Quand Bottas était un Champion du monde en puissance

Si Valtteri Bottas peine parfois à se hisser au niveau de son redoutable coéquipier en Formule 1, le sextuple Champion du monde Lewis Hamilton, il était jadis considéré comme une véritable star en devenir.

Quand Bottas était un Champion du monde en puissance
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La victoire sans appel de Valtteri Bottas au Grand Prix d'Australie 2019 avait d'ailleurs rappelé ce potentiel à Toto Wolff, directeur de l'écurie Mercedes, qui connaît Bottas depuis son adolescence. "En 2008, un jeune garçon m'a appelé pour demander de me rencontrer. Il neigeait à Vienne, et ce jeune Finlandais est arrivé en pull, sans manteau, et m'a demandé conseil", se souvient Wolff.

"Ce jeune garçon a ensuite dominé la Formule Renault Eurocup lors d'une année relevée avec [Jean-Éric] Vergne, [Daniel] Ricciardo, [Roberto] Merhi, et il a mené presque toute la saison. C'est le Valtteri Bottas que j'ai vu [à Melbourne]. C'était en lui. Peut-être qu'il lui fallait digérer ses années chez Williams et le passage surprise chez Mercedes. Il a fini la saison [2018] fatigué, et c'est le jeune homme de 2008 qui est revenu [début 2019]."

Bottas avait effectivement été titré de justesse lors de la saison 2008 d'Eurocup Formule Renault 2.0, pour sa deuxième campagne en monoplace, face à un certain Daniel Ricciardo et à Andrea Caldarelli, alors protégé de Toyota. D'après Timo Rumpfkeil, directeur de l'écurie Motopark pour laquelle courait Bottas en 2008, le nordique confirmait ainsi les promesses entrevues lors de ses débuts en sport auto l'année précédente, en Formule Renault 2.0 NEC, avec la structure finlandaise Koiranen.

"Le premier meeting, à Zandvoort, a eu lieu dans des conditions humides, et avec la Koiranen, il a fini juste dans la boîte de vitesses de mon pilote [Frank Kechele, Champion FR2.0 NEC 2007, ndlr], qui a remporté la course", se remémore Rumpfkeil. "C'est la première fois qu'il a attiré mon attention. Nous sommes restés en contact toute la saison, et nous l'avons mis dans la voiture juste après la saison pour faire quelques tests. Nous avons écrit le contrat, mais Räikkönen Robertson Racing voulait le placer en British F3, contrairement à nous. Nous étions donc contents de l'avoir ici."

Valtteri Bottas, AKA Cobra

Valtteri Bottas (AKA Cobra)

Entretemps, Bottas a participé au trophée hivernal de Formule Renault UK fin 2007, qu'il a outrageusement dominé avec trois victoires et une deuxième place en quatre courses, à Donington Park et à Croft. "Il a tout raflé", confirme Andrew Kirkaldy, qui gérait l'écurie AKA Cobra pour laquelle courait alors le jeune pilote, "mais malheureusement, il n'avait pas de licence britannique et n'a donc pas pu marquer de points."

Ce n'était pas la première fois que Bottas travaillait avec AKA Cobra : selon Kirkaldy, c'est avec cette équipe que le jeune homme a fait ses premiers essais en monoplace, à Brands Hatch, en 2006. L'écurie avait justement des liens avec Kemppi, entreprise finlandaise commercialisant des outils de soudure, qui soutient Bottas depuis 2007. "J'étais conscient qu'il arrivait auréolé de recommandations élogieuses, mais nous ne savions pas grand-chose de lui. Il a été très impressionnant la première fois qu'il a piloté la voiture", ajoute Kirkaldy.

Nul ne peut savoir s'il s'agissait véritablement du premier test de Bottas en monoplace, d'autant qu'Afa Heikkinen, qui fait partie des dirigeants de Koiranen GP, se rappelle d'un événement antérieur : "La fédération finlandaise a organisé quelque chose avec nous pour un groupe de pilotes de karting qui sont venus faire des essais, à Alastaro si je me souviens bien. Il s'agissait simplement de leur donner une idée de la différence entre le karting et la monoplace. Si quelqu'un a du talent, on le voit toujours, et forcément, on voyait à quel point il était bon – il gérait vraiment les choses avec naturel, clairement mieux que les autres pilotes."

AKA Cobra souhaitait alors engager Bottas en Formule Renault UK, sans succès. C'est ainsi Koiranen qui s'est octroyé ses services en FR2.0 NEC, alors que l'écurie finlandaise n'avait jusque-là connu aucun succès sur la scène européenne – ce n'est qu'au début des années 2010 qu'elle a remporté de nombreux titres avec Carlos Sainz Jr, Daniil Kvyat ou encore Nyck de Vries.

"L'une des principales difficultés était de faire croire [au clan Bottas] que nous pouvions être compétitifs, car il était tôt pour nous", souligne Heikkinen. "En même temps, ils n'avaient pas beaucoup de budget ; il s'agissait donc de trouver le meilleur compromis. De plus, les frères Koiranen [les fondateurs de l'écurie, Jari et Marko] étaient vraiment proches de son père – ils venaient presque de la même ville."

Valtteri Bottas, Koiranen Bros

Valtteri Bottas (Koiranen)

Bottas s'est classé dans le top 6 lors de 14 des 16 courses au programme, et lors du dernier meeting à Hockenheim, en l'absence du Champion Frank Kechele et du vice-Champion Tobias Hegewald, il a remporté les deux victoires. "On voyait qu'il était vraiment talentueux, mais les ressources que nous avions face à Motopark – nous n'étions pas engagés en Eurocup – étaient un grand handicap. Avec le recul, nous savons désormais que nous n'aurions pas dû finir dans le top 3 du championnat, mais il a fini troisième. C'était impressionnant."

"Nous avons tenté de trouver un accord pour 2007 mais avons échoué", indique Kirkaldy. "Cependant, nous avons conservé une très bonne relation avec lui ; c'est pourquoi il est venu chez nous en Winter Series. Il était adorable, et son père [Rauno Bottas] était top – l'un des bons pères de pilote, disons !" En d'autres termes, un père qui ne vient pas perturber le travail de l'écurie.

À l'époque, la carrière de Bottas était justement une affaire de famille, mais cela a changé lors de sa bataille avec Daniel Ricciardo, membre du Red Bull Junior Team, pour le titre d'Eurocup FR2.0. "Son père faisait ça tout seul, puis l'option avec Toto Wolff est arrivée en 2008. Toutes les grandes équipes de management lui ont fait une offre – Gravity, Red Bull… mais il voulait faire quelque chose avec Mika Häkkinen, projet qui a donc été créé avec Toto et Didier Coton."

Bottas s'est montré impeccable dans le championnat secondaire qu'était la FR2.0 NEC, remportant 12 des 14 courses auxquelles il a participé avec 13 pole positions et 12 meilleurs tours à la clé. Son coéquipier António Félix da Costa, débutant, n'a pas pu lui résister, pas plus que Tobias Hegewald, qui avait pourtant fini devant Bottas l'année précédente. Ce dernier n'a été vaincu qu'à Zolder, avec deux abandons. "C'était un raté", grimace Rumpfkeil. "Cette piste est toujours très dure pour la voiture avec les vibreurs, et un triangle de suspension a lâché. On pourrait dire que c'était une erreur du pilote, mais c'était également dû à la nature de la piste. Il fallait passer sur les vibreurs sans retenue ; sinon, il était impossible de faire un [bon] chrono."

Accident pour Valtteri Bottas

Valtteri Bottas (Motopark)

C'est toutefois en Eurocup FR2.0 – compétition plus relevée – qu'il était crucial de briller, et lors du meeting d'ouverture à Spa-Francorchamps, Bottas n'a pu faire mieux que troisième et 27e. "Il s'est retrouvé deux fois pris dans un carambolage dans la ligne droite après le Raidillon [Kemmel, ndlr], il a donc fini ces courses avec une voiture bien amochée."

Le pilote Motopark a ensuite signé sa première victoire à Silverstone, passant tout près d'un deuxième succès le lendemain, lorsqu'il a été dépassé dans le dernier tour par Ricciardo. Mais au Hungaroring, déclassé des qualifications en raison d'une infraction technique, Bottas n'est pas parvenu à marquer le moindre point et s'est retrouvé à 38 longueurs de l'Australien, à une époque où la victoire en valait 15. Cependant, il a n'a plus quitté le podium au Nürburgring, au Mans et à Estoril, avec trois victoires à la clé, si bien qu'il a abordé le dernier rendez-vous, à Barcelone, un point devant Ricciardo.

"Nous étions assez loin, mais c'est l'une des forces de Valtteri : il a gardé son sang-froid", souligne Rumpfkeil. "Nous avons connu un week-end très solide à Barcelone en nous battant contre d'autres éléments… Le problème, c'est qu'il ne s'est qualifié que 11e pour la Course 1. Les qualifications ont commencé sous la pluie mais cette dernière est devenue torrentielle, et le coéquipier de Ricciardo a envoyé Valtteri dehors. La course a eu lieu dans des conditions séchantes et il s'est montré supérieur à tous les autres. Dans ces conditions, Valtteri a véritablement excellé, il avait vraiment une excellente sensation des conditions pour trouver l'adhérence. Il ne fait pas partie des pilotes qui se contentent d'apprendre et d'appliquer les choses."

Bottas s'est imposé depuis la 11e place sur la grille, et sa quatrième place lors de l'ultime manche lui a ainsi suffi à remporter le titre. "La pression ne l'a pas du tout affecté. Il a gardé son sang-froid sans connaître des hauts et des bas. Et quand on regarde la saison dans son ensemble, il y a eu des déconvenues, mais rien dont Valtteri puisse être désigné responsable."

Valtteri Bottas, Motopark Academy

Valtteri Bottas (Motopark) devant Daniel Ricciardo (SG Formula)

Rumpfkeil ajoute que "pour moi, il était clairement un futur Champion du monde de Formule 1", et Kirkaldy approuve : "Il faisait partie des rares dont on se disait qu'ils allaient forcément finir en F1, mais il n'avait pas beaucoup d'argent. C'est surprenant, vu comme il était bon, qu'il ait été battu si régulièrement par Hamilton, mais quand il fait bien les choses, il est exceptionnel, et c'est vraiment facile de travailler avec lui."

Heikkinen, quant à lui, revient sur la décision de Bottas de signer chez Motopark pour 2008 : "Rejoindre une écurie déjà couronnée était la bonne décision. Mais il était si pragmatique et performant qu'il aurait pu gagner avec n'importe quelle équipe. Il était clair qu'il allait devenir pilote professionnel – la plus grande question était l'aspect financier."

Ainsi Rumpfkeil s'avère-t-il quelque peu surpris des résultats parfois difficiles actuellement obtenus par Bottas. "J'ai parfois des difficultés à suivre ce qui s'est passé [chez Mercedes]. Ce que nous avons vu ces dernières années n'est pas forcément le Valtteri normal. Nous avons une boutade depuis nos premiers essais officiels d'Eurocup en 2008. Il était premier à la pause déjeuner et regardait la feuille des temps, il était vraiment fier. Je lui ai dit : 'Il faut t'y habituer, c'est ta position normale'."

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