Quand Ocon faisait une apparition infructueuse en FR3.5

Dans son ascension vers la Formule 1, Esteban Ocon a fait une apparition en Formule Renault 3.5 en parallèle de sa campagne victorieuse en F3 Europe. Ses deux meetings dans la discipline n'ont pas été couronnés de succès mais lui ont beaucoup appris.

Quand Ocon faisait une apparition infructueuse en FR3.5
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Quand Esteban Ocon a rejoint Comtec Racing courant 2014 en Formule Renault 3.5, il était au sommet de la vague. Avec une belle marge de 77 points sur Max Verstappen en F3 Europe à deux meetings du terme de la campagne, l'opportunité de s'essayer à un bolide plus puissant et complexe – à savoir la Dallara T12 à moteur Zytek V8, dotée d'un DRS, d'un système anti-calage et d'un launch control – pouvait difficilement se présenter à un meilleur moment.

Sans surprise, l'enthousiasme était notable au sein de l'équipe quand le Français, qui allait sur ses 18 ans, est arrivé pour ses débuts au Hungaroring. "Nous avions fait de très bonnes premières courses avec Nikolay Martsenko, puis il s'est retrouvé à court d'argent, ce qui nous a mis en difficulté", se remémore Danny King, alors ingénieur de course d'Ocon. "Nous savions avoir une super voiture et une super équipe, le team manager Phil Blow était fantastique, c'était juste tellement frustrant."

"Nous cherchions désespérément quelqu'un, puis nous avons eu l'opportunité avec Esteban, ce qui était super pour nous. L'un des autres ingénieurs de l'équipe, Ashley Edwards, était également en F3 Europe et a dit 'ce gars est exceptionnel, je l'observe depuis quelque temps et il est vraiment bon'. Nous avions donc de grands espoirs."

Pour ses débuts, Ocon a montré tous les signes de la rapidité dévastatrice et de la sensibilité technique dont il allait faire preuve en F1, mais comme se le rappelle King, il voulait surtout faire ses preuves face aux pilotes plus expérimentés de FR3.5, à l'image de Carlos Sainz et de Pierre Gasly.

"C'était un meeting frustrant", regrette King. "J'avais l'impression qu'il voulait être le plus rapide à chaque séance, ce que l'on peut comprendre quand on vient de F3 en ayant plus ou moins déjà gagné le championnat. Par exemple, nous avons manqué l'opportunité de faire deux tours supplémentaires à la fin d'une séance d'essais libres parce qu'il était en avance mais est parti en tête-à-queue au dernier virage, ce qui gâche le tour dans lequel on est et celui que l'on va faire."

Esteban Ocon

Esteban Ocon en 2014

Handicapé par des drapeaux rouges lors de la première séance qualificative, Ocon était néanmoins sixième sur la grille de départ de la Course 1 – d'après King, il aurait pu être quatrième s'il avait fini son dernier tour lancé – mais il a manqué son départ et n'a pu remonter qu'au neuvième rang.

"Prendre son envol avec l'anti-calage et un système de launch control qui manquait de fiabilité, c'était difficile", souligne King. "Je ne sais pas si c'était à cause de la colère ou de l'excitation, mais le départ a été catastrophique, l'anti-calage s'est déclenché et nous avons perdu du terrain. Il est remonté à la neuvième place au premier tour et s'est fait accrocher. Tout ça était un peu brouillon. La neuvième place n'était pas si mal, mais il y avait davantage de potentiel."

Un autre débutant au Hungaroring était un certain Nicholas Latifi, avec l'écurie Tech 1 Racing, qui connaissait une campagne moyenne en F3 Europe. Le Canadien s'est qualifié 20e et a abandonné en début de course.

La deuxième séance qualificative a eu lieu sur piste séchante. Ocon était passé aux slicks tôt et avait déjà battu son meilleur chrono en pneus pluie lorsqu'il a été pris au piège sur une zone humide dans le virage 11. Les dégâts étaient significatifs, et Comtec n'a pas eu le temps de réparer la voiture avant la course. "C'était une opportunité manquée", déplore King. "Il savait super bien comprendre où se trouvait l'adhérence et était très sensible vis-à-vis de la voiture également. Il aurait pu être dans le top 3."

Puisqu'Ocon avait découvert la voiture lors de ses débuts au Hungaroring, King avait bon espoir qu'il fasse un pas en avant pour son apparition suivante au Circuit Paul Ricard. "Nous étions inquiets pour la voiture à Budapest à cause des bosses, mais nous savions que ce ne serait pas le cas au Ricard. Nous étions vraiment contents d'avoir trouvé la solution pour tirer le maximum d'appui aéro des réglages à fort appui, ce que beaucoup d'équipes avaient du mal à faire. Nous sommes arrivés au Ricard, où tout est lisse comme une table de billard, et nous pensions que personne n'allait rivaliser."

Mais Ocon n'a simplement pas été compétitif. Il a fini hors du top 10 dans les deux courses, a oublié de garder son DRS ouvert dans Signes et a fréquemment utilisé le mauvais rapport à la sortie de la chicane. "Nous n'avons jamais vraiment trouvé le rythme", lâche King. "Je pense qu'il a beaucoup appris sur la difficulté des World Series [by Renault]." Latifi, quant à lui, a signé une neuvième place en Course 2.

Pour son retour en F3 Europe, Ocon a remporté le titre sans coup férir, avant son premier test en Formule 1 avec Lotus lors des essais réservés aux rookies. Il a ensuite gagné le GP3 Series dès sa première tentative en 2015, ce qui a mené à un volant en DTM pour la première moitié de la saison 2016 avant que Rio Haryanto, à court d'argent, ne laisse son baquet vacant chez Manor F1 Team. Ocon y a fait ses débuts en F1 et a suffisamment impressionné pour obtenir un volant chez Force India pour 2017 face à Pascal Wehrlein. Il a ensuite fait ses preuves face à la référence qu'est Sergio Pérez, avant une saison 2020 plus difficile aux côtés de Daniel Ricciardo chez Renault.

On imagine que l'apparition compliquée d'Ocon en FR3.5 ne l'empêche pas de dormir, mais King considère que cette expérience lui a été utile et l'a aidé à se rendre compte des domaines dans lesquels il devait travailler avant ses débuts en F1 deux ans plus tard. "Passer à une voiture plus complexe était une bonne chose pour lui et a développé ses compétences. Il y avait beaucoup plus de choses à faire qu'en F3 – il y avait encore un levier de vitesses en F3, cela restait donc assez basique dans le cockpit, tandis que les World Series avaient les palettes au volant, le DRS, le launch control, l'anti-calage, donc l'expérience lui aura bien servi. Le Castellet n'était pas notre meilleure performance, mais je pense qu'il a beaucoup appris", conclut King.

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