Maria Herrera est-elle la future star féminine du MotoGP?

Pour sa première saison en Moto3, Maria Herrera a beaucoup fait parler d'elle. Pour autant, a-t-elle le potentiel pour gravir tous les échelons vers le sommet de la compétition moto?

Si les femmes pilotes ont plutôt du mal à percer en automobile, elles sont encore plus rares dans le monde de la compétition moto. Seules quelques-unes ont réussi à se faire un nom, telles Elena Myers ou Melissa Paris en MotoAmerica, Jenny Tinmouth en British Superbike ou bien entendu Laia Sanz qui s'illustre en trial, en enduro ou actuellement sur le Dakar.

Mais c'est en Moto3 que les femmes ont été le plus représentées en 2015, avec deux jeunes pilotes espagnoles engagées à plein temps : Ana Carrasco et Maria Herrera. Cette dernière s'est imposée comme la plus prometteuse, plusieurs de ses performances ayant retenu l'attention durant sa saison de rookie.

"Je suis contente, parce que j'ai été rapide sur la plupart des pistes, à l'exception d'une ou deux," se félicite Maria Herrera dans un entretien à Motorsport.com. "J'ai été proche des leaders et c'est important en vue de ma deuxième année."

Des performances remarquées en Espagne

Herrera a créé l'événement il y a deux ans, lorsqu'elle est devenue la première femme à remporter une course dans le championnat espagnol de Moto3, en Aragón. Une seconde victoire la même année sur le circuit de Navarre a confirmé que son succès ne devait rien au hasard, d'autant que Herrera s'est classée quatrième de la saison à seulement treize points du Champion, Fabio Quartararo.

L'année suivante, elle a décroché une autre victoire à Jerez et a pu faire une série d'apparitions en wild-card dans le Championnat du Monde Moto3. Voilà qui lui a permis de s'octroyer un guidon à temps plein pour la saison 2015, se voyant confier une Husqvarna du Team Laglisse.

"La plupart des circuits sont nouveaux, il est difficile pour moi de les apprendre," souligne la jeune femme à l'heure de pointer les difficultés rencontrées durant sa première campagne de titulaire sur la scène internationale. "Je pense que, si l'on perd une journée pour les apprendre, il faut plus de temps pour être plus rapide que les leaders. Sur certains circuits [ça a été plus dur que prévu], mais sur d'autres j'ai été plutôt compétitive si l'on considère que c'était la première fois que j'y venais."

Des hauts et des bas

Les deux premières entrées de Maria Herrera dans les points ont en effet coïncidé avec des pistes qu'elle connaissait déjà, avec une quinzième place à Barcelone et une treizième en Aragón. Cependant, elle a aussi excellé dans des contrées qui lui étaient bien moins familières.

C'est à Phillip Island que sa performance a le plus convaincu, et c'est peu dire qu'il s'agit là d'un juge de paix. Elle y a décroché sa meilleure position sur la grille (onzième) et a maintenu son rang en course, alors que de nombreux concurrents partaient à la faute.

Ces points lui ont permis de terminer la saison en 29e position, un rang qu'elle aurait pu améliorer si elle n'avait pas été heurtée par Niccolò Antonelli à Assen alors qu'elle figurait en huitième place, ou si elle n'avait pas perdu sa quatrième place sur chute sous la pluie de Silverstone.

Malgré ces déceptions, Maria Herrera peut considérer qu'elle a posé de solides bases pour sa saison 2016. Elle sera à nouveau alignée par le Team Laglisse dans la plus petite cylindrée du Championnat du Monde, cette fois sur KTM.

"Je suis heureuse de ma performance et je pense que je pourrai obtenir de bons résultats l'année prochaine," suggère-t-elle. "Il est important de rester dans la même équipe. On va progresser sur les pistes sur lesquelles j'ai été rapide, tout en progressant sur les autres."

Une longue attente

A ce jour, seule une femme a couru en catégorie reine, l'Américaine Gina Bovaird, sans toutefois parvenir à rallier l'arrivée de son unique course 500cc, disputée à Nogaro en 1982. D'autres ont connu plus de succès dans les plus petites cylindrées, à l'image de Taru Rinne (première femme à avoir marqué des points en Championnat du Monde) et Tomoko Igata en 125cc, ou encore Katja Poensgen et plus récemment Elena Rosell en catégorie intermédiaire, mais aucune d'elle n'a pu durablement s'installer dans les rangs de la discipline.

Maria Herrera se voit-elle comme celle qui pourrait mettre fin à l'absence de femmes en catégorie reine, qui dure depuis 33 ans? "Pour tous les pilotes, le rêve est d'atteindre le MotoGP," reconnaît-elle. "Mais je me concentre sur le fait de gagner en Moto3. Ensuite, je franchirai les étapes et j'y penserai."

Lorsqu'on l'interroge sur le peu de présence féminine en compétition moto, Herrera suggère que les pilotes en herbe devraient tenter de battre leurs rivaux masculins au lieu de penser à être la meilleure fille dans leur championnat : "Je pense que les filles tendent à se comparer les unes aux autres et c'est peut-être pour cela qu'elles ne progressent pas. C'est peut-être pour cette raison qu'elles trouvent cela plus dur. Je me suis toujours comparée aux hommes et j'ai progressé en me basant sur leurs chronos, pas sur les autres filles."

Sa compatriote Ana Carrasco n'ayant pu trouver de guidon pour la saison à venir, Maria Herrera sera la seule représentante féminine dans le peloton Moto3. Avec une année d'expérience dans la catégorie, elle devrait pouvoir gagner en constance et ainsi tenter de régulièrement visiter le top 10. Si elle y parvient, alors peut-être pourrons-nous commencer à sérieusement envisager le retour d'une femme au plus haut rang de la compétition moto.

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A propos de cet article
Séries Moto3 , MotoGP
Pilotes Maria Herrera
Équipes Team Laglisse
Type d'article Interview
Tags femme, histoire