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Actualités

Albesiano découvre Honda : une qualité de projet "très supérieure aux résultats"

Vu comme l'incarnation de méthodes européennes dont Honda souhaiterait s'inspirer, Romano Albesiano ne veut toutefois pas lancer de révolution au sein du constructeur japonais. Le nouveau directeur technique note une qualité toujours présente dans le projet de la marque, avec surtout des erreurs passées à rectifier.

Romano Albesiano, Honda HRC

Photo de : Gold and Goose / Motorsport Images

Il est celui qui doit incarner le changement de philosophie auquel Honda est tant exhorté à se soumettre depuis que ses performances ont commencé à dangereusement dégringoler. Romano Albesiano a pris son poste de directeur technique au 1er janvier et commencé à observer le fonctionnement d'un constructeur qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut en MotoGP. Sa mission ? "Qu'il nous aide et apporte une technologie ou des connaissances différentes, qui sont actuellement utilisées en Europe", décrit Alberto Puig, à la tête de l'équipe officielle du HRC.

Débaucher Albesiano aura été une prouesse pour Honda, mais aussi le signe le plus fort que pouvait envoyer la marque, tant l'ingénieur italien est étroitement lié à la résurrection d'Aprilia et, implicitement, aux méthodes européennes. Celui-ci sait qu'au-delà de ses compétences techniques, c'est aussi cet aspect de son CV qui a fait de lui une recrue intéressante.

"Aprilia et Honda représentent deux cultures très différentes, italienne et japonaise. Toutes deux ont évidemment des points forts très importants", explique le nouveau directeur technique dans une interview pour GPOne. "Il y a la volonté du monde japonais d'avoir une interaction avec une approche différente, qui est celle européenne. Il y a déjà beaucoup d'Européens chez Honda, mais je crois que c'est la première fois que cela arrive à une position décisionnaire. C'est donc une étape importante pour eux et je fais de mon mieux pour faire en sorte que cela réussisse."

"Il faut certainement une approche déterminée, en prenant peut-être des risques. Une approche un peu plus européenne peut probablement aider. Mais je ne crois pas qu'il faille une révolution", juge-t-il néanmoins. "C'est une usine qui a gagné tellement et qui a une tradition en ce sens, elle n'a pas besoin d'une révolution. Elle a besoin de mettre ce projet au point, de résoudre certaines choses, mais je suis clairement optimiste sur le moyen terme. Il y a eu une série d'erreurs ayant mené Honda vers le bas, mais rien de dramatique ni d'irrécupérable."

Le moteur ne doit pas occulter le reste du package

On se souvient de la colère de Marc Márquez à l'été 2022, lorsqu'il avait interrompu sa convalescence pour venir parler aux ingénieurs lors du GP d'Autriche et, fait rare, haussé le ton en privé comme en public dans l'espoir de provoquer un changement en mettant en avant l'époque la communication difficile entre les différents pôles. Deux ans et demi plus tard, la mutation commence donc enfin à s'opérer, mais il serait injuste, selon Romano Albesiano, d'estimer que rien n'a été fait dans cet intervalle.

"Je suis arrivé depuis très peu de temps et j'essaye de comprendre les points forts et les points faibles du projet, qui peuvent être techniques mais pas uniquement. Je dois dire que j'ai découvert une réalité très bonne du point de vue de la moto en elle-même", souligne-t-il. "Il y a clairement quelques points à combler, mais on voit qu'il y a eu un gros travail, et de qualité. Disons que la qualité du projet et les résultats de l'année dernière ne se font pas écho. La qualité du projet est très supérieure aux résultats, il faut donc faire en sorte de mélanger l'ensemble afin de progresser."

Luca Marini (Honda HRC)

Luca Marini (Honda HRC)

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Après cette courte phase d'observation du nouveau directeur technique, la hiérarchie des éléments à améliorer fait apparaître assez aisément le talon d'Achille de la RC213V. "Pour le moment, en écoutant aussi les pilotes, il semble y avoir une forte limite avec ce moteur. J'ai comparé avec la Ducati et il nous manque 7 km/h en ligne droite. Actuellement, nous en avons récupéré un, mais il en reste six à reprendre", pointe-t-il.

"Comme toujours, il faut travailler sur tous les fronts. La vitesse en bout de ligne droite découle de la performance du moteur, mais aussi de la manière dont on sort du virage précédent. Il faut donc faire attention à bien comprendre où se situe le problème."

"Sur le moteur, nous prévoyons des interventions. Sur ce point, plus il y en a, mieux c'est. Mais il faut aussi comprendre la manière dont se construit la vitesse, et donc travailler sur la façon dont la moto tourne, sur le grip dans la première phase [d'accélération], la manière dont la moto se soulève et dont la puissance est transmise au sol. C'est un ensemble sur lequel il nous faut travailler. Je ne crois pas que ce soit juste le moteur."

De premiers signes encourageants selon les pilotes

Le premier effet de l'arrivée de Romano Albesiano est resté faiblement ressenti par les pilotes lors des tests de ce mois de février, les pièces qu'ils ont eu à essayer ayant été projetées et développées bien avant que le nouveau directeur technique ne prenne ses fonctions. Ils ont néanmoins pu souligner certains signes perceptibles à leur niveau.

"C'est bien. Je pense qu'il fait déjà de bonnes choses, pas vraiment pour concevoir des choses ou en inventer sur la moto, mais du côté de l'organisation", a ainsi témoigné Luca Marini. "Il a été intelligent cet hiver, pour faire deux choses qui ont aidé afin d'arriver [sur les tests] avec le meilleur package possible." On n'en saura toutefois pas plus, car le pilote italien ne peut préciser ce que sont ces deux choses auxquelles il fait référence : "Je ne peux pas le dire, évidemment."

Joan Mir, quant à lui, témoigne d'une atmosphère toujours aussi studieuse dans le garage, mais de premiers progrès en matière de communication interne dus à l'ensemble de la réorganisation effectuée. "Maintenant, on a une équipe d'essais qui fonctionne bien et on a l'énergie de Romano dans le garage, ce qui met en place une communication avec les Japonais. Je pense aussi que les Japonais acceptent très bien ce qu'il se passe avec la présence de Romano. Pour le moment, je suis content de la structure", indique le champion du monde 2020.

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

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