Marco Mattiacci - "Poser des questions" pour comprendre Ferrari

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Marco Mattiacci -
21 août 2014 à 19:22

L'empreinte de Marco Mattiacci chez Ferrari commence à se faire sentir, après une logique période d'adaptation

L'empreinte de Marco Mattiacci chez Ferrari commence à se faire sentir, après une logique période d'adaptation. Le nouveau Directeur d'Equipe a remplacé au pied levé un Stefano Domenicali parti après seulement quelques courses en 2014, et a dû tout apprendre d'un sport et d'une équipe F1 dont il n'était jusque-là pas particulièrement proche.

Si Mattiacci fait partie des meubles depuis deux décennies chez Ferrari, ses responsabilités passées n'avaient rien à voir avec les missions sportives de la marque, et l'Italien peut être plus qualifié comme étant un businessman averti, capable d'atteindre de solides objectifs financiers et de volume, que comme un meneur de projet sportif. Sa mission avec la Scuderia est toute autre, et témoigne de l'envie du Président di Montezemolo de laisser une nouvelle approche organisationnelle s'installer chez les Rouges.

Pour commencer, Mattiacci doit préparer l'avenir proche et installer des bases pour le long terme. Cela a commencé par devoir montrer la porte à certains membres, comme le Chef du Département Moteur, et à prospecter pour faire évoluer la structure du team.

"Ce sont des changements importants. Très importants. Nous sommes clairs sur là où nous voulons aller. Je ne sais donc pas si l'on peut appeler les changements comme grands, mais ils seront importants. Je pense que Ferrari va avoir une autre allure; ce sera différent. Et l'Histoire nous dira si ce sera mieux", décrit-il dans une entrevue accordée à Autosport.

"Les changements seront au niveau du board, mais de façon presque plus importante, un changement de culture et une discontinuité. C'est le plus important".

Pas de références en F1 mais une ouverture d'esprit

"J'ai définitivement un avantage", estime Mattiacci, au moment d'évoquer son background. "C'est un changement avec quelqu'un qui n'a pas été en F1, mais connait très bien Ferrari. Je n'ai pas été en F1, mais je l'ai observée, j'ai écouté à son sujet, et j'ai 'vécu' F1. Donc je sais d'une certaine façon ce qu'est le sport".

Mais avant tout, Mattiacci est persuadé que la culture Ferrari est avant tout un état d'esprit.

"Il s'agit d'une compagnie italienne ; elle a une certaine dynamique, étant italienne ; mais après y avoir travaillé pendant les 20 dernières années, [je peux dire qu'] elle est aussi multiculturelle, et il y a beaucoup de diversité. Cela m'a probablement aidé à adoucir certains angles et à essayer de bâtir une organisation dans laquelle le passeport n'est pas important, mais où l'idée l'est. La hiérarchie n'est pas importante; c'est la contribution que l'on donne à l'équipe qui l'est. Je ne préfère pas l'ingénieur aux capacités techniques à quelqu'un qui est un homme d'équipe. Comme dans tous les sports, et tous les business, les gens sont le facteur le plus important".

Un apprentissage assumé

Fort de ce constat, Mattiacci admet n'avoir aucun mal à placer sa confiance en des personnes plus capables que lui dans leurs domaines respectifs, comme Jean Todt a pu le faire dans le passé, jouant le rôle de Chef d'Orchestre et plaçant les bons éléments à la bonne place.

Toutefois, la façon dont Mattiacci est amené à pouvoir juger des compétences de chacun demeure difficile à cerner, dans la mesure où il ne peut que se reposer sur les témoignages de ses collègues de travail, après être arrivé en cours de route.

"La meilleure chose est de poser des questions", poursuit-il. "Je n'ai pas peur de poser n'importe quel genre de question. Les gens savent que je ne viens pas de la F1, et je demande donc toutes sortes de choses. J'établis beaucoup de recoupements, car je souhaite comprendre les différentes sources. Je me fais mon opinion. Mais clairement, je me base sur l'expérience des gens qui m'entourent. Et j'ai commencé à trouver des gens à qui je fais totalement confiance.

"Je ne sollicite pas de meetings ; je m'assois avec le Chef de l'Aéro, les mécaniciens, ou quelque de la finance, sans programme. Je veux que chaque personne sache ce qui se passe et que chacun sache dans quelle direction nous nous dirigeons".

En finir avec la culpabilité

Comme l'évoque Rob Smedley à demi-mots

, Ferrari a eu trop tendance à pointer du doigt des responsables de façon systématique dans un passé récent, laissant tout le monde sur la défensive au lieu de stimuler la créativité et la prise de risque tant nécessaire à un retour au premier plan. Dans un contexte dans lequel l'audace est considérée comme un risque personnel par trop d'employés, le team ne peut générer le même type d'avancées que des structures dans lesquelles la responsabilité des décisions est mutuelle et publiquement partagée.

"Il nous faut définitivement un changement de culture", admet Mattiacci. "Nous devons nous ouvrir, et je demande à ce que l'on accueille le risque, avec humilité et précaution. Il faut prendre conscience que nous avons besoin de discontinuité pour revenir au sommet", suggère-t-il, incitant à briser certains automatismes et immobilisme considérés comme étant des bases positives, selon une vision datée d'une ère gagnante dans laquelle Ferrari ne se trouve plus.

"Je vais dire quelque chose qui ne sonne pas très F1 ! Ce n'est pas le produit qui est compétitif. C'est le package, sans distinction de ce qui est du domaine de l'aéro, du châssis, du moteur ou de l'unité de puissance. Il y a une auto, et une équipe. Tout le monde doit travailler.

Je n'aime donc pas quand je parle aux gens du moteur et qu'ils me parlent du châssis

pendant les cinq premières minutes", poursuit-il dans une critique à peine masquée à l'attention de Luca Marmorini.

"Je n'aime pas quand les gens du châssis me parlent du moteur. On parle de la voiture. Il n'y a pas de 'nous avons fait mieux que vous' ou 'on l'a fait parce que vous l'avez demandé'. Tout le monde est responsable de la voiture, de la même façon. Pour moi, c'est ça, mon style".

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