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Ford 1966 - Trois ans pour terrasser Ferrari au Mans

Il y a tout juste 50 ans jour pour jour, le week-end des 18 et 19 juin 1966, Ford atteignait son but, à la troisième tentative, de battre Ferrari au Mans avec la GT40. Mais avant ce triomphe un peu tendu, il y avait eu la débâcle de 1965...

La première victoire de Ford aux 24 Heures du Mans, en 1966 : la Ford GT-40 Mark II victorieuse, pilotée par Bruce McLaren et Chris Amon

Le Mans 66

Tout sur Le Mans 66, le film de James Mangold sorti en 2019 avec Matt Damon et Christian Bale dans les rôles de Carroll Shelby et Ken Miles. Un film qui retrace le mythique duel entre Ford et Ferrari aux 24 Heures du Mans 1966.

Après une première victoire aux 2000 kilomètres de Daytona, Ford arriva au Mans pour l'édition 1965 avec deux GT40 Mk II équipées désormais d'un moteur 427 cv de 7 litres et engagées par Shelby, et quatre anciennes versions désormais de 289 cv couvées par quatre équipes européennes.

Avec une voiture dramatiquement instable lors des premiers essais, Phil Hill signa la pole position à 227 km/h de moyenne.

Chris Amon et Bruce McLaren, sur les deux MkII, disputèrent les premières heures de course à un rythme d'enfer, laissant loin derrière elles la Ferrari de John Surtees. Mais la voiture du premier et de Phil Hill fut vite retardée par des ennuis d'embrayage et l'autre fut lâchée par sa boîte de vitesses peu après 20h00 alors que McLaren venait d'en laisser le volant à Ken Miles, le pilote d'essais et ingénieur qui avait procédé à de nombreux essais au cours des mois précédents.

Avant cela, et pour ne rien arranger, les quatre Ford “européennes” avaient toutes été fauchées par une épidémie qui s'était manifestée sous la forme d'une soudaine surchauffe. Au bout de quatre heures de course à peine, Ferrari occupait les quatre premières places... Et la seule GT40 encore en course, la Mk II de Hill, allait renoncer peu avant 23 heures – juste après avoir fixé un nouveau record du tour en course.

Ferrari signa sa sixième victoire avec la 330 P2 et son cinquième triplé consécutif au Mans, cinq de ses voitures terminant dans les six premières places. La seule à s'intercaler entre elles, à la quatrième place, fut la la Shelby Cobra victorieuse en GT.

“Vous feriez mieux de gagner”

À la fin de l'été 1965, Henry Ford II envoya à tous les responsables des divers départements de la marque une carte de vœux sur laquelle était imprimée ce message : “Vous feriez mieux de gagner.” Il chargea un homme de confiance, Leo Beebe, de former le “Comité Le Mans” les regroupant tous, avec réunion obligatoire toutes les deux semaines jusqu'à la prochaine édition des 24 Heures. Les GT40 seraient réparties en deux équipes dont Shelby, toujours, et Holman Moody, Championne de NASCAR avec Ford. Avant cela, la “Shelby” de Miles et Lloyd Ruby s'imposa à Daytona, pour le passage de cette course au format 24 heures, devant la voiture sœur, puis une de Holman Moody et une Ferrari.

Le même duo remit ça aux 12 Heures de Sebring, dans une ambiance tendue car l'autre GT40 de Dan Gurney, en tête, avait cassé son moteur à quelques centaines de l'arrivée - sous la pression, dirent certains, exercée par Miles. Mais l'avant-Le Mans se présentait bien plus mal chez Ferrari, dont aucune des nouvelles P3 n'avait terminé la course.

 

#2 Ford GT-40 Mark II: Bruce McLaren et Chris Amon
#2 Ford GT-40 Mark II: Bruce McLaren et Chris Amon

Photo de: Ford Motor Company

Chez Ford, l'argent coulait désormais à flot et Bruce McLaren lui-même peinait à reconnaître le programme qu'il avait intégré à ses débuts, trois ans plus tôt. Huit GT 40 officielles étaient au départ au Mans (auxquelles s'ajoutaient six exemplaires privés), face à sept bolides italiens - trois P3 dont deux 100% usine, et quatre P2 - tous préparés à Maranello. Du côté de la Scuderia, les jours précédant la course furent marqués par la démission du son pilote vedette, John Surtees, en conflit ouvert avec le directeur sportif de l'équipe, Eugenio Dragoni.

Auteur de la pole position sur la Ford n°3 bleu ciel devant deux autres GT40 et la première Ferrari, Gurney prit la tête avec autorité alors que Miles, sur la n°1 couleur or placée juste derrière lui dans l'alignement de départ, devait rentrer au stand après un tour car il avait... plié sa portière en la faisant heurter son casque quand il l'avait refermée après le sprint depuis l'autre côté de la piste et le saut dans l'habitacle. Le tout sous les yeux de Henry Ford II, Grand Marshall de cette édition 1966.

Après une heure de course, Miles était remonté en troisième position après avoir battu deux fois le record du tour. La première Ferrari était à plus d'une minute et la troisième Ford Shelby noire et argent de Bruce McLaren, sur la n°2 noire, avait perdu du temps en début de course avant de passer des pneus Firestone aux Goodyear...

Une arrivée "arrangée"

Miles, puis Gurney battirent à nouveau le record du tour à coup dans les Hunaudières avalées à plus de 350 km/h, mais quand les voitures qu'ils partageaient respectivement avec Denny Hulme et Jerry Grant - qui avait remplacé Ruby - passèrent du temps au stand pour remplacer les plaquettes de frein avant et arrière, les Ferrari restèrent en piste et deux d'entre elles prirent la tête.

Mais à trois heures du matin, une heure avant la mi-course, toutes les P3 avaient renoncé et la première des P2 n'était que cinquième alors que les Ford “Shelby” occupaient les trois premières places.

Moins de deux heures plus tard, alors qu'il avait repris la tête devant Miles qui avait dû s'arrêter pour changer ses rotors de freins avant, Gurney abandonna, victime d'une fuite à un radiateur. Les deux autres voitures de l'équipe roulant loin devant la première de Holman Moody, Shelby imagina une arrivée... ex æquo entre ses deux voitures. Ce qu'il orchestra (ses deux voitures étant rejointes par la GT40 complétant le top trois), malgré la grande colère de Miles. Ou tenta de faire, ce dernier laissant, par dépit, McLaren prendre quelques mètres d'avance sur la ligne. Ce qui ne changeait rien car lui et Jerry Grant allaient être de toute façon classés deuxièmes puisque McLaren et son acolyte Hulme, qualifiés derrière eux, avaient parcouru quelques mètres de plus.

La photo était juste un peu moins belle que n'auraient aimé les responsables de Ford.

 

De gauche à droite : Bruce McLaren, Henry Ford II et Chris Amon sur le podium après la victoire de Ford aux 24 Heures du Mans 1966
De gauche à droite : Bruce McLaren, Henry Ford II et Chris Amon sur le podium après la victoire de Ford aux 24 Heures du Mans 1966

Photo de: Ford Motor Company

Épilogue

Miles, qui avait gardé le sentiment de s'être fait avoir après tout le travail de développement qu'il avait mené, trouva la mort dans un accident en tests à Riverside, moins de deux mois plus tard.

Une GT40 Mk IV de Shelby remporta encore les 24 Heures en 1967, avant deux victoires des Mk I engagées par John Wyer les deux années suivantes. Shelby n'était plus de l'aventure. Son cœur, dont il avait cru qu'il l'empêcherait d'en vivre la fin, l'emmena finalement jusqu'en 2012 et jusqu'à l'âge de 89 ans. 

Chers amis, cette année est celle où nous avons fini par être battus au Mans”, écrivit le Commendatore dans la préface du livre annuel de Ferrari, à la fin de 1966. Un projet d'adaptation au cinéma du duel entre ses voitures et les Ford, par le réalisateur Michael Mann (Miami Vice, Heat ou l'excellent Revelations) fut envisagée il y a quelques années, de même qu'un autre pour une série télé signée Tony Scott.

Mais la réalité les a devancés puisque ce sont bien quatre nouvelles Ford GT qui ont pris le départ samedi - dans la catégorie du même nom cette fois -, cinquante ans après la victoire de 1966, avec des  numéros de course correspondant aux années des quatre victoires de leur glorieuse aînée.

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