C'était un 6 avril : L'ultime GP dramatique à Suzuka

Le 6 avril 2003, l'effroyable chute de Daijiro Kato lors du Grand Prix du Japon précipita le retrait de Suzuka du calendrier MotoGP.

C'était un 6 avril : L'ultime GP dramatique à Suzuka
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L'édition 2003 du Grand Prix du Japon fut la dernière à se tenir sur le circuit de Suzuka, pourtant jusqu'alors emblématique depuis l'arrivée de l'événement au calendrier de la catégorie reine en 1987. Absent seulement en 1999 au profit de Motegi, il restait le tracé de prédilection du GP du Japon, qui se tenait habituellement en début de saison, tandis que le Twin Ring accueillait le GP du Pacifique à l'automne. Cette organisation allait cependant être complètement revue à partir de 2004, Suzuka n'étant plus le bienvenu après le tragique accident de Daijiro Kato un an plus tôt.

Manche d'ouverture de cette saison 2003, le Grand Prix du Japon se déroulait dans une atmosphère de fête. En ce 6 avril, 24 pilotes étaient réunis sur la grille de départ, trépignant d'impatience à l'idée d'en découdre, et notamment Nicky Hayden, dont il s'agissait de la toute première course en MotoGP. Parmi eux également, pas moins de neuf Japonais, bien décidés à hisser le drapeau national au sommet.

Le grand favori était toutefois Valentino Rossi, titré les deux années précédentes avec Honda, mais aussi dernier vainqueur en date à Suzuka et qualifié en pole position, devant son éternel rival Max Biaggi. C'est finalement Loris Capirossi qui créa la surprise au départ en jaillissant du milieu de la grille pour venir virer en tête. Biaggi lui emboîta le pas, tandis que Rossi se voyait momentanément relégué au troisième rang devant Carlos Checa, Kenny Roberts Jr, Troy Bayliss et Daijiro Kato.

Daijiro Kato, lors du GP du Japon 2003

Daijiro Kato, lors du GP du Japon 2003

Kato, qui courait sous les couleurs du team Gresini pour lancer une deuxième saison devant être celle de la confirmation dans la catégorie reine, avait réussi à gagner quatre positions grâce à un bon départ. Mais dès le troisième tour, c'était le drame. Il fut victime d'une effroyable chute, dans laquelle il percuta les barrières de sécurité à 150 km/h avant d'être projeté sur la piste, inconscient. Tandis qu'il était rapidement évacué en hélicoptère vers l'hôpital le plus proche, entre la vie et la mort, la course continua, voyant Rossi reprendre Biaggi puis Capirossi, et finalement s'imposer avec autorité.

L'un des grands espoirs du MotoGP

Deux semaines plus tard, le 20 avril, Daijiro Kato décédait de ses blessures à l'âge de 26 ans, laissant derrière lui de jeunes enfants et une équipe dévastée, dirigée par un Fausto Gresini qui ne s'en remettrait jamais vraiment.

Kato était l'un des grands espoirs du MotoGP, à la tête d'un palmarès impressionnant acquis en seulement trois années complètes au niveau mondial, après avoir été repéré par Honda dans les séries nationales. Il impressionna en 1997 et 1998 en remportant le GP du Japon 250cc alors qu'il n'y participait qu'en tant que wild-card.

Une fois titularisé, il se battit d'emblée pour le titre en quart de litre, marquant des points à toutes les courses en 2000 et s'imposant quatre fois sur un total de neuf podiums, avant d'assommer le championnat l'année suivante. En 16 départs, il décrocha un nombre record de 11 victoires et établit une nouvelle référence en termes de points marqués (322).

Logiquement promu en MotoGP en 2002, il y réalisa une très bonne première saison en finissant septième du classement général grâce notamment à deux podiums, malgré un nombre d'abandons inhabituel pour lui, signe d'un nécessaire travail d'adaptation à la catégorie. Mais fort de cette expérience, il était porté par de grands espoirs pour la saison 2003, considéré comme la relève des pilotes japonais.

Daijiro Kato, au GP du Japon 2003

Daijiro Kato, au GP du Japon 2003

La sécurité du circuit pointée du doigt

Six mois plus tard, les conclusions rendues par la commission d'enquête missionnée par Honda écartèrent toute responsabilité mécanique de la moto, expliquant le début de l'accident par une perte d'adhérence arrière qui allait déséquilibrer le pilote. Ces conclusions révélèrent que la violence de l'impact de Kato contre les barrières de sécurité avait été la cause principale de son décès. Elles ont toutefois également pointé du doigt les secondes barrières, en mousse cette fois, vers lesquelles le #74 avait été projeté : il s'était retrouvé un instant coincé entre cette mousse et sa moto, puis il avait heurté cette surface molle avec la tête, avant d'être projeté dans les airs et sur la piste. Une dynamique d'une violence extrême.

"S'il n'y avait pas eu d'écart entre les barrières, Kato n'aurait pas percuté le côté de la barrière en mousse, ce qui aurait changé l'étendue et le type de ses blessures", statua la commission d'enquête. Elle précisa toutefois qu'il n'y avait "jamais eu auparavant d'accident mortel sur le lieu de l'accident", avant d'ajouter que "bien que les améliorations du tracé en aient fait un endroit plus technique, le lieu de l'accident n'a pas été identifié comme dangereux lorsque chacune des équipes en compétition a effectué ses séances d'essais. Le tracé a également été certifié par la FIM, toutes les vérifications finales ont été effectuées pour l'organisation de la course, et personne, y compris les pilotes, n'a perçu que la zone était dangereuse."

Malgré cela, le circuit vit sa popularité entachée. Des travaux furent engagés afin de sécuriser les parties jugées dangereuses et ainsi continuer d'accueillir le MotoGP dès 2004, mais ceux-ci ne purent être réalisés à temps, et le circuit de Motegi prit le relais pour la première manche japonaise de la saison... et toutes les suivantes. Suzuka fut définitivement oublié du calendrier, et Motegi devint la piste de référence du Grand Prix du Japon.

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