Victor Martins : "Il faut ouvrir toutes les portes, ne pas se réduire à la F1"
En écho aux récents propos de Théo Pourchaire, Victor Martins défend la multiplicité d'expériences pouvant enrichir la carrière des jeunes pilotes. Même ceux qui, comme lui, garde la Formule 1 dans un coin de leur tête.
Photo de: Alpine
Victor Martins et Théo Pourchaire, 24 et 22 ans respectivement, se retrouveront cette saison en WEC, l'un devenant pilote Alpine là où l'autre est titularisé par Peugeot. Ce sont deux jeunes pilotes au parcours comparable qui vont à présent se croiser en endurance, alors même qu'ils ont incarné une génération prometteuse en monoplace, chacun nourrissant de sérieux espoirs d'accéder à la Formule 1, en vain jusqu'ici.
Pourchaire est celui qui en a le plus souffert, son titre en F2 semblant lui avoir promis un destin tout tracé vers la catégorie reine alors que le chemin est finalement devenu des plus tortueux. Il y a quelques jours, il prodiguait un conseil avisé aux jeunes pilotes, celui de ne pas voir la F1 comme le Graal. Afin d'éviter les tourments que lui-même a pu connaître, il suggérait également de bien assurer ses arrières en préparant d'autres options si jamais ce rêve élitiste restait inaccessible.
En rencontrant Victor Martins à l'Atelier Alpine, à Paris, Motorsport.com lui a demandé s'il partageait le point de vue de celui qui était son coéquipier en F2, en 2023. "Totalement", concorde le Francilien, qui arrive lui-même en WEC précisément parce qu'il a su convaincre lors du Rookie Test auquel il a participé en 2024, désireux de multiplier les expériences quand il l'a pu.
"Je pense que ça a beaucoup penché dans le volant que j'ai aujourd'hui", admet-il, reconnaissant avoir un peu provoqué sa chance. "Oui, et à ce moment-là, je lisais et j'entendais plein de choses, par rapport au fait qu'il ne fallait pas se disperser. Eh bien, si, je pense que si, il faut se disperser dans le sport auto, parce qu'on ne roule jamais assez et qu'on n'a jamais assez d'opportunités."
"Donc comme Théo l'a dit, il ne faut pas se réduire à la F1, parce qu'il y a plein d'autres choses", poursuit Victor Martins. "Pour moi, il faut vraiment ouvrir toutes les portes. Comme la Formule E : j'ai fait un essai dans la même année que le WEC, et je suis très content de l'avoir fait, ça m'a appris des choses, et je pense que ça ne peut qu'être bénéfique pour ce dont un pilote de F1 a besoin avec une équipe."
Un pas de côté que Martins vit bien
Victor Martins fait partie de l'académie de jeunes pilotes de Williams depuis 2025 et occupe un rôle de pilote de développement en parallèle de son programme en WEC.
Photo de: James Sutton / Formula 1 / Formula Motorsport Ltd via Getty Images
Sans risquer aucunement d'être péjoratif au vu du niveau de compétitivité du WEC, il est néanmoins surprenant d'y retrouver cette année ces deux pilotes encore si jeunes et dont la F1 n'a, jusqu'à présent, pas voulu. Ils en ont pourtant été proches, cités à plusieurs reprises notamment grâce à leur recrutement dans les diverses académies servant de bassins d'incubation.
Pourchaire a pu faire un premier test dès 2021, à 17 ans, et Martins a suivi ses traces en 2023 après son titre en F3. L'un membre de la Sauber Academy, l'autre de la filière Alpine, ils ont eu beau graviter près de l'astre, leur chance ne leur a pas encore été donnée au-delà de postes de pilotes de développement.
Comment expliquer que des profils comme les leurs aient dû envisager une autre voie que la Formule 1 après des parcours pourtant exemplaires en formules de promotion ? "Je pense que c'est la situation et le système actuel qui font qu'on n'a pas eu d'opportunité au moment opportun", répond Victor Martins lorsque Motorsport.com lui pose la question.
"Je ne sais pas quel est son objectif aujourd'hui et comment il le vit, mais moi, je le vis bien", assure-t-il néanmoins, sans amertume aucune à l'heure d'ouvrir le chapitre du WEC. "J'ai commencé à faire des essais [en WEC] et je vois à quel point je prends du plaisir, dans la relation avec mes coéquipiers et avec l'équipe, le tournant que prend ma carrière aussi parce que finalement, je deviens pilote professionnel pour la première fois. C'est un championnat du monde, donc je trouve que le fait de venir en WEC, ça valorise. Je ne le vois pas négativement."
Victor Martins lors de sa victoire au Qatar en 2025, en Formule 2.
Photo de: James Sutton / Formula 1 / Formula Motorsport Ltd via Getty Images
Néanmoins, le Français ne s'en cache pas : la Formule 1 le fait toujours rêver et il continuera à tenter sa chance tant qu'il la sentira possible. "Oui, la F1, ça a été un objectif et ça l'est toujours", assume-t-il. "Je pense avoir la légitimité de toujours vouloir y aller si un jour l'opportunité F1 arrive dans ma carrière. Mais en tout cas, aujourd'hui, je n'ai pas de problème par rapport à ça."
"La F1, c'est une question de timing. Je ne pense pas qu'on n'ait pas été assez bons. Je pense qu'on a démontré [notre valeur], et notamment Théo qui a montré qu'il avait les capacités en gagnant le titre F2. C'est juste qu'il n'était sûrement pas là au bon moment, et ça ne s'est pas fait."
"Je ne vais pas courir après la F1. Je cours après du succès et de l'épanouissement dans le sport automobile. Et je pense que le WEC est un très bon championnat pour me donner ça", ajoute Victor Martins.
Une expérience de la F1 qui continue de s'affiner
Ce qui permet encore aujourd'hui à Victor Martins d'entretenir ce lien avec la Formule 1 tout en approchant avec le sérieux qui le caractérise le WEC, c'est qu'il reste pilote de développement Williams. Il est à Melbourne ce week-end et continuera d'entretenir ses relations avec l'écurie anglaise autant que son coup de volant au simulateur tout au long de l'année.
"Je vais être sur tous les supports de Grand Prix, pour eux, au simulateur. J'ai le rôle de pilote de test et de développement, mais presque à 100% au simulateur. Après, s'ils me donnent l'opportunité dans la voiture, que ce soit en TPC ou en EL1, j'irai avec un grand sourire ! C'est toujours un régal de piloter une F1, mais pour l'instant, c'est réellement à l'usine, que ce soit en amont pour développer avant les week-ends, ou durant les week-ends de course."
"Ça, je l'ai toujours fait, et je le garde aujourd'hui, parce que j'estime que travailler avec une équipe de F1 ne pourra que me donner du background, de l'expérience. Le fait de travailler, de connaître leur approche, de parler à des pilotes de F1, parce que je suis en relation avec [Alexander] Albon et [Carlos] Sainz, qui ont une très belle expérience et beaucoup de succès, c'est cool."
Victor Martins débutera sa première saison en WEC au volant de l'Alpine n°36, aux côtés de Jules Gounon et Frédéric Makowiecki.
Photo de: Alpine
Martins entre dans l'aventure WEC avec avidité, désireux de continuer à se développer, d'apprendre aussi de nouvelles méthodes aux côtés de Philippe Sinault, directeur d'Alpine Endurance Team, et de ses coéquipiers, avec qui il appréhendera un sens du collectif bien spécifique à l'endurance.
"Le but, c'est de m'inscrire sur le long terme dans un programme comme le WEC. Mais après, comme j'ai dit, et je n'ai pas de problème à ça, je garde toujours en tête, de côté, l'objectif d'un jour aller en F1", résume-t-il lorsque nous le questionnons sur ce qui le motive aujourd'hui.
"Le WEC est le championnat le plus haut en endurance, la F1 dans le 'sprint'. Il y a deux ou trois catégories dans le monde qui font que si on veut être un pilote complet et l'un des meilleurs, on veut aller dans ces catégories-là."
"[Max] Verstappen dit ouvertement aujourd'hui qu'il serait motivé et intéressé à l'idée de faire les 24 Heures du Mans ou d'aller faire du GT, et je ne vois pas le problème, inversement, de toujours avoir l'objectif d'aller en F1. Après est-ce que ça va être possible ? Je ne sais pas. Aujourd'hui non, mais par contre je pense qu'il n'y a pas de problème à l'avoir dans la tête."
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