Bourdais heureux de ne pas avoir participé à la "connerie" du Texas

Le pilote français Sébastien Bourdais, blessé après un accident aux 500 Miles d'Indianapolis, est frustré du fait que peu de personnes ont admis que la course du Texas Motor Speedway était trop risquée.

Plusieurs accidents et incidents ont décimé le peloton lors de l'épreuve de 600 kilomètres disputée sur le Texas Motor Speedway, en partie à cause du peu d'espace entre les voitures en piste, et avec finalement six voitures en bon état et dans le tour du leader à l'arrivée.

Remplacé par Tristan Vautier dans le baquet de la #18 du Dale Coyne Racing, le Manceau a vu son remplaçant jouer la victoire. Pourtant, cela ne lui a pas donné envie d'être dans la voiture ce soir-là, comme il l'explique à Motorsport.com.

"C'était mauvais, c'était de la connerie, et je pense que nous devrions faire mieux que ça", a déclaré Bourdais. "À l'époque, surtout quand Dan [Wheldon] s'est tué, on s'est dit qu'on ne ferait plus jamais de course en paquet. Et pourtant, pour moi, le Texas n'est pas la première fois que l'on a roulé dans ces conditions depuis. On l'a fait à Fontana en 2015 et à d'autres reprises."

"Je voyais des gens écrire des commentaires auxquels je ne peux croire. Des gens qui disaient : 'C'est génial, quel show !', et je me disais : 'Bon sang, ces gens ont la mémoire courte.' Si l'on n'a pas prouvé à nous-mêmes qu'on ne peut pas rouler comme en stock-car sans mettre la vie des pilotes en jeu, alors on n'a rien appris et c'est du délire."

Le vainqueur des 24 Heures du Mans en GTE Pro en 2016 sur la Ford GT aurait aimé voir plus de pilotes s'exprimer en défaveur du style de course impliqué au Texas il y a un peu plus d'une semaine. Le Français souligne une fois de plus le danger inhérent aux courses sur ovale.

"J'aimerais que les gens le disent clairement : 'C'était une grosse erreur, on est soulagé d'être passé à travers et on ne fera plus cette erreur.' Mais ce n'est pas ce que je lis, moi je lis : 'Wow, c'était top !'. Il ne faut pas juste s'intéresser au spectacle. Il faut être certain qu'on peut faire la course, attaquer, mais sans mettre les pilotes, les équipes et la série dans des situations difficiles. C'est fun jusqu'à ce que quelqu'un se tue. Dès que le drapeau vert a été agité, je tremblais, en priant pour que personne ne se blesse. Ce n'est pas comme ça que ces courses devraient être."

Admettre et identifier le problème

Sébastien Bourdais, qui s'est imposé à 36 reprises dans sa carrière outre-Atlantique, poursuit : "Je vais donner le bénéfice du doute à tout le monde, tous ceux qui ont dit qu'ils ne s'attendaient pas à ce que ce soit comme ça en course. Je comprends bien, on fait tous des erreurs. Mais si personne après la course n'est honnête avec soi-même, en reconnaissant que des erreurs ont été faites et qu'on a eu de la chance que personne ne se blesse, cela veut dire qu'on va continuer comme ça. Et si quelqu'un se blesse, honte sur nous."

Le Français sait également qu'il risque d'être mal vu dans le paddock par certains, en exprimant précisément sa pensée. Mais il ne s'inquiète nullement des conséquences, lui qui a dû par le passé s'occuper de cas plus difficiles à gérer, comme un certain Paul Tracy !

"Je sais bien que je vais avoir l'air d'un idiot en disant tout cela. Mais je vais m'en occuper, ça ira. Si on n'a pas encore retenu la leçon de ce genre de course, que faut-il pour qu'on le fasse ? Combien de fois devrons-nous rouler dans ces conditions ? Combien de millions de dollars devons-nous jeter par la fenêtre avant qu'on se rende compte qu'on ne peut pas rouler dans ces conditions ? Je ne sais pas. Je suis presque sans voix quand je lis les commentaires de certains pilotes, qui passent à côté du problème."

L'ancien pilote Toro Rosso en Formule 1 précise que son opinion n'est en aucun cas une critique du Texas Motor Speedway, qui proposait cette année une nouvelle piste, refaite, avec notamment une modification de l'inclinaison et de la largeur des virages 1 et 2.

"Cela n'a rien à voir avec le circuit, ce n'est pas aux propriétaires de la piste de définir notre type de course. C'est à nous d'amener le bon package. Et ce qui est arrivé samedi est dû aux kits aérodynamiques qui nous ont mis dans une situation où l'on ne peut pas rouler avec suffisamment peu d'appui pour créer de la séparation."

"On doit rouler avec peu d'appui, pour ne pas rester à fond tout le long du tour, et ainsi ne pas être à deux de front sur six lignes pendant tout un tour, boucle après boucle. Ce qui m'inquiète est que je ne vois personne admettre qu'on a fait une erreur, ce qui fait qu'on ne peut pas identifier ce qu'on a mal fait, et le régler. Si vous êtes en déni sur un problème, comment trouvez-vous une solution ? Vous n'en trouvez pas."

La voiture 2018 devrait être la solution

Sur un point positif, Bourdais est extrêmement encouragé par l'arrivée en 2018 d'un kit aérodynamique unique, de par l'intention première de ce kit, et également de par le fait que cela permettra à l'IndyCar d'adapter les voitures plus facilement sans que les motoristes (Chevrolet et Honda) ne soient impliqués.

"2018 est notre chance de corriger tout cela, c'est clair. Malheureusement, les fenêtres techniques étaient trop ouvertes lors de la création des kits aérodynamiques, ce qui a donné beaucoup plus d'appui que ce que l'IndyCar imaginait. Il fallait qu'ils s'en aillent pour régler la situation, et ça arrive donc l'année prochaine."

Bourdais explique également que l'existence de deux kits aérodynamiques différents fait qu'il était difficile d'obliger les écuries à utiliser des réglages précis, un constructeur pouvant alors en tirer un avantage sur l'autre.

"Au Texas, le problème était que peu importe ce qu'on faisait avec les ailerons, il y avait trop d'appui créé par le pare-chocs arrière et tout ce qu'il y avait dessus, on ne pouvait rien changer. La seule chose que l'IndyCar pouvait faire, c'est dire : 'Tant pis, peu importe le constructeur qui sera désavantagé, on vous empêche de rouler avec des ailettes sur les pare-chocs et vous devez rouler avec -4° ou -6° d'aileron arrière' – et voilà. Le problème qu'on a eu sur les trois dernières années est qu'il est difficile de fixer une règle avec deux kits aérodynamiques différents. Personne n'est prêt à lâcher un avantage ou à se mettre en situation de désavantage."

Le Français estime donc que le kit unique l'an prochain permettra de régler ces soucis : "Il suffit qu'on dise qu'on a fait une erreur, ça arrive, tout le monde en fait. Mais l'an prochain, avec le kit commun, revenons à un niveau d'aérodynamique comme en 2014. On ne sera pas côte à côte tour après tour, mais au moins on ne met pas la vie de tout le monde en danger. C'est quelque chose qui est beaucoup plus facile à faire si tout le monde a le même kit aérodynamique."

Les pilotes, divisés sur le sujet

Vient le dernier sujet, l'avis des pilotes. L'IndyCar écoute-t-il trop ou pas assez ses pilotes ? Le pilote français n'est pas dur envers la série, qui est dans une situation difficile, puisque ses pilotes ne sont pas d'accord !

"C'est pour cela que je ne veux pas être trop dur avec la série, car je sens que les pilotes ne sont jamais tous d'accord. On fait des recommandations, mais la moitié du peloton est d'un avis, et l'autre moitié est d'un avis opposé. C'est difficile pour la série d'avoir une image claire. Il y aura toujours des pilotes qui voudront plus d'appui car c'est plus facile, et ça gomme les déficits de pilotage ou de réglage."

Bourdais espère alors tout simplement que l'IndyCar utilisera les conclusions de la course du Texas, sans écouter l'avis des pilotes, qui est fortement divisé.

"J'espère que la série n'aura pas à écouter les pilotes et tirera les bonnes conclusions du Texas. Si les instances dirigeantes ne font pas cela, ce sera frustrant mais aussi stupide. Mais je pense qu'ils tireront les conclusions. Le Texas va se régler, la piste va vieillir, et la trajectoire sera plus large, et nous donnera plus d'options. Là, on roulait côte à côte en paquet, si quelqu'un n'a plus de place, il crée un gros accident. Si vous mettez des pilotes dans des situations sans espoir pendant suffisamment longtemps, ils vont perdre la tête, essayer de faire des choses impossibles et ce sera l'accident."

"Heureusement, personne n'a dû payer le prix fort, mais arrêtons d'esquiver les balles car sinon, quelque chose de mauvais arrivera à un moment."

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