Édito - Docteur Sebastian et Mister Vettel

Que s'est-il passé dans la tête de Sebastian Vettel ? Depuis dimanche, les questions n'ont pas manqué suite à l'épisode invraisemblable qui a mis aux prises l'Allemand et son rival dans la course au titre, Lewis Hamilton.

Édito - Docteur Sebastian et Mister Vettel

Les images du Grand Prix d'Azerbaïdjan ont fait le tour du monde, avec ce double contact survenu entre la Ferrari et la Mercedes juste avant la fin de la deuxième période de Safety Car. Convaincu d'avoir été victime d'un coup de frein du Britannique, Sebastian Vettel a manifesté une colère dépassant la raison, jusqu'à se porter à la hauteur de son concurrent avant de le heurter une deuxième fois, roue contre roue. Surréaliste, le geste du quadruple Champion du monde a donné lieu à une sanction que l'on peut qualifier de légère. Pénalisé d'un stop-and-go de dix secondes, il a finalement pu terminer devant Lewis Hamilton, ce dernier ayant perdu la victoire qui lui semblait promise suite à un arrêt au stand contraint par le détachement de son appui-tête. Moralité : la bonne opération au championnat a été faite par le pilote Ferrari. Pour le moment...

Objectivement, l'attitude de Vettel lors de cet épisode est difficilement qualifiable. En elle-même, elle méritait sans aucun doute sur le coup une sanction beaucoup plus sévère et marquante que celle décidée par les commissaires. D'autant que si l'on dépasse le simple cadre du Grand Prix d'Azerbaïdjan, l'Allemand n'en est pas à sa première incartade… On constate d'ailleurs que son compte de points de pénalité sur sa licence atteint déjà la barre des neuf. Un total rarement vu depuis l'entrée en vigueur de ce système, et qui le place à seulement trois unités d'une suspension en cas de nouvelles sanctions lors du prochain Grand Prix.

Le principal intéressé a beau assurer qu'il ne se soucie pas d'avoir terni son image, il n'empêche que ce n'est visiblement pas la première fois qu'il sort de ses gonds en dépassant les limites de ce que l'on peut accepter. Certes, dans une catégorie reine où l'aseptisation a très souvent été critiquée ces dernières années, voir des émotions prendre le pas et la nature humaine de chaque pilote ressortir est un bon signal dans les comportements hors du cockpit. Théâtraliser les événements et "raconter une histoire" peut ainsi déchaîner raisonnablement les passions. Mais si l'on attend aussi des pilotes qu'ils règlent leurs comptes en piste, ce n'est certainement pas une attente qui veut voir les règles être transgressées. 

Mexico 2016, le précédent

Sebastian Vettel, Ferrari SF70H

Il n'y a pas besoin de remonter énormément le temps pour trouver trace du dernier comportement hors des clous de Sebastian Vettel. Revenir au Grand Prix du Mexique 2016 rafraîchit très vite la mémoire. À l'époque, le quadruple Champion du monde avait insulté le directeur de course de la FIA, Charlie Whiting, par messages radio. Des propos diffusés en mondovision, avec l'impact que l'on sait. Suite à ce premier épisode qui avait déjà fait couler beaucoup d'encre, l'instance internationale s'était montrée plutôt clémente. Non sans lancer un avertissement très clair. 

"Le président de la FIA a décidé, exceptionnellement, de ne pas prendre de sanction disciplinaire à l'encontre de M. Vettel en élevant ce problème devant le Tribunal International de la FIA", s'était justifié le régulateur, s'appuyant sur les excuses formulées par Vettel, avant de prévenir : "Dans le cas d'un futur incident similaire à celui qui a eu lieu à Mexico, une action disciplinaire sera prise en amenant un tel incident devant le Tribunal International de la FIA pour qu'il soit jugé."

Ce mercredi, la FIA a décidé de se saisir à nouveau de l'incident afin de déterminer s'il fallait aller plus loin que le stop-and-go infligé durant la course. Les commissaires sportifs du Grand Prix d'Azerbaïdjan avaient bien étudié les données qui ont permis d'innocenter Hamilton, la télémétrie prouvant que le pilote Mercedes n'avait donné aucun coup de frein, et surtout qu'il avait géré chaque relance de la même manière et avec le même rythme.

Dans le même temps, les comparatifs vidéo permettent aujourd'hui de se rendre compte de la vitesse bien plus élevée avec laquelle Vettel est arrivé derrière Hamilton entre la première et la deuxième relance. S'il était assurément convaincu, dans son for intérieur, d'avoir été "brake-testé" par son concurrent, Sebastian Vettel avait-il pour autant les circonstances atténuantes nécessaires à l'explication d'un tel coup de roue donné à Hamilton ? Un coup de roue qui, lui aussi, peut être perçu avec subjectivité, car seul le pilote Ferrari sait aujourd'hui s'il l'a volontairement donné. C'est d'ailleurs ce sur quoi reposera sans doute une éventuelle sanction plus sévère lors de l'examen du 3 juillet.

Il est sans doute trop tôt pour savoir s'il y aura un avant et un après Bakou 2017 dans la carrière de Vettel. Sans doute aussi serait-il inopportun d'établir toute comparaison avec des grands champions de la F1 l'ayant précédé. L'homme a néanmoins démontré que sa capacité à garder son sang-froid restait relative et que son caractère pouvait le trahir. On saura certainement s'en souvenir lorsqu'il faudra raconter l'histoire de ce championnat 2017, dont personne ne peut connaître l'issue. Car jusqu'à présent, c'est non seulement la première fois que l'on assiste à un véritable duel entre Hamilton et lui pour la couronne mondiale, mais peut-être l'une des premières fois aussi que Vettel se retrouve dans cette situation de rivalité pour le titre, avec un tel décor planté quasiment dès le début de la saison. 

Désormais dans les mains de la FIA, le cas Vettel n'a pas fini de faire parler. De la sanction ou non qui découlera de la procédure en cours dépendra la suite de l'histoire et de la campagne mondiale du quadruple Champion du monde...

Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W08, Sebastian Vettel, Ferrari SF70H
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