Dans la peau d'un pilote
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Dans la peau d'un pilote

Dans la peau d'un pilote : la nuit au Mans

Tristan Gommendy prend cette année son 8e départ aux 24 Heures du Mans, avec le Jackie Chan DC Racing By Jota, en LMP2. Il fera équipe avec Alex Brundle et David Cheng. Avant le Jour J, il raconte à Motorsport.com les particularités de l'épreuve.

Dans la peau d'un pilote : la nuit au Mans

La nuit au Mans, c'est quelque chose qui se prépare toute la semaine avant. Il y a la nuit, d'une part, mais il y a aussi le lever du jour.

Il est très important de s'y préparer dans la semaine avant Le Mans, avec à minima deux à trois très bonnes nuits. C'est très important, ça fait une grosse différence. On a beau prendre des produits énergisants, essayer de récupérer, avoir un timing bien établi pendant la nuit pour manger, pour se reposer, ça ne remplace pas les bonnes nuits de sommeil pendant la semaine. C'est la première chose.

Après, il y a pas mal de différences avec le fait de prendre le volant en pleine nuit ou de le prendre vers 21 heures, pendant deux ou trois heures, rentrer dans la nuit petit à petit. Je trouve que c'est un moment qui peut être super sympa, le moment entre 21 heures et minuit ;  c'est extraordinaire, car on a connu le jour, on voit la tombée de la nuit et on finit son relais en pleine nuit. Là, c'est très sympa. En plus, il y a un côté presque un peu plus facile, car on est rôdé, on a les repères du jour, la nuit est tombée petit à petit et on a gardé ces repères-là. Généralement, lorsque l'on roule à la tombée de la nuit, on arrive à ne pas du tout avoir une baisse du rythme, qui est vraiment aussi bon, voire excellent. Ce n'est pas pareil que prendre le volant à 23 heures ou à minuit, une heure du matin, où il faut attaquer le premier tour en étant complètement dans la nuit, alors que le relais d'avant on était en plein jour. Il faut réussir à se mettre des repères ou à se caler très, très vite, et c'est un petit peu plus difficile.

La fatigue réelle, importante, elle se présente très rarement pendant la nuit. On ne peut pas dire que le facteur fatigue rentre en ligne de compte à ce moment-là, surtout avec l'adrénaline. Il peut y avoir une différence au petit matin, entre 5 heures et 8 heures − et c'est là que les erreurs se font. L'année dernière, on s'en est clairement rendu compte avec toutes les erreurs et tous les crashs en LMP2 au petit matin, même en tête de la course, avec pas mal de rebondissements.

Il y a la petite angoisse de se dire : Je vais dormir, est-ce que ça va me porter la poisse ?

Tristan Gommendy

Gérer son sommeil pendant l'épreuve, c'est le plus difficile. Il n'y a pas de règle, ça dépend beaucoup de chacun. Certains sont capables de s'endormir sur le coin d'une table en deux secondes, d'autres n'y arrivent pas. C'est vraiment à chacun de trouver son rythme. 

Généralement, pour une première participation aux 24 Heures, c'est très rare que le pilote parvienne à dormir. C'est un tel bonheur, et on est tellement anxieux, que l'on a peur de s'endormir, de se réveiller et que la voiture ne roule plus. C'est idiot mais c'est un petit stress qu'il existe souvent. Il y a la petite angoisse de se dire : "Je vais dormir, est-ce que ça va me porter la poisse ? Est-ce que, quand je vais me réveiller, la voiture va être en panne ? Est-ce que tout va bien se passer ?"

On a parfois du mal à s'extraire complètement et à trouver le sommeil, car on n'a généralement que trois ou quatre heures devant nous. Il faut réussir, dans ce laps de temps-là, à sortir de la voiture, se changer, préparer ses affaires pour le prochain relais, aller au kiné, manger, aller dans le motorhome et trouver le sommeil. Le temps passe très vite et ce n'est pas si évident que ça de trouver le sommeil. Car quand on arrive à s'allonger, il ne reste généralement plus beaucoup de temps. Il faut réussir à s'endormir rapidement, car sinon il ne reste plus qu'une heure, et là le réveil est un peu rude. 

Il faut être très organisé et réussir à trouver le sommeil sans se stresser de trop. Il y en a qui y parviennent et d'autres pas. J'y arrive de mieux en mieux. Avec les années et l'expérience, on apprend à prendre un peu de recul et, quand on a rendu la voiture, à ne pas stresser pour ce qui va se passer et être un peu plus fataliste : rentrer, manger un bout, se reposer et croiser les doigts. On prend un peu plus de détachement, il y a un peu moins de stress avec l'expérience.

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