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Aleix Espargaró, la victoire morale d'un pilote hors normes

Aleix Espargaró fera ses adieux au MotoGP à la fin de la saison 2024, au terme d'une carrière longue et peu classique, au cours de laquelle il a apporté une contribution essentielle à deux constructeurs et fait taire les sceptiques en atteignant son plus haut niveau après 30 ans.

Aleix Espargaro, Aprilia Racing Team

Le GP de Catalogne qui se tenait à Barcelone, au mois de mai, était le lieu tout trouvé pour Aleix Espargaró pour annoncer la nouvelle : il ne sera plus pilote MotoGP à temps plein à la fin de l'année. Il a grandi à Granollers, à deux pas du circuit, et avec son frère Pol, de deux ans son cadet, ils pouvaient entendre les motos depuis la salle de classe quand ils étaient enfants, nourrissant le rêve de devenir un jour pilotes.

C'est à Barcelone qu'Aleix a décroché son premier podium, en 2011 dans la catégorie Moto2, puis la première pole de Suzuki dans son programme lancé en 2015, et c'est là aussi qu'il a contribué au premier doublé d'Aprilia en MotoGP, la saison dernière.

À bientôt 35 ans, il se résout à mettre un terme à une carrière qui l'a mené sur la scène des Grands Prix en 2004, avec comme premier résultat une 24e place au GP de Valence 125cc. Le fait qu'il ait aujourd'hui trois victoires en MotoGP à son actif (cinq, si l'on compte également ses succès en course sprint, obtenus à Barcelone ces deux dernières années) va à l'encontre de ce que beaucoup attendaient de la part d'un pilote dont les efforts n'ont, pendant longtemps, pas été récompensés et sont passés inaperçus.

"Il a fait taire beaucoup de gens ces dernières années", faisait remarquer Fabio Quartararo lorsqu'Aleix Espargaró a annoncé sa décision, lors d'une conférence de presse à laquelle ont assisté certains de ses adversaires et amis pilotes, notamment Jorge Martín, en larmes.

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Longtemps, Espargaró a affiché l'un des palmarès les moins garnis. Quand a débuté la saison 2022, il était le seul de la grille MotoGP à ne compter aucune victoire, toutes catégories confondues. Il n'allait finalement mettre que trois courses pour ouvrir son compteur en remportant son premier succès, si libérateur.

"Il y a beaucoup de pilotes qui ont gagné beaucoup plus que moi mais j'ai tout donné, j'ai travaillé très, très dur", faisait-il remarquer en annonçant son départ. "J'ai souvent eu le sentiment de ne pas avoir le talent d'autres pilotes mais en travaillant dur j'ai atteint un niveau assez élevé. Ces deux ou trois dernières saisons avec Aprilia ont été incroyables, j'ai vécu un rêve. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé d'arrêter, parce que ça me suffit, je me suis beaucoup amusé."

Le chemin vers la plus haute marche du podium en MotoGP a été ardu pour Espargaró, et il n'a de toute évidence jamais affiché un talent pur comparable à celui des plus grands. Mais le dévouement et la foi inébranlable qu'il a investis l'ont mené loin.

De roi des CRT à la victoire en MotoGP

C'est en 2009 qu'il a fait son entrée dans le peloton MotoGP, remplaçant pendant quatre courses sur une Ducati du team Pramac, avec des points à la clé à chaque fois. Passé à temps plein en 2010, il s'est à nouveau montré solide, engrangeant 65 points malgré des blessures et devançant son coéquipier, Mika Kallio.

Espargaro built his reputation on CRT bikes before getting his first podium with Forward Racing Yamaha in 2014

Aleix Espargaró a bâti sa réputation sur les motos répondant aux règlements CRT et Open.

Photo : Kevin Wood / Motorsport Images

Un retour en Moto2 lui a permis de monter pour la première fois sur le podium, avant que le règlement CRT introduit en MotoGP ne lui offre la possibilité de revenir dans la catégorie reine avec une moto dérivée de la série alignée par Aspar. Roi des CRT en 2012 et 2013, Espargaró a dominé ce championnat dans le championnat, avant de passer chez Forward sur une Yamaha répondant au règlement Open en 2014. En pole à Assen, il est monté sur le podium du GP d'Aragón, battant Cal Crutchlow et sa Ducati sous la pluie.

En 2015, il est devenu pilote d'usine pour Suzuki, pour qui il s'est révélé être un solide rapporteur de points pendant deux ans. Si la victoire de son jeune coéquipier Maverick Viñales a fait les gros titres en 2016, son expérience dans le développement de cette moto a contribué à placer Suzuki sur la bonne voie pour décrocher le titre quatre ans plus tard.

Entre-temps, Espargaró était passé chez Aprilia où les premières années allaient se révéler éprouvantes. Momentanément tenté par la retraite, il s'est laissé convaincre par l'arrivée de Massimo Rivola à la tête du programme en 2019 et est alors devenu le "capitaine" de cette équipe qui n'allait cesser de progresser. Sous son leadership et porté par sa persévérance, le constructeur italien a ouvert une nouvelle ère. C'est Espargaró qui a offert à Aprilia son premier podium MotoGP en 2021, avant la première victoire en 2022 et même un championnat longuement vécu parmi les premiers.

Espargaro became a race winner at Aprilia, a squad he has been intrinsic into developing

Aleix Espargaró est entré dans le cercle des vainqueurs MotoGP avec Aprilia.

Photo : MotoGP

"Je pensais être meilleur que ce que je faisais au début avec les CRT", a admis le pilote espagnol avec le recul qu'il peut avoir aujourd'hui. "Je crois que je ne suis pas assez bon pour être Champion du monde MotoGP mais j'ai démontré pendant ces années, particulièrement chez Aprilia, que je suis un bon pilote."

"J'ai peut-être plus de talent que ce que j'ai toujours cru mais le truc c'est que je travaille très, très dur et au final je prouve qu'avec du talent mais sans travail, on ne va nulle part. Je suis très fier de ce que j'ai réalisé ces trois dernières années de ma carrière. Si on m'avait dit que j'allais gagner des courses et me battre pour le titre jusqu'à la fin de la saison avec une Aprilia… Ça a été plus que suffisant pour moi."

Je crois que je ne suis pas assez bon pour être Champion du monde MotoGP mais j'ai démontré que je suis un bon pilote.

La place centrale qu'il occupe chez Aprilia a aussi contribué à faire venir Maverick Viñales dans l'équipe, puis Jorge Martín qui le remplacera la saison prochaine. Au cours de ses 13 saisons complètes en MotoGP, Espargaró n'a été battu qu'une seule fois au championnat par son coéquipier − et c'était Viñales en 2016. Beaucoup de ceux qui ont partagé un stand avec le #41 n'étaient sans doute pas à son niveau, ce qui fausse quelque peu les statistiques, mais les premières années chez Aprilia, aussi rudes aient-elles été, ont vraiment montré à quel point l'Espagnol s'était investi pour obtenir des résultats.

Depuis sa résidence en Andorre, Aleix Espargaró est devenu ces dernières années un exemple pour tout sportif, avec un régime alimentaire et un entraînement digne d'un cycliste professionnel. Impliqué, il l'est tout autant en dehors de ce qui peut lui servir en piste, plus impliqué que personne sur les questions de sécurité notamment. Espargaró, c'est aussi un caractère entier, parfois impétueux, qui ne lui a pas valu que des amis.

Questionné pour savoir si son caractère a pu le limiter, il n'a pas hésité à faire son mea culpa : "Clairement. Ça a des avantages et des inconvénients. À de nombreuses reprises pendant ma carrière, j'aurais dû utiliser mon cerveau plus que mon cœur."

"Récemment, j'ai fait beaucoup d'erreurs avec d'autres pilotes et j'ai toujours parlé avec eux, ils savent comment je suis", s'est-il défendu. "Je ne suis pas un mauvais gars, mais je suis quelqu'un qui vit les choses au maximum. C'est aussi pour ça que j'ai décidé de m'arrêter parce que je n'ai plus la force pour tout vivre comme ça, à fond. Souvent, ça pourrait être mieux d'utiliser son cerveau mais chacun est comme il est. Au final, je pense être une bonne personne mais quand on vit comme ça, on fait parfois des erreurs."

Certes, son taux de réussite n'est pas extraordinaire, mais depuis qu'il pilote une RS-GP capable de gagner, sa régularité est exemplaire. En sept Grands Prix cette année, il affiche une moyenne de 11,7 points par week-end, tandis qu'elle était de 10,3 la saison dernière. Avec un barème différent à l'époque, sa moyenne était passée de 6,6 à 10,6 points par Grand Prix entre 2021 et 2022.

C'est maintenant que la RS-GP est devenue l'une des meilleures motos du plateau et qu'il a régulièrement de vraies chances de podiums et de victoires qu'Aleix Espargaró a décidé de raccrocher, alors qu'Aprilia lui aurait sans difficultés proposé un nouveau contrat. On peut facilement trouver des pilotes qui ont gagné plus souvent que lui, mais rares sont ceux qui ont la possibilité de partir selon leurs conditions. Aleix Espargaró aura écrit son histoire, à sa manière, avec détermination, et cela force le respect.

Espargaro was emotional as he announced his imminent departure from MotoGP, and will be a tough act to follow

Grosse émotion pour Aleix Espargaró à l'annonce de sa retraite.

Photo : Gold and Goose / Motorsport Images

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