Volkswagen en F1 : les raisons d'y croire (enfin)

Pour la troisième fois en moins de dix ans, le groupe Volkswagen flirte sérieusement avec la Formule 1. Et cette fois-ci, les chances de voir le géant allemand concrétiser son projet paraissent plus élevées que jamais.

Volkswagen en F1 : les raisons d'y croire (enfin)
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Au cours des cinq dernières années, le groupe Volkswagen a sérieusement envisagé une implication en F1 à deux reprises. Mais à chaque fois, il a reculé. Voici qu'aujourd'hui, les dirigeants allemands se penchent à nouveau sur la possibilité d'un engagement dans la catégorie reine. Et les chances de voir un projet aboutir sont cette fois plus élevées qu'auparavant.

Tempérons immédiatement ce qui doit l'être : le groupe VW est encore loin d'avoir pris une décision. Cependant, des propos tenus auprès de la BBC par le vice-président de la branche sportive de Porsche, Fritz Enzinger, ont déclenché un vent d'enthousiasme. Si ces propos ont eu un tel retentissement, c'est parce qu'Enzinger n'est pas n'importe qui. L'Autrichien de 64 ans a succédé à Wolfgang Dürheimer à la tête des opérations sportives de Volkswagen début 2018. Auparavant, il a travaillé pour BMW jusqu'en 2011 avec une implication dans le projet F1 de la marque. Puis il a été un acteur majeur des succès de Porsche en Endurance, avec notamment trois victoires successives aux 24 Heures du Mans.

Depuis janvier 2019, Enzinger a deux casquettes, car en plus d'être le responsable de la stratégie sportive du groupe Volkswagen, il a sous sa coupe les 500 employés de Porsche Motorsport. On le décrit surtout comme l'un de ceux qui soutiennent le plus ardemment l'idée de lancer enfin un projet Formule 1 au sein de la direction du groupe. "Il y aurait un grand intérêt si certains aspects de la durabilité – par exemple, l'implémentation des e-carburants – jouaient un rôle dans ce domaine", a-t-il détaillé dans sa sortie auprès de la BBC. "Si ces aspects se confirment, nous les évaluerons en détail au sein du groupe VW et discuterons des mesures à prendre. Porsche et Volkswagen AG observent les règlements en constante évolution dans toutes les séries de courses pertinentes dans le monde. C'est également le cas en ce qui concerne la nouvelle réglementation sur les groupes moteurs pour la Formule 1 à partir de 2025."

Fritz Enzinger, vice-président de Porsche Motorsport

Fritz Enzinger, vice-président de Porsche Motorsport.

Depuis quelque temps, la rumeur circule que Volkswagen n'a pas abandonné l'idée d'entrer un jour en F1. Et les conditions actuelles et futures sont plutôt bonnes. L'ombre du Dieselgate plane encore, mais le pire du scandale appartient désormais au passé. Surtout, la F1 a changé de patron et la voici dirigée par Stefano Domenicali, ex-membre du groupe VW. En 2015, l'Italien avait d'ailleurs supervisé une étude visant à déterminer l'intérêt qu'aurait eu Audi à s'engager en F1. Volkswagen s'est appuyé sur cette même étude lorsque le groupe a pensé à envoyer Porsche en F1 avant d'y renoncer.

L'on peut ajouter au tableau d'ensemble les propos tenus l'été dernier par le PDG du groupe Volkswagen en personne, Herbert Diess, qui estimait qu'avec les futurs carburants synthétiques, la Formule 1 serait "bien plus palpitante et amusante, avec davantage de compétition et une meilleure technologie que la Formule E, qui ne fait que quelques tours dans les centres-villes comme si c'était un jeu". Un commentaire déjà partiellement suivi d'actes, puisque Audi quittera le championnat électrique à l'issue de la saison qui vient de débuter, et que le groupe VW n'y maintiendra que le programme Porsche.

D'après les informations de Motorsport.com, la question de la F1 est actuellement sur la table chez Volkswagen, soutenue par des dirigeants importants. Toutefois, il apparaît évident que le groupe ne s'engagera dans la discipline que si des conditions économiques raisonnables le lui permettent, ainsi qu'une chance réaliste de succès, tout en pouvant jouer la carte écologique.

Lorsque la possibilité d'envoyer Porsche en F1 a été étudiée en 2017, au point de faire développer dans le plus grand secret par 40 employés un V6 capable de rouler en catégorie reine, Volkswagen était même venu s'asseoir à la table des discussions menées autour de la future réglementation moteur. En février 2019, le V6 en question avait tourné au banc d'essai pour la première fois et tous les signaux étaient au vert. Il y avait en place des gens comme Andreas Seidl, devenu depuis directeur de McLaren F1.

Plusieurs versions laissent entrevoir ce qui a empêché le groupe VW de donner son aval définitif. Le constructeur allemand aurait perçu la réticence des motoristes déjà engagés en F1 à changer drastiquement la réglementation, empêchant ainsi tout nouvel entrant d'avoir une chance réaliste de réussir à court terme. Du côté de la F1, on aurait craint qu'un géant comme Volkswagen pèse de tout son poids pour bouleverser complètement cette réglementation.

Aujourd'hui, Volkswagen et la Formule 1 ont une nouvelle chance de se rencontrer, alors que se prépare l'introduction d'une nouvelle technologie moteur pour 2025. Dans les ateliers de l'entreprise AVL, à Graz, la recherche va grand train sur le thème des e-carburants, et il s'agit d'un volet majeur pour convaincre VW. La FIA et la F1 ont déjà annoncé leurs projets pour l'utilisation de carburants écologiques dans un futur proche, franchissant un pas important avec l'introduction du E10 dès 2022.

Stefano Domenicali

Stefano Domenicali, PDG de la F1.

Si, sous l'impulsion de Domenicali, la F1 emprunte le bon chemin, Volkswagen pourrait bel et bien la suivre. Reste à savoir avec lequel des constructeurs de son groupe cela pourrait se faire, puisqu'ils sont pas moins de huit à figurer au sein du géant allemand : Audi, Bentley, Bugatti, Lamborghini, Porsche, Seat, Škoda et Volkswagen. Sur le papier, trois d'entre eux ont inévitablement une longueur d'avance. Audi serait crédible car il s'agit d'un constructeur très présent sur le marché automobile de série ; l'occasion serait belle de revisiter le légendaire slogan "Vorsprung durch Technik" à la sauce F1. Avec Porsche, le groupe pourrait davantage jouer la carte émotionnelle et mythique, en usant d'un nom ronflant et à l'influence immense. Et puis il y aurait l'alternative Lamborghini, qui est une filiale d'Audi à 100% et a été dirigé par Domenicali de 2016 à 2020.

Président du conseil d'administration d'Audi, Markus Duesman est d'ailleurs lui aussi connu pour être passionné de F1. Il a débuté sa carrière au sein du groupe Daimler et a été directeur du développement au département moteur Mercedes F1 de Brixworth. Il a rejoint BMW en 2006, où il a pris en charge le département moteur F1 pour le projet BMW Sauber. On dit également de lui qu'il serait un candidat crédible pour succéder à Diess comme PDG du groupe Volkswagen.

Sur le plan politique, beaucoup de prérequis semblent donc déjà exister pour ouvrir la voie à un projet F1 mené par le groupe VW. Néanmoins, il y a encore de nombreuses conditions essentielles à satisfaire pour qu'à Wolfsbourg, les dirigeants appuient sur le bouton vert. La balle est ainsi plutôt dans le camp de la F1. Liberty Media aurait bien entendu intérêt à attirer un quatrième constructeur d'envergure aux côtés de Ferrari, Mercedes et Renault, qui plus est avec le départ annoncé de Honda. La FIA, elle, ne devrait pas mettre de bâtons dans les roues à cette hypothèse, puisqu'elle soutient les thèmes qui tiennent à cœur chez VW : développement durable, hybride, biocarburants ou encore plafonnement budgétaire. Tous ces sujets sont en adéquation avec la feuille de route que déroule Jean Todt, président de l'instance internationale.

Les regards risquent donc de se tourner rapidement vers Ferrari, Mercedes et Renault. Seront-ils prêts à engager une refonte majeure du règlement moteur en 2025 afin d'ouvrir la porte à Volkswagen ? Pour la troisième fois en moins de dix ans, une réelle possibilité de voir le groupe allemand s'engager en F1 se présente… avec encore des avancées à réaliser. La première d'entre elles serait de voir Volkswagen faire son retour à la table des discussions autour de la future réglementation. Réponse dans quelques semaines ?

La Volkswagen ID. R en soufflerie
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