Aleix Espargaró surmotivé pour le titre : "Je n'ai rien à perdre"

Aleix Espargaró a beau être le vétéran du MotoGP, il n'a pas l'intention de partir vaincu face aux jeunes loups. Galvanisé par les années difficiles qu'il a connues, il leur oppose toute sa hargne dans la lutte pour le titre.

Aleix Espargaró surmotivé pour le titre : "Je n'ai rien à perdre"
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Des trois pilotes qui se sont détachés au championnat, Aleix Espargaró a beau être le plus âgé, il est aussi le plus frais face aux plus hauts enjeux. À l'entame de la saison, il était encore le seul du plateau MotoGP à n'afficher ni titre, ni même victoire, toutes catégories confondues. À 33 ans, jamais il ne s'est classé plus haut que septième dans un championnat, aussi sa saison aux avant-postes a-t-elle des allures de rêve éveillé pour lui.

"On ne parle pas de moto", explique-t-il en évoquant sa femme dans une interview pour le site officiel du MotoGP, "mais un jour on était allongés au soleil et elle m'a dit 'tu imagines si tu gagnes le titre ?' et je me suis presque mis à pleurer parce qu'elle ne me dit jamais rien de tout ça. Alors j'étais… Pff, je n'arrivais pas à l'imaginer, franchement, ce serait incroyable", imagine-t-il, des étoiles plein les yeux et la voix tremblotante.

Il faut dire qu'Aleix Espargaró peut effectivement oser se projeter, car au guidon d'une RS-GP plus affûtée que jamais, il est au rendez-vous quasiment partout. Victorieux en Argentine, il est monté quatre autres fois sur le podium et a systématiquement vu l'arrivée des courses dans les points, fait unique parmi les pilotes de cette année. Voilà qui lui a permis d'occuper un temps la place de leader et qui explique qu'il n'affiche que 33 points de retard à ce stade, alors qu'il reste six courses à disputer.

S'il a connu une phase quelque peu difficile cet été, avec une blessure et des pistes qui ne lui plaisaient pas vraiment, le pilote espagnol n'en demeure pas moins ultra motivé, prêt à mordre à pleines dents dans ce que cette saison a encore à lui offrir. "Moi, je n'ai rien à perdre. Cette année est comme un cadeau et j'ai 33 ans. Quoi qu'il arrive, ce sera mieux que mes années passées, alors je vais essayer de prendre du plaisir jusqu'au dernier tour à Valence et je vais me battre jusqu'au bout", prévient-il.

"J'ai beaucoup souffert ces cinq ou six dernières années avec Aprilia. La façon dont je pilote et le plaisir que je prends avec l'atmosphère qui règne dans le stand, c'est quelque chose pour lequel j'ai vraiment travaillé, alors maintenant que je suis arrivé à ce niveau je veux m'amuser", poursuit-il. Et d'ajouter, déjà ambitieux pour la suite : "Que je gagne ou pas cette année, je pense qu'on aura une autre chance l'année prochaine. Je ne sais pas ce qui se passera en 2024, car c'est trop loin, par contre 2023 est très proche et je pense que l'année prochaine aussi sera très sympa pour nous."

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Cette motivation à toute épreuve, Aleix Espargaró la lie directement aux changements opérés en interne chez Aprilia après de premières années particulièrement rudes durant lesquelles il a porté à bout de bras l'évolution de la moto italienne. Souvent, il fait l'éloge de Massimo Rivola, dont les méthodes ont permis de réorganiser de façon efficace les différents pôles de l'équipe et dont l'arrivée à Noale est aussi intervenue au bon moment pour le convaincre de prolonger sa carrière.

"Dès que j'ai signé avec Aprilia, j'ai cru que ce moment pourrait arriver, que je pourrais mener la moto au sommet, me battre pour des podiums. Peut-être pas pour le championnat, mais pour des podiums. Dès que je suis monté sur la moto à Valence [fin 2016], je me souviens avoir dit à Romano [Albesiano] et à mes mécaniciens que cette moto était très bonne, qu'elle avait beaucoup de potentiel. Mais à partir de ce moment-là, les choses ont complètement changé", se souvient-il.

"On a perdu la voie, donc j'ai un peu perdu confiance. À un moment donné, j'avais le sentiment de vraiment bien piloter. Franchement, je ne pilotais pas moins bien qu'aujourd'hui. Mais la moto ne fonctionnait pas, on avait beaucoup, beaucoup de problèmes. Je suis quelqu'un de très positif mais à certains moments pendant cette aventure j'ai perdu la foi."

"Quand j'ai commencé à travailler avec un psychologue, à Barcelone, j'étais déjà pratiquement parti. J'ai décidé avec ma femme que si on ne parvenait pas à progresser d'ici fin 2018 ou 2019, je trouverais un autre travail, autre chose à faire. Je rentrais chez moi après les courses et j'étais vraiment en colère, je ne prenais pas de plaisir dans la vie. Et puis, heureusement, Massimo est arrivé et à partir de 2019 on a commencé à beaucoup changer les choses chez Aprilia."

Un premier tournant en 2019, un deuxième en 2023 ?

Loué pour ses qualités de management et notamment sa loyauté envers les pilotes, Massimo Rivola concède en toute modestie que "c'est [sa] façon de travailler", lui qui a mené une grande partie de sa carrière en Formule 1 avant de rejoindre Aprilia en 2019. "Je ne sais pas si je fais quelque chose de nouveau, différent ou spécial, mais c'est comme ça que j'ai commencé en 1998 et j'ai eu de bons exemples en ce sens avec Stefano Domenicali et Giancarlo Minardi, et je pense que ça paye. Mais quand les choses se passent bien c'est plus facile ! Nous verrons dans les mauvais moments si ça paye ou non."

L'administrateur délégué d'Aprilia Racing s'attend-il à des mauvais moments en 2023 ? Toujours est-il qu'il ajoutera un nouvel élément dans le bien-être qu'il cherche à apporter aux pilotes et la performance après laquelle court le constructeur, puisqu'une deuxième équipe alignera des RS-GP. Autrefois surtout porté par Espargaró, le projet continue donc à prendre de l'ampleur, entre un Maverick Viñales désormais capable de briller avec la RS-GP et ce nouveau cap qui sera franchi avec l'arrivée du team RNF dans le giron.

Massimo Rivola,  Aleix Espargaro, Aprilia Racing Team

Massimo Rivola et Aleix Espargaró

Ravi de voir la marque se renforcer, Espargaró n'a aucun doute sur la capacité des futurs pilotes de l'équipe satellite à contribuer aux progrès de la RS-GP : "Ce sont deux pilotes très rapides et je pense qu'ils ont un très bel avenir car ils sont encore très jeunes. J'espère qu'ils vont pouvoir nous aider à développer la moto et à nous battre contre huit Ducati pour le championnat. J'ai vraiment hâte de voir comment ils vont réagir quand ils vont piloter la moto à Valence."

"Massimo est très intelligent et il est en train de construire un groupe vraiment fort", observe son coéquipier Maverick Viñales, en référence à l'arrivée de Miguel Oliveira, pilote le plus victorieux au guidon de la KTM, et de Raúl Fernández, auteur d'une première campagne difficile mais toujours considéré comme un grand espoir après sa belle saison 2021 en Moto2.

"J'aime vraiment les gens qui ont quelque chose de spécial, et je pense que nous avons à présent quatre pilotes qui ont quelque chose de spécial alors j'en suis très heureux", observe quant à lui Massimo Rivola. "Dans le même temps, nous avons quelqu'un qui a du talent mais qui n'a jamais eu la possibilité de le montrer, à savoir Aleix, et le fait que le gros travail abattu paye est quelque chose dont les autres peuvent tirer des enseignements. Je pense que nous aurons un bon mélange, très fort."

Aux yeux d'Aleix Espargaró, Aprilia a désormais une structure suffisamment solide pour pouvoir bénéficier des données apportées par cette deuxième équipe, mais le Catalan ignore encore comment le travail d'Oliveira et Fernández s'intégrera dans celui actuellement en cours au sein de l'équipe officielle.

"Je ne pense pas que quiconque ait la réponse pour le moment", souligne-t-il. "L'organisation chez Aprilia s'est beaucoup améliorée ces dernières années et ils sont maintenant prêts à fournir une équipe satellite, Raúl et Miguel auront une moto compétitive, mais avoir une équipe satellite c'est quelque chose de nouveau pour tout le monde chez Aprilia. Alors on verra comment ils travailleront, comment ils pourront nous aider, quel matériel ils auront. Il faut qu'on avance pas à pas. Mais il est certain que ce sera important d'avoir des pilotes aussi forts et deux motos comme la mienne en plus pour progresser et élever le niveau."

Avec Charlotte Guerdoux

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