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Pourquoi le cas Verstappen-Lawson remet (encore) sur le tapis un problème vieux de 20 ans

Dans un Grand Prix de Miami où Max Verstappen a été contraint par son erreur du départ à une course de remontée, un épisode - pourtant bien visible - est quelque peu passé inaperçu, bien qu'il soulève de nouveau une problématique fondamentale.

Max Verstappen, Red Bull Racing, Liam Lawson, Racing Bulls

Photo de: Clive Mason / Getty Images

L'incident du début de course du Grand Prix de Miami 2026 de F1 entre Max Verstappen et Liam Lawson, et surtout sa résolution, ont eu beau ne pas beaucoup faire parler, ils laissent tout de même une impression bizarre qui ne manque pas d'envoyer un clin d’œil aux débats récents remis sur la table par Zak Brown.

Dire que le premier tour de Verstappen a été mouvementé lors de la quatrième manche de la saison est un euphémisme. Après un départ moins bon que Charles Leclerc derrière lui, le Néerlandais a comme souvent tenté agressivement de reprendre l'avantage face à son adversaire en bloquant l'intérieur et en relâchant les freins au premier virage.

Le Monégasque a vu venir cette manœuvre et a simplement ouvert la porte avant de décroiser pour bénéficier d'une meilleure réaccélération. Quand Verstappen a tenté de garder le contact avec la Ferrari, il a alors perdu le contrôle dans le deuxième virage.

Son 360° et le fait qu'il n'ait été percuté par personne l'ont alors placé au cœur du peloton. Il s'est logiquement fait assaillir de toute part, tout en essayant de limiter la casse. Il réussira ainsi à passer Carlos Sainz au virage 7 et se retrouvera alors en chasse derrière la Racing Bulls de Lawson, huitième.

L'incident Lawson-Verstappen du premier tour

Dans la longue pleine charge menant au gros freinage du virage 11, le Néo-Zélandais va bloquer une première tentative de dépassement de Verstappen sur l'intérieur, à plusieurs hectomètres de la zone de freinage.

Qu'à cela ne tienne, le quadruple champion du monde va forcer l'intérieur au moment du freinage. La manœuvre, assez classique dans le style de Verstappen, va se solder par un léger contact entre les deux voitures et la sortie des deux monoplaces hors des limites du tracé.

Lawson réussira à se maintenir devant la Red Bull au moment de revenir en piste. À la faveur d'un Verstappen, qui a tout de même tenté de pointer le bout de son nez aux virages 12-13, désormais empêtré dans une nouvelle lutte avec Sainz - celle qui allait déclencher le mot de frustration de l'Espagnol à la radio sur la tentative selon lui trop autoritaire de son ancien équipier -, il allait même prendre un peu d'air.

Liam Lawson aborde les derniers virages alors que Max Verstappen dépasse Carlos Sainz.

Liam Lawson aborde les derniers virages alors que Max Verstappen dépasse Carlos Sainz.

Photo de: Rudy Carezzevoli / Getty Images

La consigne de Racing Bulls

Une seconde et trois dixièmes, voilà le "confortable" écart dont jouissait Lawson au moment d'aborder la longue pleine charge dans laquelle il avait défendu sa place face à Verstappen. A priori, il n'allait donc pas être immédiatement en danger, même s'il faisait assez peu de doutes qu'il ne pourrait résister au Néerlandais très longtemps ensuite.

Et pourtant, ce n'est cette fois pas d'une manœuvre de Verstappen que le dépassement viendra. En effet, à la radio de Lawson, son ingénieur de course va lancer : "Liam, on doit rendre la position à Max. On doit rendre la position à Max. [Il est] 1,3 seconde derrière. [...] Fais-le, dès que possible."

La consigne est on ne peut plus claire et ne prête pas à discussion. Lawson s'exécute ostensiblement avant le virage 11, celui où il avait résisté à l'épreuve de force un tour auparavant, et laisse donc le champ libre à un Verstappen qui ne le menaçait pas. Le Néo-Zélandais se permet cependant une remarque en réponse à la consigne : "Il m'est rentré dedans, je... je ne comprends pas."

Un dépassement nettement hors limites

Et, en effet, cette consigne était, même sur le moment, et reste bien difficile à comprendre.

Les images de la manœuvre de Verstappen ne laissent que peu de doutes sur sa légalité : même si l'on considérait - en utilisant une interprétation extensive - que la Red Bull était suffisamment à hauteur de la Racing Bulls pour que le Néerlandais ait le "droit" à l'espace dans lequel il s'insère et qu'elle n'avait pas plongé pour se mettre dans une telle position, il est en revanche absolument indéniable que le dépassement de Verstappen ne pouvait être complété dans les limites de piste.

Verstappen, visiblement en survitesse à mi-virage puisque subissant un décrochage du train arrière le contraignant à contrebraquer, avait les quatre roues hors piste. De ce fait, si l'on suit les fameuses directives sur les standards de pilotage, tous les critères pour considérer cette manœuvre comme "acceptable" n'étaient pas remplis et Lawson avait donc légitimement le droit de se maintenir devant le Néerlandais.

Depuis quelques années, la politique de la direction de course sur le sujet est de laisser le soin aux écuries de décider si elles veulent ou non rendre une position en cas de situation litigieuse, avec la possibilité de prendre ou non le risque d'une pénalité plus tard.

Liam Lawson, quelques instants après la tentative de dépassement de Max Verstappen.

Liam Lawson, quelques instants après la tentative de dépassement de Max Verstappen.

Photo de: CHARLY TRIBALLEAU / AFP via Getty Images

On se souvient que l'an passé, c'est d'ailleurs en pensant - à tort - avoir à rendre la position à George Russell que Verstappen avait ensuite volontairement percuté la Mercedes du Britannique au GP d'Espagne. Un incident qui a d'ailleurs été remis sur le tapis il y a quelques semaines quand le Néerlandais a expulsé d'une de ses conférences de presse un journaliste qui avait eu le malheur de - selon lui - "mal" lui poser la question des conséquences de ce pétage de plombs sur sa défaite au titre mondial. 

Bref, il est fort probable de penser dans ces conditions que c'est donc une initiative venue de Racing Bulls qui est à l'origine de cette consigne. Si le cas de Barcelone l'an passé pouvait prêter à discussion, celui de Miami était rapidement clair : jamais Verstappen ne pouvait prétendre que sa manœuvre était légitime, encore une fois ne serait-ce que parce qu'il l'a terminée derrière la ligne blanche.

Se pose alors des questions subsidiaires, mais sur lesquelles nous ne nous attarderons pas outre mesure ici. Soulignons-les simplement : dans la mesure où la tentative de Verstappen n'était pas licite, pourquoi n'y a-t-il pas eu d'enquête de la part des commissaires sur le contact et/ou un éventuel tassage hors piste ? Et imagine-t-on Racing Bulls tenter de faire déclencher une enquête sur un pilote Red Bull ?

Un sempiternel problème à régler

Mais revenons à la consigne. Dans le contexte, difficile de ne pas repenser au débat que Zak Brown a, il y a une grosse dizaine de jours, relativement timidement relancé, à savoir celui des problèmes posés par les potentiels conflits d'intérêts issus d'une multipropriété ou d'une prise de participation d'une écurie dans une autre. 

Le cas des deux écuries détenues par Red Bull n'est certes pas nouveau (20 ans cette année), il n'en reste pas moins toujours fondamentalement problématique. La F1 a beau se complaire en général dans une série de situations plus ou moins assumées de conflit d'intérêts touchant divers acteurs en dehors de la galaxie Red Bull - des situations qui devraient, elles aussi, a minima susciter des discussions franches et non pas des sourires complices -, cela ne veut pas dire que la plus évidente d'entre elles présente moins de risques de scénarios suspects.

Le débat - latent depuis une vingtaine d'années - avait, on se souvient, largement été rouvert par l'épisode du meilleur tour "d'adieux" offert à un Daniel Ricciardo qui ne jouait absolument rien au GP de Singapour 2024 par Racing Bulls. Meilleur tour qui - hasard absolument fou - privait accessoirement Lando Norris, alors dernier rival du pilote Red Bull Max Verstappen au championnat pilotes, d'un point supplémentaire. 

Le meilleur tour signé par Daniel Ricciardo au GP de Singapour 2024 avait fait polémique.

Le meilleur tour signé par Daniel Ricciardo au GP de Singapour 2024 avait fait polémique.

Photo de: Simon Galloway / Motorsport Images

Dans un tour de passe-passe absolument révélateur, au lieu de poser véritablement et une bonne fois pour toutes la question des risques (sportifs, moraux, en termes de confiance, etc.) de maintenir une situation de conflit d'intérêts et de risque de manipulation sportive, il avait simplement été décidé de... supprimer le point du meilleur tour à compter de 2025.

Comme le montre Miami, il ne suffit pas de grand-chose pour que la suspicion soit, inévitablement, présente. Une écurie hors du giron Red Bull aurait-elle demandé aussi urgemment à son pilote de se laisser prestement dépasser, en ayant pourtant plus d'une seconde d'avance, pour rendre une place qui n'avait jamais été perdue par des moyens licites ? Ou aurait-on plutôt laissé son pilote faire sa course et être dépassé, sans doute quelques minutes ou instants plus tard, par le même Verstappen ?

L'intervention de Racing Bulls était donc tout à la fois injustifiée mais, en sus, quelque peu inutile : la Red Bull allait finir par vite passer. Et l'on aurait alors assisté à une situation normale, réglée normalement, dans laquelle une lutte d'abord musclée - chose rare entre les deux écuries - aurait trouvé une conclusion sportive logique et satisfaisante.

La consigne radio et son exécution par Lawson - pour qui on peut aussi se poser la question de son obéissance si l'ordre n'avait pas concerné Verstappen - change tout. Mais, en même temps, elle ne révèle rien de bien nouveau sous le soleil (et les palmiers) : qu'importe la force du temps qui passe, de l'habitude qui s'enracine et l'exposition permanente à des situations potentielles de conflit d'intérêts à longueur d'année en F1, il y a toujours un lancinant "problème Red Bull-Racing Bulls".

 
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