Aucun relâchement permis pour Aprilia : "Il ne faut pas se croire les meilleurs"
Chez Aprilia, on commence à admettre du bout des lèvres que la RS-GP est aujourd'hui la référence de la grille MotoGP. Massimo Rivola veille toutefois à ne pas tomber dans un trop-plein de confiance.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Le GP de France a inscrit une nouvelle ligne dans le palmarès de plus en plus fourni d'Aprilia. Pour la première fois de son engagement en Grand Prix, la marque italienne a placé trois machines sur un podium MotoGP. Sa 12e victoire, rapportée par Jorge Martín, s'est en effet accompagnée de la deuxième place de Marco Bezzecchi, qui n'a pas encore quitté le podium dominical depuis le début de la saison, et de la troisième place d'Ai Ogura, qui y a quant à lui fait sa première visite.
"Une journée historique" aux yeux d'un Massimo Rivola extatique. "Cela signifie que l'usine de Noale a fait un travail formidable, les personnes ont fait un travail formidable, les pilotes aussi. C'est une grande récompense."
Ce triplé, aussi historique soit-il, s'inscrit pleinement dans la tendance de ce début de championnat. Si l'on observe les deux courses disputées à chacun des cinq Grands Prix, on dénombre 15 places dans le trio de tête occupées par Aprilia, contre 11 pour Ducati et quatre pour KTM. Et en ne comptabilisant que les courses principales, le taux de présence d'Aprilia sur les podiums passe de 50 à 66%.
Comment en arrive-t-on si haut, à peine quatre ans après la première victoire de cette moto ? "On travaille beaucoup et, surtout, on croit dans ce qu'on fait. Pour moi, c'est la chose fondamentale depuis la première victoire, en Argentine en 2022. Travailler et y croire, c'est la recette qui fonctionne toujours", explique Massimo Rivola, arrivé en 2019.
"Je suis quelqu'un qui croit beaucoup dans ses idées, dans celles de l'équipe, et j'essaye de le transmettre, de faire en sorte que les personnes travaillent au mieux. Nous avons un chef d'orchestre en la personne de Fabiano, qui est vraiment très bon pour cela, et à Noale un groupe de talents de très haut niveau."
Le PDG d'Aprilia Racing voit en effet dans ce succès groupé et récurrent les fruits du travail réalisé notamment par Fabiano Sterlacchini, recruté fin 2024 comme directeur technique et qui a su à la fois imprimer sa patte et orienter avec brio le développement de la RS-GP. Aujourd'hui, la moto est de plus en plus perçue comme une référence, même si les dirigeants du programme ont jusqu'à présent tenus à rester très prudents sur ce sujet.
Aprilia a décroché son premier triplé MotoGP au GP de France.
Photo de : Aprilia Racing
Sterlacchini lui-même indiquait récemment vouloir attendre le GP d'Italie, à la fin de ce mois, avant de véritablement oser croire dans les chances d'Aprilia dans ce championnat. Aujourd'hui, non seulement les performances devraient permettre d'avancer sans crainte la date fixée pour admettre cette hiérarchie, mais la blessure de Marc Márquez semble également ouvrir un boulevard à Aprilia. Pourtant, Massimo Rivola réaffirme prendre tout cela avec un maximum de pincettes.
"Je ne plaisante pas quand je dis que je ne regarde pas tellement les classements, que ce soit celui des pilotes ou des constructeurs", promet-il. "Je sais que nous avons une bonne moto, un bon package, de bons pilotes, que nous sommes une bonne équipe. [Mais] je pense qu'il est encore trop tôt."
"Je souhaite le meilleur à Marc, pour qu'il revienne dès que possible et en bonne forme, parce que nous voulons nous battre face au meilleur Marc possible. Il y a clairement des Ducati, il y a Pedro [Acosta], il y a beaucoup de pilotes. Si on continue à pousser comme ça, ça peut être une bonne année."
Il ne faut pas se croire les meilleurs, car si on se met à penser cela, on ralentit.
Surtout, le patron de Noale n'a pas l'intention de modifier son approche et celle de ses troupes, attentif à ne pas se laisser berner par la petite partie de championnat vécue jusqu'ici, encore modeste au regard des 22 Grands Prix prévus.
"Il ne faut pas se croire les meilleurs, car si on se met à penser cela, on ralentit. Chaque jour, nous devons pousser nos équipes, bien les motiver. Quand on obtient ce genre de résultats, ça aide beaucoup", souligne-t-il.
Massimo Rivola, PDG d'Aprilia Racing
Photo de : Marc Fleury
Pourtant, Massimo Rivola se laisse séduire par cette idée selon laquelle l'Aprilia serait finalement bel et bien la moto de référence de cette saison : "Oui, je pense que l'on peut dire aujourd'hui que l'Aprilia est la moto de référence, mais on parle de référence en matière de dixièmes. Je crois que Diggia et Pedro n'ont terminé qu'à une paire de secondes, donc on parle d'un rien. Aujourd'hui, il y a un petit quelque chose en plus, mais il suffit de se relâcher un instant pour le perdre."
Il y a toutefois des circonstances qui favorisent bel et bien Aprilia, une symbiose pilote-moto que remarque le patron du programme là où, au bout de cinq manches, la concurrence en est encore à tatonner pour diverses raisons.
"Aujourd'hui, nous avons deux pilotes qui ont la moto en main, deux pilotes qui sont clairement très forts, et tous les autres pilotes n'ont pas forcément cette alchimie avec leur moto. Nous devons donc profiter de cet avantage, marquer le plus de points maintenant et nous verrons où nous en sommes un peu plus tard."
Oui, je pense que l'on peut dire aujourd'hui que l'Aprilia est la moto de référence, mais on parle de dixièmes.
Après les cinq premiers Grands Prix, Aprilia occupe donc la tête des trois championnats : celui des équipes avec ses deux formations ; celui des constructeurs avec une avance de 34 points sur Ducati ; et celui des pilotes avec Marco Bezzecchi toujours leader, pour un point désormais sur Jorge Martín mais plus de 40 sur le troisième.
Le PDG savoure le fait de se retrouver dans cette situation avec l'Espagnol un an après la réunion lors de laquelle celui-ci a annoncé son intention de sortir de son contrat. "J'étais très convaincu de mes choix, de nos choix, de l'équipe, du fait que Fabiano pourrait nous faire faire le dernier bond en avant. J'ai toujours dit que Jorge gagnerait", assure-t-il.
"S'imaginer qu'exactement un an après, nous allions gagner… Sincèrement, je n'y avais même pas pensé. Je ne veux pas dire qu'à ce moment-là, on ne voyait pas la lumière au bout du tunnel, mais ne serait-ce que par rapport à sa situation physique, ça semblait très difficile."
Et Massimo Rivola apprécie aussi la progression qu'a connue Marco Bezzecchi, aujourd'hui solide candidat au titre. Lorsqu'il lui est demandé qui du pilote italien ou de la moto a le plus progressé, il lie étroitement les deux : "Ce qui est beau, c'est qu'ils ont vraiment grandi ensemble. Techniquement, il est certain que la moto s'est améliorée, mais elle l'a fait en particulier grâce à ses indications. Et lui, en tant que pilote, il a vraiment beaucoup progressé."
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