Walter Wolf - La F1 d’il y a 40 ans était incroyablement différente

Multimillionnaire canadien, Walter Wolf a fondé et personnellement financé sa propre écurie de Formule 1 à la fin des années 70, Walter Wolf Racing : une petite écurie qui a bien failli remporter le Championnat du Monde dès sa première saison!

Walter Wolf est un homme d’affaires prospère qui s’est fait tout seul au début des années 70 en louant de l’équipement d’exploration pétrolière. Né à Graz en 1939 d’un père autrichien et d’une mère slovène, Walter Wolf et sa famille ont émigré au Canada en 1958.

À la tête d’une entreprise solide, Walter Wolf était fasciné par la course automobile et la vitesse. En 1975, il y a de cela 40 ans, Wolf est apparu pour la première fois dans le paddock de la Formule 1. Motorsport.com a récemment discuté de cette époque avec lui, qui habite aujourd’hui son énorme ranch en Colombie-Britannique sur la côte Ouest canadienne. Dans un premier article, il nous avait détaillé sa vision de la F1 moderne.

J’ai toujours été très intéressé par les voitures de sport. J’ai d’ailleurs été très impliqué avec Lamborghini”, nous dit Wolf. “Je voulais faire de la course automobile avec Lamborghini. Gian Paolo Dallara en était le directeur technique à cette époque. C’est lui qui m’a pratiquement ouvert les portes de la F1. Mon plan original était d’amener Lamborghini courir en F1. Mais ils se sont ligués contre moi. Ils ne voulaient finalement pas aller en F1. J’ai donc acheté les actifs de l’écurie de Frank Williams et fondé Walter Wolf Racing”.

Frank Williams et Walter Wolf ont donc fait rouler des Hesketh 308C modifiées, propulsées par des moteurs Ford Cosworth DFV et renommées Wolf-Williams FW05. Après une saison 1976 fort décevante en résultats, Wolf s’est séparé de Williams.

J’ai alors créé ma propre entreprise, Walter Wolf Engineering, et nous avons mis sur pied l’écurie de course. Dallara a été d’une aide précieuse, et il a travaillé aux côtés de Harvey Postlethwaite, Patrick Head et Adrian Newey sur la conception et le développement de la Wolf, qui fut une grande réussite. Nous avons écrit une page d’histoire en remportant la victoire lors de notre premier Grand Prix. Nous étions une petite équipe privée, sans sponsor extérieur”, relate Wolf avec fierté.

Jody Scheckter

Wolf réussit à mettre sous contrat un des très bons pilotes du moment, le Sud-Africain Jody Scheckter, qui quittait alors Tyrrell.

Quand j’ai discuté avec Peter Warr, Harvey Postlehwaite et les autres, ils m’ont tous dit qu’ils viendraient travailler pour moi à condition que j'engage un des quatre ou cinq pilotes qui figuraient sur une liste. Le premier sur cette liste était Niki Lauda, le deuxième était Jody Scheckter, et il y avait aussi Mario Andretti et Ronnie Peterson. Quand j’ai demandé à Niki si mon écurie l’intéressait, il était sous contrat avec Ferrari et ne croyait pas que nous allions faire une voiture gagnante. Je suis donc allé voir Jody et je lui ai fait une offre financièrement très lucrative et il a accepté de piloter pour moi”, raconte Wolf à Motorsport.com.

Walter Wolf poursuit son récit : “N’oubliez jamais ceci : si vous voulez gagner, vous devez engager des gens qui ont déjà goûté à la victoire. Peter Warr, le directeur général de l’écurie, avait remporté plusieurs victoires aux côtés de Colin Chapman chez Lotus. Warr était le manager de Lotus quand Jochen Rindt et Emerson Fittipaldi sont devenus Champions du Monde”.

En comparaison à la puissante Scuderia Ferrari, l’écurie Wolf de F1 était toute petite, mais très soudée et particulièrement efficace.

J’avais engagé 80 personnes et l’équipe était basée à Reading, en Grande-Bretagne. Il s’agissait toutefois d’une écurie canadienne. J’avais fait placer le drapeau canadien sur la voiture. J’étais très fier, car j’étais le seul individu à faire vivre une écurie qui a remporté le Grand Prix de Monaco. Nous avons gagné trois courses en 1977 : notre premier Grand Prix en Argentine, à Monaco et au Canada à Mosport. Nous nous sommes classés quatrièmes au championnat du monde des constructeurs avec une seule voiture, et seconds au classement des pilotes avec Jody. Ça ne s’était jamais fait avec une nouvelle équipe, et je doute beaucoup que cela arrive à nouveau”, affirme Wolf.

Gilles Villeneuve

À la même période, l’équipe développe la WD1 qui fut inscrite en série Can-Am en Amérique du Nord. Chris Amon, puis un jeune Québécois nommé Gilles Villeneuve, ont piloté l’engin très puissant, mais à la tenue de route aléatoire.

À cette époque, je voulais que Gilles pilote ma voiture de F1, car il était sous contrat avec moi. Mais Enzo Ferrari m’a appelé, et m’a demandé s’il pouvait engager Gilles. J’ai donc appelé Gaston Parent, le manager de Gilles, qui a contacté M. Ferrari”, précise Walter Wolf.

Le drapeau canadien était proéminent sur ma voiture. C’est pour cette raison que je désirais qu’elle soit pilotée par Gilles. S’il avait eu autant de cervelle qu’il avait de cœur, il aurait remporté autant de titres que [Ayrton] Senna. Selon moi, Gilles était aussi talentueux que Senna. Mais il était trop passionné et trop agressif. Si vous vous souvenez de sa bataille contre [René] Arnoux à Dijon, alors qu’ils se sont heurté les roues à plusieurs reprises, cela montre à quel point Gilles voulait gagner. Il croyait être immortel, qu’il ne pouvait pas mourir.

James Hunt

Après que Scheckter ait quitté Wolf pour Ferrari fin 1978, Walter Wolf recrute James Hunt, le champion du monde 1976, pour conduire la nouvelle monoplace, la Wolf WR7 à effet de sol.

Ce fut une erreur!”, lance Wolf. “Nous étions une écurie démocratique. Peter [Warr] et Harvey [Postlehwaite] avaient travaillé aux côtés de James Hunt chez Hesketh. Ils voulaient que je l’engage. Après tout, il avait été sacré champion du monde. Nous avons donc enrôlé Hunt et ce fut une énorme erreur. Il nous a quitté après Monaco, et je l’ai remplacé par Keke Rosberg. Mais les deux n’étaient pas du niveau de Gilles [Villeneuve]. Il n’y en avait qu’un seul comme Gilles”.

James Hunt considérait que l’accident mortel survenu à Ronnie Peterson un an auparavant à Monza était de sa faute. Il n’était plus du tout le même homme. Il était encore un très bon pilote, mais après l’accident de Ronnie, il avait perdu son sang-froid”.

À la fin de la saison 1979, Walter Wolf en a eu assez de la Formule 1. Fittipaldi Automotive a racheté les actifs de Walter Wolf Racing, incluant les châssis. Ce fut la fin de cette écurie canadienne en F1.

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Séries Formule 1
Type d'article Actualités
Tags f1, jody scheckter, walter wolf, worlf racing