Michèle Mouton - "Amener la quantité, pour avoir la qualité" chez les femmes

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Michèle Mouton -
Par : Emmanuel Rolland
13 juil. 2015 à 14:18

Michèle Mouton en Audi Quattro S1
Leena Gade
Monisha Kaltenborn, Team Principal de Sauber lors de la conférence de presse de la FIA
Danica Patrick
Simona de Silvestro, KV Racing
Susie Wolff, pilote de développement Williams FW37
Lucile Cypriano
Beitske Visser
Tatiana Calderon, JZR/ Mücke Motorsport Dallara F312 Mercedes-HWA

La commission Women in Motorsport de la FIA a été instaurée par Jean Todt lors de son arrivée à la présidence de la FIA en 2009. Depuis ses débuts, c'est Michèle Mouton qui en assure la présidence.

Ancienne pilote de rallye de haut niveau, la Française avait fait partie de l'épopée Audi avec la mythique Quattro aux débuts des années 80. Entre 1981 et 1982, Michèle Mouton a signé quatre succès, ratant le titre mondial de peu cette dernière année derrière Walter Röhrl, sur Opel. Michèle Mouton était ainsi toute désignée pour œuvrer à l'accompagnement des femmes dans le sport automobile.

 

Quelles sont selon vous les difficultés rencontrées par les femmes pour accéder en sport automobile et/ou en gravir les échelons jusqu'en Formule 1 ?

Mais il n’y en a pas! De manière générale, ce qu’il faut considérer est que le nombre global de femmes impliquées en sport automobile est tellement faible que l’on ne peut fatalement pas en retrouver tout en haut de la pyramide. Il faudrait faire le ratio du nombre de pilotes masculins démarrant en sport automobile et celui de pilotes masculins ayant réussi à accéder en Formule 1 par exemple, vous verrez que la proportion sera faible également. Alors à nous d’inciter les pilotes féminines à se lancer en sport automobile, et faire qu’elles soient plus nombreuses. Si on commence à avoir la quantité, on aura forcément la qualité.

Les raisons pour lesquelles les femmes viennent plus difficilement au sport automobile sont multiples. C'est une question de mentalités. On constate notamment que les parents ne vont pas forcément pousser leur fille à faire du sport automobile. Moi-même, je n’en ai jamais parlé à ma fille, d’ailleurs ! 

Depuis plusieurs années, on remarque l'arrivée de femmes à des postes clés en sport automobile, c'est le signe d'une avancée?

Effectivement, nous comptons plusieurs ambassadrices de renom, qui sont de vrais exemples de réussite dans ce milieu, comme Leena Gade, qui officie chez Audi en LMP1 en tant que chef ingénieur, ou encore Monisha Kaltenborn, team principal chez Sauber F1, et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d'autres. Leur parcours démontre que lorsque l’on veut, on peut. 

Quelles sont les actions menées par la sélection Women in Motorsport de la FIA pour inciter les jeunes filles à embrasser une carrière en sport automobile?

Il faut d'abord préciser que notre action ne se cantonne pas aux pilotes, mais également aux métiers d'ingénieurs, ou encore aux postes d’officiels au sein des fédérations ou des directions de course, etc. Nous commençons à tous les niveaux. Nous mettons notamment en place des stratégies pour impliquer les jeunes femmes. Par exemple, nous soutenons un projet qui s’appelle Formula 1 in School, dans lequel de jeunes étudiants doivent monter une Formule 1 miniature de A à Z, couvrant des aspects comme  le design, l’ingénierie, etc. Et 40% des étudiants qui participent à cette opération sont des filles, cela marche très fort.  

Y a-t-il des opérations de détections en vue des jeunes pilotes féminines?

Nous débutons une sensibilisation dès le karting, où nous avons des résultats encourageants depuis un certain temps, avec par exemple une jeune fille comme Marta Garcia. En tourisme, nous accompagnons également la Française Lucile Cypriano, 18 ans, qui avait remporté la sélection organisée par la commission Women in Motorsport de la FIA fin 2013 et qui avait gagné par ce biais une saison en Scirocco-R Cup l’an passé, grâce à l'accord que nous avions alors avec Volkswagen. Le constructeur allemand ayant stoppé cette série, Lucile s’est orientée cette année vers un championnat tout aussi compétitif, en Seat Leon Eurocup, où elle a réussi la performance de signer la pole position à Estoril, ce qui n’est pas rien. En Formule 3, nous comptons également une bonne représentante en la personne de Tatiana Calderon. Nous travaillons parallèlement avec des représentants de chaque pays affilié à la FIA. Notre cellule de détection, menée par Cathy Muller [ancienne pilote de haut niveau et sœur d’Yvan Muller NDLR] est très active. 

A mes yeux, l’endurance est la discipline où les femmes sont susceptibles de s’exprimer le mieux.

Michèle Mouton, présidente de la Commission Women in Motorsport de la FIA.

Il faut noter qu'aucune pilote féminine n'a pris part aux 24 Heures du Mans cette année, comment expliquer ce phénomène?

Je ne l'explique pas, mais il est dommage de constater cette absence car, à mes yeux, l’endurance est la discipline où les femmes sont susceptibles de s’exprimer le mieux.

La FIA, via la commission soutient-elle financièrement les jeunes pilotes féminines dans leur carrière?

Nous ne sommes pas du tout sponsor. Mais nous mettons en œuvre tous les moyens nécessaires pour valoriser leurs résultats et pour les soutenir dans leur parcours. L’objectif de la commission est d’encourager, soutenir et promouvoir le parcours des femmes dans le sport automobile avant tout, pas de les financer.

Il y a quelques mois, Bernie Ecclestone a suggéré l'organisation d'un championnat de Fomule 100% féminin, qu'en pensez-vous?

Chacun a le droit de penser ce qu’il veut, mais mon avis personnel est qu’il est déjà difficile de faire accéder ne serait-ce qu’une femme pilote en Formule 1, je ne vois donc pas comment il serait possible d’en réunir suffisamment pour constituer un vrai championnat de haut niveau. Et puis les voitures se conduisent de la même façon pour les hommes ou pour les femmes, lorsque l’on est tous casqués, cela ne fait plus aucune différence, je ne vois donc pas pourquoi les femmes ne courraient pas face aux hommes.

Qu'évoque pour vous la promotion d'une pilote comme Carmen Jorda au rôle de pilote de développement chez Lotus F1?

Si je devais nommer des pilotes féminines ayant leur place en Formule 1, ce pourrait être plutôt des pilotes comme Simona De Silvestro, Danica Patrick, Suzie Wolff, ou encore Beitske Visser, qui s'illustre en Formule Renault 3.5 et que l’on suit depuis plusieurs années maintenant. Ces filles-là ont au moins fait quelque chose et enregistré des résultats significatifs dans leur carrière à haut niveau. D’autres n’ont pas ces résultats et réussissent à gravir les échelons, mais il s’agit davantage de politique ou de marketing, cela ne m’intéresse pas.

Quel premier bilan tirez-vous de l'action de la Commission Women in Motorsort de la FIA depuis son lancement?

Le problème le plus important pour les filles est de disposer du même matériel que les hommes. C’est la chance que j’ai eu durant ma propre carrière : à matériel égal, il n’y a plus d’excuse : il faut se surpasser, repousser ses limites. Dans ce cas, les choses sont claires : on est bon, ou on est mauvais, point. C’est l’une de nos priorités : m’assurer que les filles disposent du même matériel que les hommes en général. Mais Les choses bougent, les choses avancent, on a de bons résultats. Mais il faut continuer à travailler et nous le faisons avec l'ensemble des fédérations, dans chaque continent, à tous les niveaux, et dans des domaines très variés. C'est un énorme travail, mais qui commence à porter ses fruits.

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Auteur Emmanuel Rolland
Type d'article Interview