren MP4-23 Mercedes

Malgré les quatre victoires de Ferrari en cinq Grands Prix, Dennis était convaincu de voir la lumière au bout du tunnel. "Je pense que nous sommes venus ici avec la capacité d'obtenir de bons résultats. Je n'aime pas dire que nous aurions gagné, mais il n'y a à mon avis aucun doute sur le fait que Ferrari attaquait fort du début à la fin. C'était une course très serrée."

"Avec toutes ces voitures, il faut faire un compromis pour essayer de faire survivre le pneu arrière. Cela requiert juste des réglages sur le fil du rasoir, qui sont relativement difficiles à trouver. Mais nous connaissons la voiture de mieux en mieux et, finalement, nous faisons le job. Le chemin reste long." Et deux semaines plus tard, à Monaco, Hamilton allait s'emparer de la tête du championnat grâce à une prestation magistrale sous la pluie...

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