Entretien avec Pierre Fillon au M24 : "On avait des convictions fortes"
Inauguré il y a quelques jours, le flambant neuf M24, Musée du Sport automobile, a ouvert ses portes au Mans. À cette occasion, Motorsport.com a rencontré Pierre Fillon, président de l'Automobile Club de l'Ouest, pour évoquer ce défi peu commun.
Pierre Fillon, vous inaugurez le M24 après moins d'un an de travaux, et l'on imagine la fierté qui vous anime...
C'est un grand jour. C'est l'aboutissement d'un long projet. Mais il y a beaucoup de fierté et surtout du travail fait par les équipes, parce que c'était un vrai challenge ce musée. On y travaille depuis longtemps, mais sa réalisation en neuf mois a été un challenge de tous les jours. Toutes les équipes, à tous les niveaux, tous les gens qui sont intervenus, l'ont fait avec un seul objectif : c'est un peu ce que je leur avais dit, les 24 Heures du Mans partent à 16 heures le samedi, et le musée devait partir le 28 mai à 10 heures.
De tous ces défis dont vous parlez, lequel a été le plus compliqué ?
Des challenges, on en a eu beaucoup. On est à côté de l'aéroport, qui nous met une contrainte en termes de hauteur ; on ne pouvait pas faire un bâtiment en hauteur. Pour agrandir ce musée, il fallait donc creuser la butte qui était derrière ce que l'on appelle encore l'ancien musée.
Il a fallu déplacer des milliers de m3 de terre. Il y a eu un vrai challenge de construction, parce qu'on est dans du sable, alors il a fallu, pour faire ce bâtiment, faire tout autour une armature avec des piliers enfoncés dans le sol. C'était donc un vrai challenge du point de vue technique.
Et puis il y a eu la scénographie. On avait des convictions fortes parce qu'on voulait à la fois avoir une partie immersive sur les technologies d'aujourd'hui, mais aussi faire revivre des paddocks comme autrefois, ce que l'on a fait avec les dioramas. Il y a eu beaucoup de discussions avec les scénographes pour qu'ils comprennent ce que l'on voulait transmettre. Ils ont exercé leur métier avec talent.
Il y a eu des sujets de discussion, on s'est fait peur à certains moments : si on parle des anciens stands, la première version n'était pas du tout ce qu'on voulait ! Mais tout le monde a joué le jeu et s'est vraiment mobilisé pour que ce soit ce qu'on voulait : le plus beau musée du sport automobile.
Pierre Fillon, président de l'ACO.
Photo de: Rainier Ehrhardt
On voulait faire un musée vivant, un musée où il n'y a pas de monotonie, où il n'y a pas juste des voitures les unes à côté des autres.
Le Musée des 24 Heures du Mans devient en effet le Musée du Sport automobile, pourquoi avoir fait ce choix d'élargir ?
C'est vrai que l'ACO était très endurance, parce que les 24 Heures du Mans sont là depuis plus de cent ans. Mais on s'est dit aussi que Le Mans, ce n'était pas que l'endurance, parce qu'on a fait le premier Grand Prix de l'Histoire en 1906, il y a eu un Grand Prix de Formule 1 ici aussi. Ce choix délibéré de se limiter à l'endurance était un peu moins une évidence, et on s'est dit que Le Mans était un peu la capitale du sport automobile.
Et puis il y a eu la rencontre avec Richard Mille, qui lui avait des collections d'autres disciplines, et on a beaucoup travaillé avec lui. Il cherchait un endroit car il ne voulait pas garder ses voitures dans un garage et que personne ne puisse en profiter. Il voulait que le public puisse en profiter. Et naturellement, on s'est dit que c'était au Mans qu'il fallait le faire, et c'est l'occasion de s'ouvrir à toutes les disciplines du sport automobile.
Quel rôle a précisément joué Richard Mille dans ce projet M24 ?
Il a été plus qu'acteur. C'est vraiment un sujet qu'on a mené ensemble, avec les équipes de l'ACO et ses équipes. Le sens du détail est quelque chose que l'on partage tous les deux, et il fallait absolument le retrouver dans ce musée. On voulait faire un musée vivant, un musée où il n'y a pas de monotonie, où il n'y a pas juste des voitures les unes à côté des autres.
On voulait que les gens puissent vivre une expérience, et chacun a amené ses idées. Les dioramas, c'est une idée de Richard Mille, c'est presqu'un rêve d'enfant ! C'est d'ailleurs pour moi l'une des originalités de ce musée. J'avais vraiment à cœur de faire vivre ou revivre ce que l'on peut ressentir quand on vient voir les 24 Heures du Mans.
L'un des deux dioramas exceptionnels du nouveau M24.
Photo de: Rainier Ehrhardt
Sur un plan plus personnel, est-ce qu'il y a une auto, ou une pièce qui vous rend particulièrement fier ?
J'aime beaucoup la partie du départ et de la nuit, parce que je voulais que les gens puissent découvrir ces moments d'émotions.
Les voitures, beaucoup sont magnifiques, mais j'ai quand même un faible pour la Ford GT40, parce que mes premières 24 Heures sont celles de 1966. Mais quand je vois une Matra c'est aussi plein de souvenirs d'enfance qui reviennent. Et puis il y a quand même ce bijou qu'est la Ferrari 275 qui gagne deux fois Le Mans, un modèle unique. Et enfin le design de la Ferrari P4, qui est pour moi une pureté absolue.
Que diriez-vous à une famille que vous croisez pour les inciter à pousser la porte du musée au plus vite ?
Je leur dirais qu'ils vont découvrir un endroit magique, qu'ils vont vivre une expérience un peu hors du temps pendant deux heures, qu'ils ne vont pas s'ennuyer, et qu'ils vont voir des objets d'art que sont ces voitures, qui sont des modèles uniques pour la plupart, et que l'on n'a pas l'occasion de voir tous les jours. C'est un endroit où l'on va transmettre la passion et l'histoire du sport automobile, mais découvrir aussi tout ce qu'il a pu apporter à la société.
Des autos victorieuses des 24 Heures du Mans.
Photo de: Rainier Ehrhardt
Le circuit ne cesse d'évoluer d'année en année : quelle place prend ce projet sur les vingt dernières années, et quelle est la suite ?
Ce projet nous a bien occupés et va encore bien nous occuper, parce que c'est un endroit qui va vivre, qui va évoluer, les collections vont tourner, on va faire venir des expositions temporaires, donc il y a beaucoup d'animations à faire ici. Notre objectif aujourd'hui est vraiment de devenir un lieu de destination. Tout le monde connaît les 24 Heures du Mans mais tout le reste de l'année, il faut que ce site vive et qu'on puisse y venir sans seulement y passer.
On avait un projet autrefois qui s'appelait Le Mans Resort, qui était un peu de faire un parc à thème autour de l'automobile. C'est un projet que l'on a abandonné parce qu'il était trop cher et ce n'était pas notre métier de base. Par contre, faire du circuit du Mans un lieu de destination avec les écoles de pilotage, le karting, l'hôtel, le golf, ça fait que l'on peut venir ici passer une journée ou un week-end et s'enrichir, car ici c'est culture et patrimoine.
À quelques jours de ce nouveau rendez-vous, comment se présente l'édition 2026 des 24 Heures du Mans ?
L'édition 2026 se présente très bien. Au vu des deux premières courses qui ont été extrêmement disputées, on va encore avoir une belle course. On a des équipes qui sont aguerries, à part Genesis qui est le nouveau venu cette année. Tous les autres sont déjà là depuis plusieurs années. Tout le monde a soif de victoire. Je pense que les adversaires de Ferrari ont bien envie de les détrôner et on va voir une course magnifique en Hypercar.
On a beaucoup travaillé sur l'accueil du public, avec une nouvelle fanzone créée l'an dernier du côté du karting et qui, cette année, est totalement paysagée. On a continué à travailler sur les flux de spectateurs, sur les aires d'accueil, pour faire en sorte chaque année d'améliorer l'expérience, même si on peut toujours mieux faire.
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