Le LMP2, un plateau ultra concurrentiel "devenu professionnel"

Ce week-end, tous les regards ne seront pas braqués sur les Hypercars. Aux 24 Heures du Mans, le LMP2 promet une "baston" incroyable, avec un plateau tellement relevé qu'il suscite bien des superlatifs.

Le LMP2, un plateau ultra concurrentiel "devenu professionnel"

B.D., Le Mans - Depuis l'introduction des nouvelles autos il y a quatre ans, le LMP2 n'a jamais cessé de se développer et de prendre de l'ampleur en Endurance. Aux 24 Heures du Mans cette année, la catégorie offre un plateau à peine croyable, que ce soit quantitativement ou qualitativement. Les 25 machines au départ présentent des équipages très relevés pour la plupart, parfois accompagnés par des structures au professionnalisme et aux moyens aguerris.

Si l'Hypercar tient le haut du pavé dans la Sarthe, la grande famille des prototypes jouit tout de même d'une excellente côte de popularité. Elle impressionne, aussi, et ce n'est pas la réduction des performances infligée cette année qui change la donne. Car dans le même temps, s'y faire une place au soleil est devenu plus ardu que jamais. Valeur sûre et reconnue du LMP2 depuis plusieurs saisons, Tristan Gommendy a vu cet environnement changer et franchir les étapes une à une.

"Ça fait huit ans que, franchement, tous les ans le niveau augmente, s'étoffe, et là, ça a franchi un dernier palier où, effectivement, il y a des top teams avec des moyens illimités", explique le pilote français à Motorsport.com. "Tout simplement, le LMP2 est devenu professionnel. Franchement, le plateau du LMP2 aujourd'hui est bien plus relevé que les meilleurs plateaux LMP1 qu'on a eus depuis 15 ans. Il y a 25 voitures, et il y en a dix qui peuvent gagner. Le profil du LMP2 a changé."

Les essais qualificatifs qui ont eu lieu mercredi et jeudi au Mans n'ont fait que confirmer ce constat. Il suffit par exemple d'observer les chronos pour constater que les dix premiers se tiennent dans la même seconde sur la grille de départ. La lutte pour la pole position, elle, a été acharnée avant de tomber dans l'escarcelle d'António Félix da Costa et du team Jota. Invité à la table des grands après avoir qualifié avec brio le proto #23 de United Autosports en Hyperpole, Nico Jamin en a été tout autant acteur que témoin privilégié.

"Cette année, je pense qu'il y a un niveau au Mans en LMP2 qui est du jamais-vu", acquiesce-t-il auprès de Motorsport.com. "On a quasiment que des anciens pilotes de Formule 1, des pilotes de Formule E. Quand on voit les noms qu'il y avait en qualifs, c'était du très, très haut niveau. Sur toutes les voitures il y a du très, très lourd et ça fait de cette catégorie cette année pour moi la catégorie reine, car il y a un niveau qui est juste exceptionnel. La qualif était quand même un peu un test car quand on voit tous les noms qu'il y a autour, ça peut impressionner un peu, mais il ne faut pas être impressionné, il faut être sûr de soi, c'est ce que j'ai fait."

À 25 ans, Nico Jamin affirme d'ailleurs qu'il n'avait encore jamais été confronté à un plateau à ce point concurrentiel dans sa carrière. Pour y briller, il faut donc ne rien laisser au hasard, choisir la bonne approche aussi. Dans ce registre, Tristan Gommendy ne cache pas être face à un certain dilemme au moment de préparer la course avec l'équipe Duqueine.

"Les 24 Heures, par expérience, c'est long, c'est compliqué, et du coup la moindre erreur est terrible", rappelle-t-il. "C'est un compromis à trouver. La donne, c'est le nombre de voitures qui vont très vite, et qui augmente. On ne peut plus se permettre d'être un peu attentiste, d'avoir une bonne auto où on est tous content, sans faire de bêtise. D'accord, c'est toujours vrai, mais si tu restes dans cet état d'esprit là, l'écart est trop important et ça permettra de toute façon aux autres de faire une erreur puis de réparer. Si tu prends une seconde au tour, à moins qu'ils ne cassent devant, tu ne peux plus rien faire."

Les prototypes ont changé aussi

Face à un tel défi, celui qui a déjà connu le podium au Mans à trois reprises en LMP2 admet être "sur un terrain qui est piquant partout" quand il s'agit de trouver les paramètres sur lesquels faire la différence. Le tout avec une donne qui est venue s'ajouter cette année puisque les prototypes de la catégorie ont été ralentis afin de maintenir un écart avec les Hypercars.

"Pour moi, les 70 chevaux de moins, ce n'est pas quelque chose qui est flagrant", rassure Tristan Gommendy sur ce point. "Avec l'habitude, sur les passages de rapport et pas mal de choses, vu que la boîte n'a pas changé, on le voit bien. On ne prend que 315 km/h là où on prenait 335, donc on a perdu 20 bornes en ligne droite. Mais franchement, visuellement et à ces vitesses-là, on ne fait pas la différence. C'est plus le poids, car en même temps que tout ça ils nous ont rajouté 20 kg. Ces 20 kg, je trouve que dans les courbes rapides comme les Porsche, il y a des vitesses de passage, des habitudes, des comportements qui changent. Et il y a aussi les pneus : la combinaison poids-pneus hard, je trouve ça largement aussi efficient que les 70 chevaux en moins. De manière générale, on a une voiture un peu plus pataude."

Dimanche à 16 heures, les heureux du LMP2 seront ceux qui auront tout fait à la perfection. "Sur cette course, il faut que toutes les planètes s'alignent", conclut Nico Jamin. "Si on veut espérer un bon résultat, il faut bien sûr un très beau rythme en course, il faut une stratégie, il faut un petit peu de chance au niveau des Safety Car, il faut n'avoir aucun pépin en piste, garder la voiture le plus clean possible et puis voir où on est à la fin. Mais c'est tellement une longue course, il faut vraiment que tout s'aligne à la perfection."

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