En une victoire, Aleix Espargaró balaye les doutes du passé

Aleix Espargaró a souvent dû composer avec le doute, celui qu'il a pu ressentir lui-même face à une carrière avare en satisfactions, comme celui qui a longtemps pesé sur les chances de réussite d'Aprilia. En raflant la mise en Argentine, il a réglé ses comptes avec le passé.

Aleix Espargaro, Aprilia Racing Team

La victoire d'Aleix Espargaró et d'Aprilia, c'est celle des outsiders, celle du seul pilote du plateau MotoGP 2022 dont le palmarès n'affichait aucun succès, quelle que soit la catégorie, et celle du seul constructeur bénéficiant encore des concessions accordées aux marques aux palmarès les plus faibles.

Pour le pilote espagnol, le succès décroché dimanche en Argentine a été source de joie, d'émotion, de fierté, des sentiments auxquels il a associé son équipe, bien sûr, ainsi que tout son entourage. Mais il a aussi eu une pensée pour tous ceux qui ont pu dénigrer le programme du constructeur italien ces dernières années et douter qu'il puisse un jour réussir.

"Je me souviens très bien de quand j'étais chez Suzuki avec Maverick [Viñales], que je suis parti car je n'étais pas assez compétitif et qu'Aprilia m'a appelé. Je n'étais pas du tout au sommet de la liste des pilotes rapides, mais personne n'allait là-bas. Les pilotes rapides ne voulaient pas y aller, personne ne croyait au projet, donc dès le premier jour j'ai dit que je voulais essayer de placer cette moto au top. Je ne pensais pas que ça prendrait si longtemps, mais on y arrive enfin", se félicitait-il dimanche soir.

Aux manettes depuis 2017, le pilote espagnol a vu les coéquipiers se succéder et il a été témoin de la défiances de jeunes talents envers cette équipe, qui n'avait pas encore fait ses preuves. "Il y a trois ans, on a essayé de convaincre des jeunes pilotes, et ils ont dit qu'ils préféraient attendre une autre moto", a-t-il rappelé. Plus récemment encore, à la suite de la suspension d'Andrea Iannone, Aprilia a tenté de recruter bien des pilotes qui ont poliment décliné, d'Andrea Dovizioso à Cal Crutchlow, en passant par Marco Bezzecchi ou Joe Roberts.

"Ça m'a donné encore plus de hargne, ça m'a donné une motivation supplémentaire", a affirmé Espargaró. "Je me suis dit 'OK, vous allez vous souvenir de ce jour comme d'un mauvais jour dans votre vie, celui où vous avez dit non à Aprilia'."

"[Samedi] j'étais très content parce que Sam Lowes, Scott Redding, [Andrea] Iannone, tous les pilotes qui ont couru avec l'Aprilia, m'ont envoyé un message", a-t-il ajouté en évoquant les félicitations reçues après la première pole position de la RS-GP. "Ils étaient très, très contents pour moi et pour Aprilia. Ils savent à quel point ça a été dur, à quel point la moto était loin avant. Le niveau qu'on montre à présent est bon. Il reste beaucoup à faire mais je pense que les jeunes pilotes du Moto2 et du Moto3 commencent à prendre le projet Aprilia un peu plus au sérieux, comme une option pour l'avenir. Et c'est super aussi pour le championnat, car il y a maintenant beaucoup de constructeurs qui sont forts, on peut pratiquement gagner avec toutes les motos."

Aleix Espargaro, Aprilia Racing Team

Aleix Espargaró fête sa victoire avec l'équipe Aprilia

À titre personnel aussi, cette première victoire est une étape importante dans le parcours d'Aleix Espargaró, unanimement salué par ses pairs dimanche soir. Lui qui est arrivé dans le Championnat du monde il y a 18 ans, jamais encore il n'avait réussi à gagner une course en 283 départs, quelle que soit la catégorie. Aujourd'hui, à 32 ans, il intègre enfin le clan des vainqueurs et peut oublier les moments de doutes pas si lointains.

"Il y a trois ans, je n'avais plus d'énergie, mon réservoir était complètement vide. J'ai dit à ma femme : 'Laura, je ne peux pas continuer, je ne prends pas de plaisir. Je suis encore jeune, essayons de faire autre chose'. Et elle m'a vraiment beaucoup aidé", a expliqué le pilote auprès du site officiel du MotoGP. "Avec l'arrivée de Massimo Rivola aussi, tout a commencé à changer. Je crois toujours en ce projet. Je crois qu'on le mérite parce qu'on a travaillé très, très dur. Gagner une course et prendre la tête du championnat, c'est toujours fantastique, peu importe la moto qu'on a, mais si on le fait avec Aprilia c'est encore mieux, donc je suis très heureux."

"J'ai une vie de rêve, mon job est ma passion, je suis payé pour ça, j'ai une famille magnifique, j'ai la vie dont tous les enfants peuvent rêver. Je ne gagnais pas, j'avais beaucoup de mal, mais c'était mon travail et j'étais toujours content d'être là. Bien sûr, il y a eu des moments où ça n'était pas facile car je sentais que je pilotais bien. Souvent au cours de ma carrière, je n'étais pas assez rapide, je ne pouvais pas montrer mon potentiel parce que je n'avais pas la bonne moto. Mais c'est comme ça, c'est le job et j'ai toujours travaillé très dur, et finalement, les résultats arrivent."

"Certains pilotes peuvent gagner un titre très jeunes et, au bout de deux ans, ils disparaissent et rentrent chez eux. On a beaucoup d'exemples de pilotes 125cc ou Moto3 qui ne sont plus là. Pour moi, c'est l'inverse, je suis comme le vin rouge ! Je vais donc maintenant essayer d'obtenir tous les bons résultats que je n'ai pas obtenus quand j'étais jeune."

Ce ne serait pas juste pour moi de m'arrêter maintenant.

Aleix Espargaró

Voilà un programme prometteur ! Se voyant comme une sorte de bon vin, qui aurait enfin atteint la maturité pour livrer l'excellence de ses saveurs, Aleix Espargaró ne peut ignorer qu'après avoir pensé tout arrêter il y a moins de trois ans, il va devoir rapidement réfléchir à son avenir, son contrat arrivant à échéance à la fin de la saison en cours. Dimanche, il a admis qu'avoir enfin pu goûter à la victoire lui donnait envie de continuer.

"Ça ne serait pas juste pour moi de m'arrêter maintenant", a-t-il affirmé. "Après tout le travail que j'ai fait, je n'ai jamais gagné auparavant, je n'ai jamais été en tête ni été l'un des plus forts de l'une ou l'autre des catégories, donc pour être juste avec moi je pense qu'il est bon de courir encore au moins un ou deux ans."

"Je me sens assez bien physiquement et j'aime piloter, donc je ne me soucie pas trop de l'avenir. Je veux apprécier cette année, essayer d'être compétitif et rapide, et j'ai clairement encore l'énergie pour continuer à courir. Dans le même temps, je dois dire qu'il m'est très difficile d'être loin de ma famille, vraiment très difficile. Si j'arrive à gagner des courses et à être en tête du championnat, tout sera un peu plus facile, alors je vais maintenant essayer de poursuivre sur cette lancée."

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