Chronique Tristan Gommendy - Bagarre en LMP1, mais pas que !

Trois semaines après la 85e édition des 24 Heures du Mans, Tristan Gommendy, pilote du Jackie Chan DC Racing by JOTA et chroniqueur pour Motorsport.com, livre son sentiment sur les événements survenus en LMP1.

Chronique Tristan Gommendy - Bagarre en LMP1, mais pas que !

Les 24 Heures du Mans 2017 ont été extraordinaires pour le team. Il y a un caractère historique mais circonstanciel. Le team est parvenu à faire monter ses deux autos sur la deuxième et sur la troisième marche du podium au général. Mais bien évidemment que jouer le classement général n'était que dépendant de l'abandon des LMP1.

Le LMP1, une catégorie de plus en plus complexe

La catégorie LMP1 s’est beaucoup bagarrée pendant les essais en amont de la course des 24 Heures du Mans. La Toyota #7 de Kobayashi a même établi un nouveau record du tour avec un temps de 3'14"791. Toutefois, en course, j'ai le sentiment que ça a été plus difficile pour les LMP1 et la bagarre a eu lieu chez la catégorie "petite sœur", le LMP2. 

Dans la catégorie LMP2, 25 équipages étaient au départ et beaucoup pouvaient prétendre à un podium. La gestion des pneus (Dunlop pour la majorité), la fiabilité des prototypes (ORECA, Dallara, Ligier, Riley) et la stratégie étaient les trois variables à ajuster pour finir devant.

Dans la catégorie LMP1, il me semble que leur difficulté résidait dans la maîtrise de leur technologie. J'ai presque envie de dire que ce n'est même plus une question de moyens. Concernant Porche, je ne crois pas que l'on puisse dire qu'il leur manque du budget pour fiabiliser cette voiture ! Je pense que c'est tout simplement la complexité de ces autos qui rend les choses tellement difficiles dans la compréhension et dans le fonctionnement. Ils sont dans des avancées technologiques qui demandent probablement des années de développement.

Nous ne sommes pas dans les grands secrets des constructeurs, mais s'ils viennent au Mans, il me semble que c'est pour in fine, développer l’image de la marque. Le Mans est clairement un laboratoire technologique, mais aussi et surtout une immense opération marketing et communication. Mettre en avant leur technologie et leur maîtrise de l'hybridation avec en point de mire la possibilité de dériver cette technologie dans nos voitures de tous les jours, tel est le but. De ce point de vue là, cette 85e édition des 24 Heures du Mans n’a probablement pas été à la hauteur de leurs espérances…

#9 Toyota Gazoo Racing Toyota TS050 Hybrid: Jose Maria Lopez, Yuji Kunimoto, Nicolas Lapierre, #1 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Neel Jani, Andre Lotterer, Nick Tandy

Il faut raison garder !

Après, il faut rester raisonnable : une LMP2 n'est absolument pas au niveau d'une LMP1. Je sais que c'est le jeu de la communication d'essayer de montrer que la puissance d'un team en LMP2 est capable de rivaliser avec le LMP1. Néanmoins, Il faut quand même rappeler simplement qu’une LMP2 reste entre dix et douze secondes moins rapide qu'une LMP1, et cela malgré l'avancée chronométrique énorme des LMP2 par rapport à l'année dernière. D'ailleurs, on le voit bien : la Porsche a eu près de dix tours de retard à quelques heures de l’arrivée, mais elle remporte quand même les 24 Heures du Mans.

On ne peut pas mettre de rivalité entre ces deux catégories, et cela serait irrespectueux vis-à-vis des grands constructeurs LMP1. Ce sont deux mondes qui les séparent. La fiabilité a fait qu'une LMP2 a mené le général.

Les constructeurs et les hautes instances essaient d'aller vers une réduction des coûts et c'est à mon sens une condition sine qua non s’ils veulent garder les constructeurs présents aujourd’hui sur la grille, mais aussi et surtout en attirer de nouveaux… Très peu de constructeurs sont capables de mettre plusieurs centaines de millions d'euros dans ce genre d'événement. Alors s'il pouvait y avoir une maîtrise et une réduction des budgets, et je sais que l’équation n’est pas simple pour y parvenir, je suis convaincu que nous pourrions avoir rapidement trois ou quatre constructeurs intéressés pour venir en LMP1 Hybride. Vous imaginez alors les prochaines bagarres en LMP1 ? En tout cas, moi j’en rêve… !

Tristan Gommendy, DC Racing
partages
commentaires
Chronique Tristan Gommendy - Un résultat historique qui ne doit rien au hasard
Article précédent

Chronique Tristan Gommendy - Un résultat historique qui ne doit rien au hasard

Article suivant

McLaren envisage un retour au Mans, si les règles du LMP1 sont revues

McLaren envisage un retour au Mans, si les règles du LMP1 sont revues
Charger les commentaires
Les exploits de Montoya : Monaco, Indianapolis, Le Mans Prime

Les exploits de Montoya : Monaco, Indianapolis, Le Mans

Rares sont les pilotes modernes qui ont triomphé dans autant de compétitions que Juan Pablo Montoya, victorieux de sept Grands Prix de Formule 1, triomphal à deux reprises aux 500 Miles d'Indianapolis et même trois fois aux 24 Heures de Daytona, sans oublier la NASCAR et les 24 Heures du Mans.

Formule 1
30 déc. 2021
Gagner et perdre Le Mans le même jour, ce "sentiment étrange" Prime

Gagner et perdre Le Mans le même jour, ce "sentiment étrange"

WRT se bat aux avant-postes du GT depuis des années et a réussi avec brio son passage en prototype, avec à la clé une victoire aux 24 Heures du Mans en LMP2. L'issue aurait même pu être plus heureuse si la course avait été un tour plus courte...

24 Heures du Mans
17 oct. 2021
Panoz et Brabham : l'histoire d'un drôle de choix Prime

Panoz et Brabham : l'histoire d'un drôle de choix

En 1997 le programme Panoz GT n'apparaissait pas comme un choix attrayant pour un ex-pilote de Formule 1, McLaren constituant un bien meilleur pari. Mais contre toute attente, David Brabham fit le choix de la marque américaine pour former un duo gagnant pendant plusieurs années.

GT
25 sept. 2021
Simulateur, équipe, pilotes : où en est Peugeot ? Prime

Simulateur, équipe, pilotes : où en est Peugeot ?

L'ère de l'Hypercar s'est ouverte aux 24 Heures du Mans par la victoire de Toyota. Désormais, la concurrence est attendue et beaucoup de regards sont tournés vers Peugeot, dont l'arrivée est programmée pour 2022. Nous avons rencontré Jean-Marc Finot, directeur de Stellantis Motorsport, pour faire un point complet.

WEC
29 août 2021
Comment une réparation de fortune a empêché Paul Newman de gagner au Mans Prime

Comment une réparation de fortune a empêché Paul Newman de gagner au Mans

C'est l'une des plus grandes histoires de la Sarthe. Paul Newman, deuxième des 24 Heures du Mans 1979, aurait pu facilement remporter la célèbre épreuve sans l'ingéniosité du regretté Manfred Kremer.

24 Heures du Mans
20 août 2021
WEC et IMSA : vraie convergence, vraies possibilités ! Prime

WEC et IMSA : vraie convergence, vraies possibilités !

La convergence permettant aux machines Le Mans Hypercar de courir en IMSA face aux LMDh à partir de 2023 pourrait offrir des options attrayantes non seulement aux constructeurs, mais aussi pour le calendrier et le format des courses.

WEC
20 juil. 2021
Ferrari et AF Corse, faits pour s'entendre ! Prime

Ferrari et AF Corse, faits pour s'entendre !

Se pencher sur quinze années d'histoire commune, avec autant de réussite que celle rencontrée par Ferrari et AF Corse en GT, n'est pas une mince affaire. Aussi fallait-il s'attarder sur un juge de paix : les 24 Heures du Mans.

La grande question de la parité entre LMH et LMDh au Mans Prime

La grande question de la parité entre LMH et LMDh au Mans

L'excitation autour de l'afflux de constructeurs aux 24 Heures du Mans pour 2023 est compréhensible. Mais lorsqu'ils seront confrontés l'un à l'autre, le LMH et le LMDh vivront-ils une cohabitation éphémère ?

24 Heures du Mans
22 avr. 2021