Interview - Les confidences de Button avant les 24 Heures du Mans

À quelques jours des premiers pas de Jenson Button aux 24 Heures du Mans en LMP1, avec SMP Racing, Motorsport.com a longuement évoqué avec lui ce nouveau chapitre dans la carrière du Champion du monde 2009 de Formule 1.

Interview - Les confidences de Button avant les 24 Heures du Mans

Jenson, comment cette opportunité s'est-elle présentée ? Cherchiez-vous des options vous-même ou bien est-ce que quelqu'un vous a approché ?

En fait, j'ai découvert ça par l'intermédiaire d'un ami qui a assisté aux essais du prototype BR1. Il m'a dit que la voiture semblait géniale, il l'a vue en piste, et il a dit : "C'est une formidable opportunité, il faut que tu appelles SMP Racing et que tu voies si un baquet est disponible". C'est ce que j'ai fait. Car vous savez, j'ai toujours adoré Le Mans. C'est une course tellement particulière, ce n'est pas uniquement une course contre les adversaires, c'est une course contre le Circuit de la Sarthe. C'est donc une formidable opportunité et je savais aussi que si je ne courais pas cette année, je ne le ferais pas avant 2020 en raison de la Super Saison.

Je me suis dit que c'était une excellente opportunité et j'ai parlé à l'équipe, puis nous avons trouvé un accord qui me permettait de disputer toute la saison du WEC, en manquant juste Spa car je roulais au Japon en Super GT [le même week-end]. C'était un problème au départ, car on est supposé faire toute la saison en WEC, mais ils m'ont laissé manquer une course, et je fais désormais pleinement partie du championnat. Je suis très enthousiaste. Comme vous le savez probablement, j'ai testé la voiture une fois à Magny-Cours. C'est très facile de prendre cette voiture en main. J'ai vraiment beaucoup aimé, c'était comme une Formule 1 old-school à Magny-Cours. Le grip que l'on a avec cette voiture à haute vitesse… j'ai vraiment pris du plaisir. J'ai hâte d'être au Mans.

Jenson Button, SMP Racing BR Engineering BR1 LMP1

Qui était cet ami ?

C'était James Rossiter, qui a piloté pour ByKolles ces dernières années et qui faisait des tests. Je ne sais pas si c'était en Aragón ou à Portimão, mais il a dit que la voiture de SMP paraissait fantastique, alors il m'a vraiment donné l'occasion d'obtenir ce volant. 

Comment vous entendez-vous avec vos nouveaux coéquipiers, Vitaly Petrov et Mikhail Aleshin ?

Je ne les ai pas encore vus depuis que je fais partie de l'équipe. Je vais les voir le week-end prochain avant les essais. Je connais plutôt bien Vitaly grâce à la F1, j'ai couru contre lui plusieurs années, et j'étais allé à Moscou pour une démonstration en ville avec une F1. Je le connais bien, c'est quelqu'un de formidable, avec un grand sens de l'humour, et je suis vraiment impatient de travailler avec lui.

Je n'ai jamais rencontré Mikhail, mais on fera connaissance rapidement. Dans l'autre voiture, je ne connais pas les deux jeunes [Matevos Isaakyan et Egor Orudzhev], mais je connais Stéphane Sarrazin et il arrive avec beaucoup d'expérience, ce qui est fantastique pour l'équipe. Au Mans, j'arrive avec un type d'expérience différent et un autre point de vue. Je pense que c'est un line-up vraiment excitant, avec de l'expérience issue de différents domaines.

Jenson Button, McLaren et Vitaly Petrov, Lotus Renault GP

Ce sera votre première course de 24 heures si l'on excepte Spa en 1999, où ça ne s'était pas bien passé pour vous, c'est bien ça ?

Je n'avais pas piloté la voiture en course, ce n'était pas super. Nous avions eu un problème avec la voiture et nous avions arrêté après une heure alors… David Saelens était dans la voiture et il y avait une fuite de carburant. C'est dommage, mais j'ai roulé en Super GT cette année, ce qui n'est pas vraiment de l'Endurance, mais on partage quand même une voiture avec quelqu'un d'autre, on travaille avec cette personne et il faut faire des compromis sur les réglages. J'ai le sentiment d'être prêt, il y a encore des choses à apprendre, dont le Circuit de la Sarthe. Mais de ce que j'ai entendu, c'est un circuit plutôt simple à apprendre.

Toyota est une équipe d'usine et s'ils se font battre... c'est qu'ils auront fait une grosse erreur

Jenson Button

Que serait un objectif réaliste pour Le Mans, compte tenu du fait qu'il y a Toyota et des équipes privées ?

Je me suis tenu au courant des changements de réglementation qui ont lieu avec le débit de carburant et tout le reste. Toyota est une équipe d'usine et, de manière réaliste, s'ils se font battre… c'est qu'ils auront fait une grosse erreur. Mais au Mans on ne sait jamais, c'est ce qui est génial. Le rythme du prototype BR1 a été fantastique en essais, c'est aussi ce qu'ont dit les pilotes. Ils ont pu tirer le maximum de la voiture à chaque tour. Alors qui sait ?

ART [qui participe à l'exploitation piste] est une formidable équipe. Évidemment, ils n'ont pas tant que ça l'expérience du Mans, mais c'est une excellente équipe qui s'occupe de la voiture, et je pense que l'essentiel pour nous est de faire en sorte d'être fiables. Pour une équipe privée, ils ont fait beaucoup d'essais, c'est excellent. Mais il y a aussi une grosse concurrence avec Rebellion, qui a construit une bonne voiture et a un excellent line-up. C'est pour cela que je pense que tout le monde aime Le Mans, car il ne s'agit pas seulement d'être le plus rapide, il faut l'être du premier tour jusqu'à la fin des 24 heures et pour de nombreuses équipes il est d'abord question de terminer la course. Personnellement, j'ai le sentiment que SMP Racing veut quand même gagner, et il existe toujours cette opportunité.

Il y a aussi la perspective de courir contre Fernando Alonso…

Oui. Ma dernière course face à Fernando remonte à Abu Dhabi 2016, alors je suis impatient. C'est génial qu'il soit impliqué en WEC, c'est un grand compétiteur, aux côtés de nombreux grands compétiteurs. À ce que j'ai entendu, il y a plus d'ex-pilotes de F1 qui participent aux 24 Heures du Mans [cette année] qu'il n'y a de pilotes en F1 aujourd'hui… Il y a de nombreux pilotes très expérimentés qui roulent au Mans, et je pense que l'intérêt des pilotes pour les 24 Heures s'amplifie chaque année car le niveau de compétition est très élevé.

Jenson Button, McLaren, Fernando Alonso, McLaren

Est-ce qu'Alonso a en quelque sorte été votre inspiration ? L'avez-vous suivi ?

Non. Je veux dire, il apporte beaucoup au Mans, mais comme de nombreux autres pilotes, donc ce n'était pas lui mon inspiration. Mon inspiration, c'était : "Je veux courir au Mans", et il y a cette excellente opportunité d'y aller, avec une bonne équipe et en LMP1. Je pense que beaucoup de gens sont très intéressés de voir comment ça se passe en LMP1, car il n'y a qu'une équipe hybride et beaucoup de privés : je crois qu'ils aiment voir les privés essayer de battre une grosse équipe. Mais même si Toyota s'envole devant, je pense qu'il y aura une grande course pour les équipes indépendantes au Mans.

Avez-vous suivi la course des 6 Heures de Spa ?

Oui, je l'ai suivie.

Il y a eu ce crash de Matevos Isaakyan… Quand vous avez testé la voiture à Magny-Cours, aviez-vous cela à l'esprit ? Est-ce que ça vous a affecté d'une manière ou d'une autre ? 

Je pense qu'aucun pilote expérimenté ne voudrait se retrouver dans la voiture s'il n'est pas satisfait de sa sécurité. Vous savez, avec mon expérience, personnellement, je n'ai plus besoin de courir. J'ai réalisé ce que j'avais prévu pendant ma carrière. Je cours car j'aime toujours ça, mais je veux être en sécurité lorsque je pilote. J'ai eu une bonne réunion avec l'équipe pour discuter de ce qui s'était passé et de quels étaient les risques que ça se reproduise. J'ai confiance en l'équipe, je crois ce que dit l'équipe mais aussi Dallara. Ils ont modifié la voiture pour Le Mans, c'est très bien.

Je ne pense pas qu'il existe au Mans la même situation que dans l'Eau Rouge, mais il y a quand même des côtes et des bosses ; cependant ils ont modifié la voiture pour tenter d'y remédier. Lorsque j'ai piloté à Magny-Cours, je n'étais pas inquiet du tout : [en essais] tu pilotes seul, il n'y aura jamais le problème de la voiture qui décolle, tu ne suis pas d'autre voiture, il n'y a pas de bosse. Et je ne suis pas inquiet à l'idée d'aller au Mans non plus, je fais entièrement confiance au travail qu'ils ont fait en soufflerie et aux mesures de sécurité qu'ils ont prises. 

#17 SMP Racing BR Engineering BR1: Stéphane Sarrazin, Egor Orudzhev, Matevos Isaakyan

Pour en revenir aux essais, qu'est-ce qui vous a le plus surpris ?

Je pense que le plus stupéfiant, c'était l'adhérence dans les virages à haute vitesse. Je pilote en Super GT, où il y a beaucoup d'appui aérodynamique, beaucoup de grip mécanique et pneumatique, car il y a une guerre des pneus là-bas. Je m'attendais à ce que le LMP1 soit plus rapide en ligne droite, mais lent dans les virages à haute vitesse, et en fait c'était le contraire. En ligne droite, c'est très similaire au Super GT, mais dans les virages à haute vitesse ça m'a surpris, il y a tellement de grip. Et c'était le package Le Mans que nous utilisions à Magny-Cours, il n'aurait pas dû y avoir de grip, mais la voiture était excellente !

Il faut faire quelques ajustements, mais pas à haute vitesse, c'est plutôt au niveau du freinage et de la motricité, mais je pense que nous pouvons résoudre ces problèmes très rapidement au Mans. Ce qui est génial concernant la voiture, c'est qu'elle répond vraiment aux changements. Nous avons fait quelques modifications, pas des gros changements, mais je sentais immédiatement l'effet positif ou négatif qu'ils avaient. Je pense que c'est bien d'avoir une voiture comme ça quand on s'engage sur une course aussi longue.

Je vais encore courir pendant de nombreuses années. 

Jenson Button

Vous êtes engagé dans la Super Saison du WEC, soit environ une année de course au moins. Mais combien de temps voulez-vous encore courir ensuite ?

Je pense que je vais encore courir pendant de nombreuses années. Avoir une année de repos était très bien pour moi l'an dernier. J'ai quand même fait deux courses, dont le Grand Prix de Monaco, mais c'était bien de prendre cette pause, de m'éloigner de la Formule 1 et d'essayer d'autres choses. J'ai vraiment retrouvé cette adrénaline, cet amour des sports mécaniques.

Il y a de nombreux endroits où j'aimerais courir à l'avenir. Je ne pense pas que l'âge soit un problème, ce n'est qu'un nombre. Si l'on est suffisamment en forme et qu'il y a la passion, peu importe. Je cours en Super GT contre un gars qui a 47 ans [Satoshi Motoyama], et c'est l'un des plus rapides. Et ce sont des voitures difficiles à piloter, donc l'âge n'est qu'un nombre et je pense que je vais courir pendant plusieurs années. Est-ce que ce sera juste pour m'amuser ou pour quelque chose d'un peu plus sérieux, je ne sais pas. Je me concentre sur Le Mans pour le moment, et sur toute la Super Saison, c'est excitant, car je connais très bien tous les circuits sur lesquels nous allons et je les adore. 

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