Comment le M24 veut faire du Mans la capitale mondiale du sport automobile
Le Musée du Sport automobile a ouvert ses portes au Mans après un chantier titanesque aux délais épatants. Une réussite à la hauteur de l'expérience nouvelle offerte au public. Motorsport.com l'a visité et peut déjà vous le dire : courez-y !
Photo de : Rainier Ehrhardt
Après un peu moins d'un an de fermeture, les portes rouvrent. Il a fallu pousser les murs, mener des travaux gigantesques après avoir déplacé 45 000 m³ de terre, tout réinventer et réunir, bien sûr, une collection rare. Depuis ce jeudi 28 mai, le M24 - Musée du Sport automobile est accessible au public, jouxtant les portes du circuit du Mans.
Quand Motorsport.com a rencontré Pierre Fillon à quelques heures de l'inauguration, il y avait quelques trémolos dans la voix et cette fébrilité du "grand jour".
"C'est l'aboutissement d'un long projet", rappelle le président de l'Automobile Club de l'Ouest, organisateur des 24 Heures du Mans. "Il y a beaucoup de fierté, surtout du travail fait par les équipes, parce que ce musée représentait un vrai challenge. On y travaille depuis longtemps, mais sa réalisation en neuf mois a été un défi de tous les jours."
"Toutes les équipes, à tous les niveaux, tous les gens qui sont intervenus, l'ont fait avec un seul objectif : c'est un peu ce que je leur avais dit, les 24 Heures du Mans partent à 16 heures le samedi, et le musée devait partir le 28 mai à 10 heures."
Au-delà de l'endurance
Un lieu qui respire la magie...
Photo de: Rainier Ehrhardt
La première transformation se trouve dans le nom, et elle dit tout de l'envergure du projet. Exit l'ancien Musée des 24 Heures du Mans, place à un environnement élargi à l'ensemble du sport automobile. Un choix d'ouverture fort, pour offrir au grand public une expérience inédite avec l'ambition de devenir "la référence mondiale", comme l'explique Fabrice Bourrigaud.
"On a vraiment pensé que Le Mans était légitime pour créer ce qui n'existe pas aujourd'hui : le musée du sport automobile, c'est-à-dire un musée capable de raconter la grande histoire du sport automobile", précise le directeur du musée.
"On est au Mans, connu pour les 24 Heures du Mans, sur l'un des trois circuits les plus célèbres au monde avec Indianapolis et Monaco. On a à peu près tout organisé de ce qui pouvait se faire en matière de sport automobile ici, on a imaginé la première course moderne de sports mécaniques en 1906, il y a 120 ans, donc Le Mans était vraiment le lieu idéal pour le faire."
Fermé à l'issue de l'édition 2025 des 24 Heures du Mans et de Le Mans Classic, le musée a relevé le pari insensé de rouvrir avant l'édition 2026.
"On a un gros défaut ici : on ne supporte pas de ne pas être ouvert pendant les 24 Heures du Mans !", sourit Fabrice Bourrigaud. "Il a fallu, en onze mois, mener un chantier qui aurait pu s'étaler sur deux ans. C'est une petite prouesse, un peu comme une équipe de course qui se prépare à disputer les 24 Heures du Mans."
Deux fois plus d'espace, 130 raisons d'y aller
Des voitures légendaires et victorieuses des 24 Heures du Mans.
Photo de: Rainier Ehrhardt
La surface du musée a doublé, passant de 5 000 m² à 10 000 m². Cet espace entièrement revu a permis de tout repenser dans la manière de séduire le public et de faire définitivement entrer les lieux dans l'ère de la modernité.
Des frissons du départ à ceux de la nuit, particulièrement immersive, le visiteur traverse littéralement ce qu'est la chronologie d'une semaine des 24 Heures du Mans, tout en remontant le temps. Puis il s'ouvre sur d'autres disciplines reines : la Formule 1, l'IndyCar, le rallye et même la moto.
Ce qu'on expose ici, ce sont des œuvres d'art mécaniques, ce sont des tableaux sur quatre roues. Ils ne sont pas au mur, ils sont posés sur l'asphalte où ils ont tous signé des exploits.
"Avant, on avait à peine une centaine de voitures, et là on est autour de 130 au total, parce que la volonté était de mieux les mettre en scène, de raconter des histoires", explique Fabrice Bourrigaud. "Un musée doit raconter des histoires, donc on est plus immersif. L'idée était de faire ressentir des émotions et des sensations."
"On a fait beaucoup d'efforts avec Raphaël Daguet, notre scénographe, que ce soit dans les décors ou dans la manière de traiter les choses. Mais la première scénographie, c'est la lumière. Encore une fois, ce qu'on expose ici, ce sont des œuvres d'art mécaniques, ce sont des tableaux sur quatre roues. Ils ne sont pas au mur, ils sont posés sur l'asphalte où ils ont tous signé des exploits."
Schumacher et Pescarolo sous le même toit
Fabrice Bourrigaud, directeur du M24, devant une IndyCar du Team Penske.
Photo de: Rainier Ehrhardt
On ne vous dira pas tout des trésors dont regorge le nouveau M24, car le découvrir par soi-même fait partie de l'expérience. Mais on ne peut qu'être dithyrambique...
On a beaucoup aimé le sens du détail, jusqu'à ce sol en tous points identique à celui du revêtement de la piste du circuit des 24 Heures ! Chaque idée nouvelle nous a bluffés, avec ce sentiment de ne jamais vivre la même chose en passant d'un espace à un autre. Et que dire des dioramas à l'échelle 1 et de la "matériauthèque" !
Grâce à l'investissement dans le projet de Richard Mille, qui voulait partager avec le public les plus belles pièces de sa collection, mais aussi au million de photos d'archives de l'ACO, et surtout à la priorité donnée à l'authenticité, la réussite est indéniablement au rendez-vous. L'écrin abrite aussi des "pièces remarquables", à l'image de cette Allée des Héros qui, à chaque extrémité, met à l'honneur deux légendes : Michael Schumacher et Henri Pescarolo.
"Cette Ferrari F2002 de Michael Schumacher est une auto avec laquelle il a allègrement dominé, et on est fiers de l'avoir dans le musée", souligne Fabrice Bourrigaud, bien incapable de sélectionner une seule voiture qui le rendrait particulièrement fier. "Choisir, c'est renoncer ! C'est compliqué... La Bentley gagnante de 1924, qui est une pièce rarissime, c'est quelque chose d'extraordinaire."
"Comme j'aime les histoires humaines, que c'est de l'aventure, il y a la Rondeau, avec l'histoire de cet enfant du Mans qui a construit sa propre voiture pour courir les 24 Heures du Mans et qui arrive à gagner la course en battant Porsche et Jacky Ickx : c'est un fantasme absolu. Du côté des F1, la Ferrari de Jacky Ickx en 1970 me fait vibrer, et il y a aussi Sébastien Loeb en rallye..."
"La collection que l'on présente illustre ce partenariat entre l'ACO et Richard Mille. Notre potentiel est de 400 voitures, donc il y a beaucoup de choses en réserve ! Parce qu'il faut que ce musée soit vivant, que les collections permanentes tournent. Et puis il y a un espace qui sera dédié à des expositions temporaires, avec de grandes thématiques à partir de 2027."
Les portes sont ouvertes, et on ne peut plus que vous encourager à les franchir dès que possible pour devenir l'un de ces milliers de visiteurs qui découvriront la légende, alors que le M24 espère dépasser rapidement la barre des 300 000 visiteurs par an.
Toutes nos photos du nouveau M24
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