Dossier ORECA - La réussite cinq étoiles de Hugues de Chaunac

ORECA, cinq lettres qui comptent dans le paysage automobile depuis plus de quarante ans. Un acronyme formé à la va-vite par Hugues de Chaunac, son fondateur, pour lancer l’aventure en Formule 3 en 1973.

"Dans mon esprit, je pensais alors sincèrement que ce nom serait provisoire", raconte-t-il lui-même dans le très bel ouvrage édité en 2013 pour célébrer les quatre décennies de course automobile de la structure. ORECA pour Organisation, Exploitation et Course Automobile. 

Depuis, rares sont les passionnés de sport automobile qui n’ont jamais croisé cet acronyme, tant les projets ont été nombreux et si souvent couronnés de succès, dans de nombreuses disciplines. Parmi elles, l’Endurance reste assurément l’univers d’excellence de l’entreprise, que ce soit au passé comme au présent. 

ORECA a traversé plusieurs époques du sport automobile, toujours avec la même passion, mené par un fondateur visionnaire qui a su pérenniser son "bébé", aujourd’hui devenu grand et adapté à son temps. Une réussite perpétuelle? En 2015, qu’est-ce qu’ORECA et quelles sont les valeurs véhiculées par ce fleuron des sports mécaniques tricolores? 

"D’une écurie de course, j’ai voulu construire une entreprise qui soit une véritable entreprise en termes économiques, en développant des diversifications", explique Hugues de Chaunac dans un entretien accordé à Motorsport.com. "Le cœur d'ORECA c'est la course automobile, le bureau d'études, la construction de voitures ; puis on a développé des structures commerciales."

Une passion entretenue par un modèle économique sain

Derrière les nombreux projets "piste" de l’entreprise, on trouve ainsi deux autres maillons essentiels, baptisés ORECA Store pour ce qui concerne la distribution de produits, et ORECA Events pour l’aspect marketing et événementiel. Ajoutés au département course, voilà de quoi former une grosse PME qui emploie entre 200 et 220 personnes. 

"C’est une écurie que j'ai transformée en une véritable entreprise et qui n'a pas vraiment de concurrent en France, et très peu en Europe", ajoute de Chaunac. "Prodrive [fondé par David Richards en 1984] est un concurrent sur des créneaux un peu différents en Europe."

À 69 ans, Hugues de Chaunac est un grand chef étoilé qui a su utiliser l’image et le succès de son restaurant pour étendre et multiplier ses activités. Une comparaison qui ne s’invente pas, puisque c’est lui-même qui nous la souffle, "sans prétention aucune". Autrement dit utiliser une vitrine reluisante qui, si elle n’est pas la plus lucrative qui soit, offre des débouchés qui font tenir le business. 

"C’est un peu le concept d'ORECA autour de la course", justifie de Chaunac. "Aujourd’hui ORECA existe toujours solidement après quarante ans parce que, justement, on a de très bonnes assises économiques, de bonnes assises financières, et que du coup on peut consacrer ce dont on a besoin sur la Recherche & Développement."

Entretenir la façade étoilée

Aujourd’hui, ORECA est hautement impliqué en Endurance en apportant son soutien logistique à Toyota en WEC, tout en construisant des voitures pour le LMP2 (L’ORECA 05) ou le LMP1 (La R-One de Rebellion). On retrouve également l’entreprise française en WTCC pour développer les Lada Vesta, notamment pour la partie moteur, ou dans un rôle différent aux manettes du GT Tour, en tant qu’organisateur et promoteur. Entre autres, car le champ d’activité est plus dense que jamais!

Si l’ensemble se porte bien, c’est justement parce que la vitrine créée par Hugues de Chaunac continue de délivrer les résultats attendus et jouit d’une légitimité indéniable. 

"Le premier point d'entrée c'est la partie technologie, qui a deux grosses activités", précise-t-il. "D’un côté il y a le partenariat avec Toyota, et de l’autre le fait d'être constructeur de voitures de course. Ce sont les deux présences sportives très fortes que l'on a et qui sont un peu ce restaurant étoilé."

Jouer la victoire et non la rêver

D’une brève carrière de pilote, Hugues de Chaunac a ainsi rapidement basculé de l’autre côté du muret des stands, remportant de grandes victoires à la tête de son équipe sans jamais remettre en cause une certaine idée de la course. Sa vision à long terme lui a sans aucun doute assuré de bâtir une structure aux reins solides, sans jamais se perdre dans des projets fous, onéreux ou irréalistes. 

Dans ses yeux brille toujours autant la passion pour la course, mais celle-ci n’a pas occulté les choix de raison et rationnels pour le long terme. Alors oui, gérer sa propre équipe de course au plus haut niveau de l’Endurance peut lui manquer, mais pouvoir unir ses forces à un grand constructeur et se battre pour un titre mondial avec Toyota a une valeur plus forte. 

"Je suis très réaliste, et il faut être réaliste", plaide de Chaunac. "C’est sûr qu'au fond de moi j'aimerais beaucoup avoir une équipe ORECA. Mais je préfère d'abord me battre pour la victoire plutôt que pour les strapontins. Et puis j'ai toujours dit, depuis qu'on s'est lancés en Endurance, que lorsque l'on est venus c'était pour séduire un grand constructeur et leur montrer que c'était l'équipe à avoir. Je préfère contribuer à faire gagner un grand constructeur que de me battre pour la 7e ou 8e place. Je n'ai pas l'ombre d'un doute."

"On a décroché de très grandes victoires, quand on a gagné au Mans avec Mazda en 1991 par exemple. C'est Mazda qui a gagné mais ORECA en a fait partie. Donc là je n'ai pas le moindre état d'âme. Pour moi, le plus important c'est la victoire et pas de se dire que c'est moi ; c'est une équipe qui gagne."

Une équipe qui, alliée à Toyota, a su conquérir les lauriers d’un titre mondial en 2014. Excusez du peu. 

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