Alpine vise des relais de 12 tours pour croire à la victoire

Malgré la difficulté d'y parvenir, Alpine fait tout pour allonger ses relais d'un tour aux 24 Heures du Mans, critère déterminant pour rester dans le match face à Toyota et Glickenhaus.

Alpine vise des relais de 12 tours pour croire à la victoire

B.D., Le Mans - Avec son proto ex-LMP1, une auto affublée du surnom de "grand-mère" dans un paddock qui s'est mis à l'heure de l'Hypercar, Alpine cherche à mettre toutes les chances de son côté pour tenter de viser la victoire aux 24 Heures du Mans. À la tête des troupes encadrées par l'équipe Signatech, Philippe Sinault a redit sa "fierté d'être dans cette catégorie" où l'A480 peut avoir ses chances face aux nouvelles Toyota GR010 Hybrid et Glickenhaus 007 LMH. Il faudra néanmoins pour cela dérouler un plan parfait, bénéficier aussi de cette part de réussite inhérente à une telle épreuve, et peut-être aussi compter sur un éventuel faux-pas du grandissime favori qu'est Toyota.

Car le clan japonais ne fait pas semblant et ne s'est pas trompé avec sa nouvelle auto. Les problèmes de fiabilité entrevus à Monza le mois dernier paraissent réglés tandis que la performance est loin de faire défaut puisque Kamui Kobayashi a claqué mercredi soir un chrono en 3'26"279. La fiabilité, c'est le point fort souvent mis en avant du côté d'Alpine, qui s'appuie sur un châssis Oreca aguerri et éprouvé ces dernières années dans la Sarthe. "La fiabilité au Mans doit être le mode nominal, quelle que soit la catégorie ou la voiture, mais après, on a d'autres valeurs à faire valoir", avance Philippe Sinault. "Je pense qu'on sera dans le match. La concurrence est très élevée comme vous le savez. Mais on a de beaux atouts aussi."

Ces atouts, Alpine planche dessus depuis longtemps, plus particulièrement depuis la Journée Test. L'équipe tricolore a déjà abattu "beaucoup de travail" ces derniers jours et continue de s'y atteler. Parmi ses principales préoccupations, la longueur des relais. Car ce pourrait être le facteur déterminant face à Toyota et Glickenhaus, et tout repose sur la possibilité d'allonger ces relais à 12 tours, soit au même niveau que les deux LMH. "Douze tours, c'est la clé, car c'est le modèle pour les voitures LMH", confirme Philippe Sinault. "Nous y travaillons : nous avons fait une grosse analyse dimanche, et après les essais libres nous aurons une meilleure vision."

Sur le plan de la performance, Alpine considère que "Toyota et Glickenhaus auront un petit avantage", et qu'il est donc impératif de trouver des solutions pour boucler des relais de la même longueur. Le défi est de taille, alors que l'équipe française n'a jamais réussi à faire le même nombre de tours que Toyota et Glickenhaus lors des trois manches de WEC disputées cette saison. D'ailleurs, le châssis Oreca à moteur Gibson, auparavant exploité par Rebellion, n'a jamais non plus bouclé plus de 11 tours dans un relais au Mans.

Depuis le début de l'année, la difficulté pour Alpine est d'utiliser la totalité d'énergie allouée par la réglementation et la BoP sur la longueur d'un relais, les ingénieurs évoquant l'impossibilité d'agrandir le réservoir, d'une capacité de 75 litres quand celui de Toyota atteint par exemple 90 litres d'après les données officielles. On ignore si l'agrandissement du réservoir a finalement pu être envisagé chez Alpine, où Philippe Sinault se montre évasif. "Ce n'est qu'une manière d'améliorer les choses", précise-t-il. "Nous nous sommes focalisés sur plusieurs paramètres, nous travaillons avec Gibson et avec les pilotes."

Unique, le Circuit de la Sarthe est "très different", rappelle-t-il pour évoquer les possibilités d'économiser du carburant et de boucler un tour de plus par relais. Par exemple, les trois portions qui forment la ligne droite des Hunaudières, ainsi que celle ultra-rapide entre Mulsanne et Indianapolis, peuvent donner des possibilités de pratiquer du "lift and coast".

Dans les rangs de Toyota, on reste particulièrement méfiant face à la menace que peut constituer Alpine, après avoir observé notamment la belle vitesse de pointe du prototype bleu sur le tracé manceau. "Ce qu'on peut dire sur l'Alpine, c'est qu'il s'agit d'une voiture qui se présente avec un compromis global différent", note Pascal Vasselon, directeur technique de Toyota. "On peut dire que, dans une catégorie où il y a une BoP, à partir du moment où on donne la performance des autres à une voiture 'grand-mère', le risque de fiabilité est statistiquement plus faible. En fait, on pourrait presque y voir un favori du Mans."

Avec Gary Watkins

Lire aussi :

partages
commentaires
Billet d'humeur - Ouf, le sport auto se partage à nouveau !

Article précédent

Billet d'humeur - Ouf, le sport auto se partage à nouveau !

Article suivant

Cadillac se rapprocherait d'un retour au Mans

Cadillac se rapprocherait d'un retour au Mans
Charger les commentaires
Simulateur, équipe, pilotes : où en est Peugeot ? Prime

Simulateur, équipe, pilotes : où en est Peugeot ?

L'ère de l'Hypercar s'est ouverte aux 24 Heures du Mans par la victoire de Toyota. Désormais, la concurrence est attendue et beaucoup de regards sont tournés vers Peugeot, dont l'arrivée est programmée pour 2022. Nous avons rencontré Jean-Marc Finot, directeur de Stellantis Motorsport, pour faire un point complet.

WEC
29 août 2021
Comment une réparation de fortune a empêché Paul Newman de gagner au Mans Prime

Comment une réparation de fortune a empêché Paul Newman de gagner au Mans

C'est l'une des plus grandes histoires de la Sarthe. Paul Newman, deuxième des 24 Heures du Mans 1979, aurait pu facilement remporter la célèbre épreuve sans l'ingéniosité du regretté Manfred Kremer.

24 Heures du Mans
20 août 2021
WEC et IMSA : vraie convergence, vraies possibilités ! Prime

WEC et IMSA : vraie convergence, vraies possibilités !

La convergence permettant aux machines Le Mans Hypercar de courir en IMSA face aux LMDh à partir de 2023 pourrait offrir des options attrayantes non seulement aux constructeurs, mais aussi pour le calendrier et le format des courses.

WEC
20 juil. 2021
Ferrari et AF Corse, faits pour s'entendre ! Prime

Ferrari et AF Corse, faits pour s'entendre !

Se pencher sur quinze années d'histoire commune, avec autant de réussite que celle rencontrée par Ferrari et AF Corse en GT, n'est pas une mince affaire. Aussi fallait-il s'attarder sur un juge de paix : les 24 Heures du Mans.

La grande question de la parité entre LMH et LMDh au Mans Prime

La grande question de la parité entre LMH et LMDh au Mans

L'excitation autour de l'afflux de constructeurs aux 24 Heures du Mans pour 2023 est compréhensible. Mais lorsqu'ils seront confrontés l'un à l'autre, le LMH et le LMDh vivront-ils une cohabitation éphémère ?

24 Heures du Mans
22 avr. 2021
Glickenhaus : "On nous regarde comme on regardait Ferrari en 1960" Prime

Glickenhaus : "On nous regarde comme on regardait Ferrari en 1960"

Son approche passionnée de la course, son projet Hypercar avec le rêve de gagner un jour les 24 Heures du Mans, son modèle visant à vendre des voitures pour pouvoir courir : l'étonnant Jim Glickenhaus a répondu à nos questions.

24 Heures du Mans
22 mars 2021
Pourquoi Ferrari met fin à 50 ans d'absence au sommet de l'Endurance Prime

Pourquoi Ferrari met fin à 50 ans d'absence au sommet de l'Endurance

Revenant dans la catégorie reine de l'Endurance après 50 années d'absence, Ferrari va s'engager en catégorie "Le Mans Hypercar" en 2023. La marque italienne dément tout lien avec le plafond de dépenses de la F1, mais il ne s'agit assurément pas d'une coïncidence...

WEC
28 févr. 2021
Vergne : "Toujours se remettre en question, travailler sans relâche" Prime

Vergne : "Toujours se remettre en question, travailler sans relâche"

À 30 ans, Jean-Éric Vergne est à l'apogée de sa carrière. Le double champion de Formule E va partir en quête d'un troisième titre dans le championnat tout électrique et a été recruté par Peugeot Sport pour l'ère Hypercar à venir. Il s'est confié à Motorsport.com.

Formule E
11 févr. 2021