Le champion néerlandais de F1 qui brille chez Mercedes

Champion de la compétition eSport officielle de la F1, Jarno Opmeer y fait les beaux jours de Mercedes après une carrière peu fructueuse en monoplace.

Le champion néerlandais de F1 qui brille chez Mercedes
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Alors que la Formule 1 se tourne vers la jeune génération, l'eSport connaît un réel succès. Le championnat officiel de la F1 est désormais dans sa sixième saison, tandis que l'intérêt généré par la croissance du jeu vidéo officiel a mené au rachat de Codemasters par EA Sports, un géant du monde du gaming, pour 1,2 milliard de dollars l'an passé.

Mais cela a aussi donné une nouvelle dimension à la F1. Le confinement a montré le niveau de compétitivité qui règne dans la sphère de l'eSport ; beaucoup de pilotes sont devenus des gamers passionnés, tandis que les vidéos de simracing restent très populaires sur YouTube.

Dans ce domaine, l'un des plus grands noms est Jarno Opmeer. Alors que le sport auto est plus populaire que jamais aux Pays-Bas grâce aux prouesses de Max Verstappen, Opmeer a également connu le succès en remportant les deux derniers titres de F1 Esports.

"Lors des cinq, six, sept dernières années, les Néerlandais ont vraiment explosé dans le monde de la course", déclare Opmeer à Motorsport.com. "Pas seulement les fans de Formule 1 : on voit aussi plus de Néerlandais en simracing depuis quelque temps, et beaucoup plus de gens font du karting aux Pays-Bas. Le nombre de fans de sport auto a absolument explosé."

Auparavant, Opmeer rêvait d'une carrière en F1. Comme de nombreux jeunes loups, il a commencé dans les championnats nationaux de karting avec un certain succès avant de passer en monoplace à l'âge de 16 ans, quelques années après Verstappen. Il s'est battu avec son compatriote Richard Verschoor – vainqueur du Grand Prix de Macao et actuel pilote de Formule 2 – pour le titre de SMP F4 en 2016, remportant sept victoires dont une au Grand Prix de Russie. Remarqué, il a obtenu une place dans l'académie Renault, mais son contrat n'a pas été prolongé après une saison 2017 compliquée.

Jarno Opmeer, Formula 4 NEZ Championship, Race Two, Sochi Autodrom

Jarno Opmeer en SMP F4

À ce stade, Opmeer avait déjà fait ses premiers pas en eSport, mais il n'était pas parvenu à se qualifier pour le premier championnat officiel de F1 en raison d'un conflit de date avec ses courses sur circuit. Or, s'il a manqué d'argent pour poursuivre sa carrière en formules de promotion, il a trouvé ce nouveau chemin à suivre.

"L'eSport a été ma seconde chance, en somme", indique Opmeer. "D'habitude, en sport auto, surtout en formules de promotion, si l'on n'a pas beaucoup de soutien financier des parents – ou pas du tout, niveau argent, dans mon cas – on n'a qu'une tentative. Les chances de réussir en une seule tentative sont très, très faibles, car il faut habituellement quelques années de plus pour réussir en formules de promotion. Puis j'ai eu cette opportunité. Je savais déjà que j'étais très rapide sur le simulateur afin de préparer les vraies courses. C'était une super opportunité pour une seconde chance."

Opmeer l'a saisie à deux mains. Il a initialement rejoint son ancienne équipe, Renault, en tant que pilote dans le championnat F1 Esports 2019, avant de signer chez Alfa Romeo en 2020, remportant alors son premier titre. Il a ensuite rallié Mercedes pour 2021 et a défendu sa couronne avec succès, ce qui fait de lui le pilote le plus victorieux dans l'Histoire de F1 Esports.

Mercedes a aperçu le potentiel de l'eSport. Son écurie a été basée à côté de son simulateur F1 à Brackley, la marque à l'étoile ayant décelé les bénéfices que pouvaient apporter les pilotes de la sphère virtuelle. Les infrastructures d'eSport ont été améliorées, et Opmeer et ses coéquipiers ont pu enchaîner les tours afin de préparer leurs courses, tout en travaillant avec l'équipe pour améliorer leurs performances, comme de vrais pilotes de F1.

Cela a aussi donné à Opmeer l'opportunité de collaborer avec George Russell, qui s'est grandement dédié à l'eSport pendant le confinement. D'après Opmeer, Russell est devenu "vraiment rapide", notamment grâce à ses conseils : "Je lui ai donné quelques astuces, j'aurais sûrement dû m'abstenir !" Opmeer et Russell ont participé, plus tôt ce mois-ci, à un challenge où ils se sont mesurés à des fans sur iRacing, organisé par un partenaire de l'écurie, IWC.

"On croit avoir fait un tour extraordinaire, et il est juste devant !" s'exclame Russell à notre micro. "Il est clairement l'un des tout meilleurs au monde, alors je m'y attendais un peu. Il était assez déçu que je sois si proche ! Il était plutôt intéressant de voir comment nos points de vue divergent."

Jarno Opmeer

Jarno Opmeer

Russell souhaite s'adonner de nouveau à l'eSport cet hiver, ayant apprécié la compétitivité d'un "niveau moyen quasi professionnel" lors du confinement. Mais il est également impressionné par la manière dont la croissance de ce secteur a redonné vie aux carrières de pilotes comme Opmeer.

"On sait bien que le sport auto est une industrie incroyablement coûteuse, et il faut beaucoup de chance et de fortune en cours de route ne serait-ce que pour avoir l'opportunité de courir dans ces formules de promotion", insiste l'Anglais. "Mais en comparaison, l'eSport est accessible pour beaucoup de gens. On peut rouler quotidiennement sur un jeu vidéo. Dans une Formule 1, nous avons quatre jours d'essais par saison, alors qu'en eSport, je faisais sûrement quatre heures d'entraînement chaque jour. C'est super de donner leur chance à ceux qui ne l'ont pas forcément eue sur circuit, mais aussi à ceux qui sont passionnés de gaming."

Dans certains cas, l'eSport a aidé les pilotes à progresser dans la vie réelle, comme Cem Bolukbasi, qui a couru en Formule 2 cette année, et James Baldwin, qui s'est imposé dès ses débuts en British GT et a participé aux 24 Heures du Spa cette année. Mais Opmeer a un autre titre F1 à conquérir pour Mercedes en 2022.

"Pour l'instant, je me concentre vraiment sur le championnat Esports", affirme-t-il. "Bien sûr, s'il y avait une opportunité très sérieuse, je la saisirais, mais je ne veux pas faire les choses à moitié et faire une course sans préparation. Ça ne peut qu'abîmer mon image, évidemment, et celle de toute la communauté du simracing."

Cette communauté, Opmeer l'a vue se développer aussi vite que sa propre carrière. Il suscite désormais beaucoup d'intérêt avec plus de 380 000 abonnés sur YouTube ; nombre d'entre eux se sont passionnés pour la F1 grâce au gaming, et pas l'inverse. "Cela attire les gamers car ils peuvent participer. On voit des commentaires YouTube où ils disent : 'Je me suis mis à la F1 grâce à ta chaîne !' C'est très, très cool à voir." Voilà un signe encourageant de ce que peut apporter l'eSport à la F1.

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