Andrea Iannone a fini le Grand Prix "KO" mais heureux et fier de lui
Heureux de recevoir l'opportunité inespérée de disputer un Grand Prix MotoGP au guidon de la Ducati, Andrea Iannone a vite été ramené les pieds sur terre lorsqu'il a senti que sa condition physique pouvait être bloquante, mais ça ne l'a pas empêché de savourer l'expérience avec une bonne dose d'auto-dérision.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Le passage d'Andrea Iannone dans le peloton MotoGP à Sepang, qu'il ait ou non une suite, aura été une expérience... Tant pour les journalistes, qui ont pu suivre des points presse peu ordinaires, durant lesquels le pilote a décrit les sensations extraordinaires de la Ducati à grand renfort de mimes et d'onomatopées, que pour Iannone lui-même qui a vécu ce à quoi il ne pensait plus pouvoir avoir accès.
Cinq ans après sa suspension pour dopage, celui qui fut pilote officiel Ducati, Suzuki et Aprilia a été rappelé par Valentino Rossi himself pour assurer l'intérim pendant la convalescence de Fabio Di Giannantonio, héritant contre toute attente de l'une des MotoGP les plus performantes qui soit.
Premier effet de cette participation : l'accueil chaleureux qui lui a été réservé. Le pilote de 35 ans, aujourd'hui réfugié en WorldSBK, ne s'attendait pas à "tout cet amour" qui lui a été exprimé dans le paddock. "Très reconnaissant" à l'égard de Valentino Rossi et de son équipe, "car sans eux, [il n'aurait] probablement plus jamais piloté de MotoGP", Iannone a savouré chaque instant.
"La vérité, c'est que le MotoGP a été toute ma vie. Je suis arrivé ici à 15 ans, j'étais tout petit, et j'ai passé la majeure partie de ma vie ici, avec des personnes qui, pour beaucoup, sont encore là. Ça fait quelque chose. Je suis heureux", a-t-il expliqué, tout en assurant avoir fait table rase du passé, sans s'étendre sur les raisons qui ont brutalement stoppé sa carrière après un contrôle antidopage positif.
Deuxièmement, il lui a fallu découvrir son environnement du week-end, avec une équipe VR46 qui lui a dit de s'amuser sans se soucier de rien, et une Ducati GP23 affublée d'un package aéro et de devices qu'il n'avait jamais expérimentés. "Quand je suis arrivé, ils m'ont un peu expliqué. Ils m'ont dit 'Alors, ici, ça l'abaisse ; ça, ça la relève ; appuie ici, appuie là…' J'ai dit 'OK, mais pour piloter c'est où ?'", s'en amusait-il en début de week-end.
Une fois lancé dans le programme, Iannone a pâti d'un manque évident d'automatismes, notamment pour gérer le variateur de hauteur qu'il s'est retrouvé, vendredi, à enclencher dans une portion imprévue de la piste. Il a aussi dû se faire à l'effet de l'appui aérodynamique, aux pneus ultra-performants d'aujourd'hui et réapprendre à utiliser des freins en carbone.
"Impressionnant", voilà le mot qu'il avait à la bouche au terme de la première journée, jugeant la moto "vraiment incroyable". "C'est une tout autre moto, une autre MotoGP, une tout autre histoire", assurait-il, détaillant les différences avec ce qu'il a connu : "Les points de freinage, l'entrée dans les virages et la vitesse de passage, c'est la plus grande différence. Incroyable. Il est très difficile de toucher la limite, elle est très, très élevée. Je crois qu'en 25 tours, je n'y suis pas arrivé. J'ai essayé de plus en plus à chaque tour et je n'ai pas senti la limite."
Une puissance de freinage sans égal
Il a noté que la Ducati GP23 a "plus d'agilité" que ce qu'il a connu par le passé, qu'elle est "plus facile à piloter, moins nerveuse, avec plus de stabilité, donc plus facile à manier", une moto "très fluide, [qui] tourne vraiment bien". Il a vite compris, cependant, que sa moto était aussi plus physique , mais "uniquement au freinage."
Et c'est là qu'aura été sa plus grande difficulté tout au long du Grand Prix, avec une puissance de freinage qui l'a fait souffrir. "Je me suis réveillé avec toutes les douleurs possibles qu'un homme puisse ressentir", expliquait-il samedi. "Tout à l'heure, je marchais avec les talons tellement j'avais mal aux doigts de pied ! Visiblement, je les ai utilisés eux aussi pour aller à fond dans le pilotage !"
L'expérience aura donc été plus extrême que ce à quoi il s'attendait, avec une MotoGP beaucoup plus physique que dans son souvenir. "Il faut bien se préparer. Moi, je suis venu ici mais c'est une folie. Ça va, ça fait de l'expérience. Maintenant, je sais ce qu'est une MotoGP. Avant, je ne savais pas. Je disais que c'était très physique, mais on n'imagine pas."
À l'issue de la deuxième journée, ce sont ses limites physiques qu'il pointait, surtout dans l'optique de la course dominicale, sachant à quel point le sprint l'avait déjà mis à rude épreuve. "Le sprint, j'en ai fait un tour, un tour avec mon potentiel. J'aurais facilement pu tourner en 1'59"6-1'59"7, mais il faut être préparé physiquement… Je n'avais aucune idée. En Superbike, on n'a pas 1% de la charge aérodynamique qu'on a ici, donc tout est très, très difficile."
"La moto te détruit au freinage", décrivait-il. "Elle freine très fort, accélère très fort, prend les virages très fort, et il faut tout le temps tout faire au maximum, parce que si on ralentit un peu, on perd énormément en termes de temps au tour."
Andrea Iannone ne sait pas s'il sera à Barcelone.
Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images
Andrea Iannone a eu le mérite de ne jamais tomber sur l'ensemble du week-end. En termes de résultats, il s'est illustré avec le neuvième temps de la première séance, avant de reculer vers le fond du classement. Avant les qualifications, son retard sur le temps de référence a oscillé autour de 1"8-1"9, puis il a réussi à battre cinq pilotes en Q1, avant de voir l'arrivée du sprint à 25"8 du vainqueur, et celle de la course longue à 47"5.
Iannone était très prudent sur ses objectifs, espérant surtout s'amuser, tout en nourrissant le secret espoir de trouver une possibilité de bien s'exprimer au guidon de la moto. Bien conscient que cinq ans d'absence sont énormes à l'échelle d'un championnat aussi compétitif que le MotoGP, il a néanmoins vu l'arrivée de l'épreuve longue, dimanche.
"Je suis KO", a-t-il admis après les 19 tours du Grand Prix. "J'ai été en survie pendant toute la course. Je faisais un tour lentement, un tour en attaquant, un tour lentement, un tour en attaquant… L'objectif était de finir la course et ça n'était pas facile."
"Il y a des endroits où je suis aligné sur les autres, comme dans le deuxième secteur. Le problème, c'est là où il faut freiner, j'y perds tout. Je n'ai pas encore les références. Je ne sais pas encore ce que peut faire la moto, alors je n'utilise pas au maximum, ni les pneus, ni les freins, ni l'aéro. Et, surtout, physiquement, je n'arrive pas à freiner fort. Ce sont des choses qui ne se font que sur la moto, on ne peut pas s'y entraîner à la maison. Les freinages avec la Superbike, ça n'est rien par rapport à cette moto-ci."
J'ai appris que je suis plus rapide que Bautista l'année dernière.
Il a beau se défendre d'avoir eu comme objectif de faire mieux qu'Álvaro Bautista lors de sa wild-card avec Ducati, l'an dernier sur ce même circuit (qui était toutefois blessé), la réponse de l'Italien a vite fusé lorsqu'il lui a été demandé, dimanche, ce qu'il avait appris de cette expérience : "J'ai appris que je suis plus rapide que Bautista l'année dernière. Voilà ce que j'ai appris."
"Au final, j'ai fait 15 secondes de moins que Bautista l'année dernière, qui avait fait quatre jours de tests, et moi rien. Mon élément de comparaison, ça doit être celui-là, ça ne peut pas être Bagnaia", a-t-il insisté, ayant pris l'Espagnol comme un repère tout au long du week-end, ce qui aura valu au double champion du WorldSBK quelques scuds gratuits.
Et puis, Iannone est reparti, assurant n'avoir aucune idée de ce que la suite lui réservera alors que VR46 aura encore besoin d'un remplaçant pour Di Giannantonio lors du dernier Grand Prix de la saison, à Barcelone. "Je me suis beaucoup amusé. Je repars en étant content parce que ça me fait plaisir de voir que je peux encore être rapide. C'est ça qui m'intéresse, et c'est tout. Je crois que tous ceux qui ont vu les données le savent, et c'est bien. Basta, j'ai fait ce que j'avais à faire ! Je ne devais pas faire de bêtises, je devais finir les courses et je pense avoir démontré que ma vitesse est assez bonne, et c'est tout."
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