La voiture médicale, au cœur du dispositif d’intervention d’urgence

Bien moins en vue, heureusement, que le Safety Car, la voiture médicale constitue une partie importante de la chaîne d’intervention de la direction de course en cas de grave accident.

C’est un véhicule qui, lorsqu’il est déployé, inspire rarement un sentiment positif, surtout quand il se rue en piste suite à un accident. Nous avons tous en tête les images de la voiture médicale fonçant vers le virage 7 du circuit de Suzuka lors du Grand Prix du Japon 2014, pour se rendre le plus rapidement possible sur les lieux de l’accident de Jules Bianchi.

Malgré tout, elle est un rouage essentiel du dispositif d’intervention et sa présence permet une prise en charge rapide d’une situation d’urgence. Son pilote est le Sud-Africain Alan van der Merwe, 37 ans, bien moins connu que son homologue pilote de la voiture de sécurité, Bernd Mayländer. Il n’est toutefois pas un perdreau de l’année car il a été champion de Formule Ford Festival en 2001 et de British F3 en 2003 ; il occupe son poste depuis 2009.

Il se satisfait d’être dans l’ombre : "Nous sommes plus visibles quand nous faisons une erreur, donc la plus grande partie du travail est d’être aussi anonyme que possible", explique-t-il sur le site officiel de la Formule 1.

"Nous voulons être en piste le moins possible ; quand nous sommes en piste, nous ne voulons pas accidenter la voiture, ou connaître un incident avec une voiture de course. Il y a beaucoup de choses qui rentrent là-dedans, du fait de s’assurer que les voitures sont bien sur le plan mécanique à la façon dont nous pilotons sur le circuit pour garantir qu’il y a une marge suffisante pour éviter toute erreur."

Aux côtés de van der Merwe se trouvent le Docteur Ian Roberts, qui est le coordinateur des secours médicaux, et en général un médecin local qui est spécialisé en médecine d’urgence sur le lieu d’un accident. Aussi des équipes d’extraction sont-elles positionnées tout autour du circuit afin d’être le plus rapidement possible sur le lieu d’un accident. Elles sont supervisées par le Dr. Roberts, qui a aussi parmi ses compétences les domaines de l’anesthésie d’urgence ou encore des soins intensifs.

La conscience de l’environnement

Quand la FIA confie le volant d’un de ses véhicules à un ancien pilote de course, ce n’est pas tant la vitesse qui est recherchée que le fait d’avoir quelqu’un de suffisamment expérimenté pour gérer des situations d’urgence tout en gardant en tête les risques inhérents à une intervention en piste.

"Le facteur le plus important n’est pas que l’on peut aller vite : il y a des millions de gens qui peuvent piloter la voiture assez vite pour atteindre un accident dans le laps de temps clinique où ça compte", explique-t-il.

"La chose à considérer est l’environnement : on pilote un gros break lourd et parfois, on partage la piste avec des voitures de course extrêmement rapides, probablement les voitures de course les plus rapides au monde sur un tour. C’est une combinaison difficile. Ce n’est pas suffisant de piloter près de la limite : il faut constamment penser aux autres aussi."

Nico Rosberg, Mercedes AMG F1 W07 Hybrid après son accident

"Il faut la capacité supplémentaire de piloter près de la limite tout en pensant à ce qui est devant, ce qui est derrière. Il faut être préparé pour des pilotes qui commettent des erreurs, des commissaires qui sautent par-dessus la barrière devant vous. Il faut avoir la capacité de piloter la voiture assez rapidement pour arriver sur place, rester devant les voitures en piste tout en maintenant une immense marge d’erreur pour faire face à l’imprévu."

Des situations qui ne sont pas totalement des cas d’école puisque l’on se souvient qu’en 1995 lors du GP de Hongrie, Taki Inoue avait été percuté par la voiture médicale alors qu’il tentait d’éteindre un incendie sur sa Footwork ou encore au Brésil, en 2002, lorsque cette même voiture médicale, immobilisée près d'une voiture accidentée, a été percutée par la Sauber de Nick Heidfeld dans le S de Senna.

Les essais du jeudi

La voiture de sécurité et la voiture médicale prennent part à une séance d’essais d’une heure, généralement le jeudi précédent un Grand Prix, entre 14h et 15h, afin que les pilotes prennent leurs marques et vérifient que leur véhicule fonctionne bien.

La voiture médicale dispose d’un moteur V8 bi-turbo de 550 chevaux et pèse pratiquement deux tonnes quand elle est chargée. Une configuration qui la rend plus difficile à piloter que le Safety Car.

"À dessein, la voiture de sécurité est une supercar parfaitement équilibrée. Nous n’avons pas besoin de la modifier beaucoup, en fait on peut acheter cette spécification, sans l’équipement de sécurité de la FIA. La voiture médicale, d’un autre côté, est un petit peu différente. Elle doit composer avec un poids de deux tonnes quand nous sommes chargés, donc elle est extrêmement rigide et tout ce dont nous n’avons pas besoin a été retiré."

"Pour s’approcher de la limite dans une voiture comme cela, il faut être capable de la pousser. Le jeudi, je pilote plus vite que je ne le ferais pendant le week-end. C’est pour avoir un rythme avec lequel je suis à l’aise à 98%, pour qu’en course je puisse piloter à 95% et être à la radio pour parler à la direction de course, regarder dans mes rétroviseurs et ce genre de choses. On en a sous le pied, et la voiture aussi. On ne veut pas être à 100% pour que, quand quelque chose d’étrange se produit, il y ait une porte de sortie."

Une équipe de mécaniciens de AMG s’occupe des deux voitures lors de chaque Grand Prix, avec la volonté de les mettre à l’épreuve pour tester leur condition. "Nous punissons les voitures le jeudi. Les gars d’AMG veulent voir comment les voitures s’en sortent sur le plan mécanique, et nous devons voir comment les pneus tiennent."

Voiture médicale FIA sur le circuit pour porter secours à Jules Bianchi

"Dans des endroits comme Sepang, par exemple, à ces températures, on ne peut pas tourner indéfiniment : on peut peut-être faire deux ou trois tours et ensuite, les choses commencent à se détériorer. Dans l'absolu, c’est toujours une voiture de route et, quand elle est pleinement chargée avec l’équipement à l’arrière et trois personnes à l’intérieur, elle subit beaucoup de charge."

Les cobayes

Dans le cas où une voiture connaît une défaillance, chacun des véhicules d’intervention dispose d’un remplaçant. Tout au long de l’année, il y a une rotation en fonction du kilométrage et de l’usure des freins constatés par AMG. Les défaillances sont rares, rarement remarquées, mais elles existent bel et bien.

"Nous avons dû changer de voiture après le premier tour à Silverstone en 2015, mais je ne pense pas que quiconque l’ait remarqué ! Nous amenons les deux voitures médicales à chaque course, je ne pense pas que quiconque puisse les différencier mais, parce que nous passons tellement de temps assis dedans, je sais laquelle est laquelle."

"Nous avons une voiture principale pour le week-end et faisons seulement rouler la remplaçante pour les tests en piste les matins, pour s’assurer que les pneus sont bons et qu’elle est prête si nécessaire. À Silverstone, nous avons eu une défaillance pneumatique. Je l’ai sentie à peu près à mi-tour et nous avons dû revenir lentement et rapidement changer de voiture. Ces choses arrivent, tout s’est bien passé et a été très bien orchestré."

Fernando Alonso, McLaren marche vers la voiture médicale de la FIA

"Je pense que notre voiture est celle qui est la plus maltraitée de tous les véhicules de service parce qu’elle est pilotée à travers toute sorte de cochonneries sur la piste et nous la martyrisons sur les vibreurs tout le week-end et elle passe de garée dans la ligne des stands en étant froide au fait d’être à fond, en essayant de rester devant Bernd, donc elle est maltraitée. Une défaillance en sept ans, c’est plutôt bon !"

Surtout, de fait, en prenant la piste en premier, le voitures de sécurité et médicale jouent le rôle de cobayes avec des circuits – notamment en ville – parfois très sales et glissants.

"Dans des endroits comme Bakou ou Monaco, on peut aller en piste en héros mais toucher un mur et détruire une voiture de route assez facilement. Il n’y a pas d’adhérence, c’est sale, et Bakou est assez huileux parce que le tarmac était neuf, donc on y va petit à petit. […] Nous n’allons pas prouver quoi que ce soit en étant cinq dixièmes plus vite au tour. Tout le monde s’en moque. Ce n’est pas important."

Interventions d’urgence

En dehors des essais du jeudi et des tours de reconnaissance avant chaque séance, la voiture médicale accompagne les monoplaces dans le premier tour des GP, placée en fond de grille, afin d’intervenir le plus rapidement possible lors de cette phase critique d’une course. Si le tour se termine sans incident, elle rentre directement aux stands pour se positionner dans la pitlane. La voiture médicale couvre aussi les courses de GP2, GP3 et toutes les autres épreuves disputées, et son équipage est présent lors de chacun des briefings de pilotes.

Pour intervenir au mieux en ayant une vue globale de la situation, les personnes dans la voiture ont accès au flux TV mais aussi à des données supplémentaires fournies par la direction de course comme une carte GPS de la piste et aussi les alertes transmises par les monoplaces, qui enregistrent les impacts et calculent leur gravité. Cette information permet alors aux médecins de pouvoir se préparer à réagir plus rapidement à la situation une fois que la voiture a l’ordre d’intervenir.

Et justement, une fois arrivé sur le lieu d’un accident, le rôle d’Alan van der Merwe évolue pour devenir un gestionnaire, un observateur ou même un acteur quand la situation l’exige.

Equipe de sécurité au travail après l'accident de Jules Bianchi

"Beaucoup de choses dépendent de l’expérience des équipes qui arrivent sur la scène. Il faut s’assurer que les véhicules d’assistance ont un bon accès, les ambulances peuvent avoir besoin d’une direction parce qu’elles n’auront pas l’expérience des circuits et on ne veut pas que quelqu’un soit bloqué dans les graviers."

"Mon travail est essentiellement de lire la situation, de m’assurer que tout le monde a ce dont il a besoin, de diriger l’arrivée des véhicules si nécessaire et d’aider globalement. Si on n’a pas besoin de moi, je reste dans la voiture. Je peux parler à la radio et informer la direction de course de ce qui se passe avec Ian [Roberts, médecin] s’il est occupé."

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A propos de cet article
Séries Formule 1
Pilotes Alan van der Merwe
Type d'article Interview
Tags medical car, safety car, sécurité