Chronique Timo Bernhard - "Le Mans se paie au prix fort"

Dans sa dernière chronique pour Motorsport.com, le pilote allemand revient sur ses 24 Heures du Mans, qui ont vu l’équipage de la Porsche n°1 repartir les mains vides. 

Chronique Timo Bernhard - "Le Mans se paie au prix fort"
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid : Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#5 Toyota Racing Toyota TS050 Hybrid: Anthony Davidson, Sébastien Buemi, Kazuki Nakajima
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard
Arrêt aux stands #1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#5 Toyota Racing Toyota TS050 Hybrid: Kazuki Nakajima après le drapeau à damier
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
#1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
Matthias Müller, président de Volkswagen AG, et #1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard
Arrêt au stand : #1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley
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Au Mans, il faut toujours s’attendre à l’imprévu, et même un réalisateur à Hollywood n’aurait pas pu écrire une fin de course plus dramatique que celle de cette année. 

Le Mans est l’une des plus grandes et plus dures courses au monde, et il y a beaucoup de facteurs qui jouent un rôle : le tracé unique qui est un mélange de routes ouvertes au public et de circuit permanent, une longue semaine de course de huit jours, la vitesse élevée et une course incroyablement longue. 

Le monde entier la regarde et, après avoir gagné l’an dernier, Porsche est particulièrement sous le feu des projecteurs. C’est génial pour la discipline, mais ça crée aussi beaucoup de pression et de sollicitations pour nous les pilotes. 

C’est une longue semaine et il faut être soucieux de son propre niveau d’énergie. Le peloton est resserré et tout dépend du moindre petit détail : la gestion des pneus, le pilotage dans le trafic et la bonne stratégie à adopter quand la météo change. Nous n’avons rien laissé au hasard pour nous préparer du mieux possible pour 2016, et nous nous sentions prêts. 

Qualifications difficiles

Après le pesage et quelques jours de préparation, nous avons finalement pris la piste le mercredi pour les qualifications. La météo était très changeante, et nous avions des conditions différentes dans chaque virage.

J’ai eu deux tentatives dans la première séance, et alors que j’avais allumé les deux premiers secteurs en violet, je suis arrivé sur des voitures plus lentes dans les virages Porsche, ce qui m’a coûté beaucoup de temps. Avoir un tour clair au Mans, compte tenu du trafic énorme, est toujours un peu une loterie. 

Les conditions météo avaient changé jeudi, et nous avons eu de la pluie lors des deux séances de qualifications. Avec de l’eau sur la piste et une mauvaise visibilité, c’était difficile de piloter. Nous n’avons pas pris de risques inutiles et nous ne pouvions pas améliorer notre chrono. Notre voiture sœur, la #2, a décroché la pole et nous étions juste derrière, à une seconde. 

S’il n’y a pas d’action en piste le vendredi, c’est toujours une journée très remplie pour les pilotes avec les conférences de presse, les interviews, la visite du staff Porsche et la parade des pilotes dans le centre-ville. C’est génial pour les fans de pouvoir mieux voir les pilotes, mais à la fin de la semaine j’étais impatient d’être dans la voiture. Pour moi, ce sont les meilleurs moments de la semaine. 

Une fois que l’on est prêt et assis dans la voiture, on se calme, personne ne nous embête ; c’est une semaine si longue, et on est juste heureux que ça démarre. 

Départ prometteur avant les problèmes

Environ une heure et demie avant la course, le ciel s’est chargé et nous avons eu une énorme averse, ce qui fait que, pour la première fois dans l’histoire du Mans, la course a débuté derrière la voiture de sécurité. C’était sans aucun doute la bonne décision compte tenu des conditions de piste. 

Quand la piste a finalement séché, nous sommes rentrés au stand au bon moment et nous avons rejoint le peloton en deuxième position. Après 90 minutes de course, Brendon Hartley a réussi à prendre la tête et nous étions dans une lutte à distance avec Toyota en raison de leur stratégie de consommation différente : ils rentraient après 14 tours tandis que nous en faisions 13, mais nous le faisions plus rapidement. 

À ce moment-là, nous avions deux Porsche contre deux Toyota et cela se serait joué sur le fil, mais notre chance a tourné juste après 23 heures. Peu après avoir transmis le volant à Brendon, après mon deuxième relais, nous avons rencontré des problèmes de température d’eau élevée, et la voiture a dû rentrer au stand. 

Après avoir analysé le problème, nos mécaniciens ont changé la pompe à eau, et une heure plus tard Brendon est reparti, pour revenir après un tour seulement. Le système de refroidissement avait été endommagé, et il y avait un gros travail à faire. Nos mécaniciens ont travaillé sans relâche pour régler le problème, et juste avant 2 heures du matin nous étions prêts à courir de nouveau. 

Nous étions à 39 tours, et bien sûr nos chances de victoire s'étaient évanouies. 

De la compassion pour Toyota

Que l’on soit mécanicien, ingénieur ou pilote, Le Mans se paie au prix fort. On est à la limite absolue, mentalement et physiquement. Notre objectif clair pour Le Mans était de gagner. Nous avions une voiture très rapide et nous avons mené la course pendant 52 tours. C’est impossible de tout contrôler et des choses comme ça peuvent arriver. Cependant, nous avons fait notre travail pour Porsche, nous nous sommes battus et ça compte aussi. 

Toyota a passé une journée encore plus difficile. Quand j’ai passé la ligne de départ/arrivé pour la dernière fois, j’ai vu leur voiture #5, elle était immobile et au début je ne pouvais pas y croire. Quand je suis arrivé dans le Parc Fermé, les mécaniciens poussaient la Toyota #5 ; ils étaient bouleversés. Je me suis senti vraiment désolé pour eux. 

Toyota a fait une grande course, et qu’une telle bataille pendant 24 heures se termine seulement trois minutes avant la fin, c’est dur, et personne ne mérite ça. Félicitations à notre voiture sœur pour la victoire. Même s’ils ont bénéficié de la malchance de Toyota, ils ont fait une grande course et méritaient de gagner. 

Nous n’avons encore pas eu beaucoup de chance cette année avec notre voiture #1, et je suis désolé pour notre équipe. Les gars ont été impeccables et ont fait un excellent travail pour réparer la 919 Hybrid et la faire rouler à nouveau. Notre voiture était vraiment rapide, nous aurions pu aisément suivre le rythme des leaders. 

Le Mans 2016 appartient au passé. Nous serons de retour l’année prochaine. C’est mon souhait le plus sincère de gagner là-bas avec Porsche, et je n’abandonnerai pas.

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