Bagnaia frustré et perplexe : "C'est hors de mon contrôle"
Un Pecco Bagnaia abattu demande des explications à Ducati après sa débâcle lors du sprint du GP d'Indonésie, où il est apparu plus lent que jamais.
Depuis plusieurs jours, c'est l'un des sujets les plus discutés dans le paddock : la renaissance de Pecco Bagnaia, impérial le week-end dernier au Japon, où il a dominé de bout en bout. L'ADN de la moto qu'il utilise désormais centralise bien des spéculations, même si l'on sait, notamment grâce à VR46, que le déclic observé lors du test de Misano est en rapport avec des pièces de l'an dernier.
Seulement, bien qu'il ait annoncé ne plus toucher à rien sur sa moto, Pecco Bagnaia a dégringolé de manière impressionnante dans la hiérarchie ce week-end, en Indonésie. Son sprint aura été extrêmement douloureux à suivre, relégué loin, très loin des places qui comptent.
Moins d'une heure après l'arrivée, le pilote italien est apparu plus abattu que jamais devant les journalistes, ou plutôt frustré de se trouver dans une situation qu'il ne comprend pas. "C'est plus une frustration, parce que je n'ai rien à montrer", a-t-il déclaré à la presse internationale. "J'ai démontré il y a une semaine ce que je suis capable de faire. Je suis juste frustré parce qu'il y a une semaine je gagnais, et aujourd'hui je suis dernier. En qualifs, j'ai poussé comme un dingue pour faire 16e, donc c'est qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne plus."
"Je n'ai plus rien à démontrer cette saison. Quand j'ai eu de bonnes sensations en pilotant, j'ai tout gagné dans le week-end, et maintenant j'ai retrouvé les sensations de Misano et du reste de la saison", a-t-il ajouté. Et Bagnaia d'expliquer au micro du diffuseur espagnol DAZN : "La seule bonne chose, c'est que Motegi est passé et que j'y ai eu le meilleur week-end possible. Je sais parfaitement, compte tenu du potentiel que j'avais là-bas, que je n'ai rien à prouver. Ce qui s'est passé aujourd'hui est quelque chose qui est hors de mon contrôle. J'ai tout donné, comme toujours."
Freinages et accélérations incontrôlables
Si ce week-end indonésien offre une hiérarchie atypique, avec notamment une performance plus faible que d'habitude de la part de Ducati et en particulier des GP25, la place de Bagnaia interpelle malgré tout. Dix-septième vendredi, il était 13e des derniers essais libres ce matin, avant de se qualifier 16e. Les deux autres pilotes disposant de la Ducati de cette année ont réussi à s'extraire de la Q1, mais pas lui.
Le sprint ne durait certes que 13 tours, mais il a tout eu du calvaire pour le champion du monde 2022-2023. Après avoir gagné une place au départ, il en a vite reperdu deux et s'est installé en queue de peloton, avec un retard qui n'a cessé de croître. Une fois l'arrivée enfin atteinte, il se trouvait à plus de 29 secondes du vainqueur.
Son meilleur tour a été plus d'une seconde plus lent que celui du pilote qui l'a devancé sous le drapeau à damier, à savoir Álex Rins sur la Yamaha. Et encore, il s'agissait d'un des deux seuls tours que Bagnaia a réussi à boucler dans les 1'31, alors que devant lui, tout le monde tournait en 1'30, voire en 1'29"6 pour ce qui est de la meilleure performance du vainqueur.
Je ne pilote pas, je suis passager de ma moto. Je ne peux rien contrôler.
"Ce matin, je n'ai pu terminer que 16e. Dans la course, j'étais 14e, à 29 secondes. Je continue à tout donner, tout ce que j'ai, et c'est comme ça", a-t-il constaté, éberlué.
Et Pecco Bagnaia de décrire une moto très loin de celle qui lui permet d'exprimer tout son talent : "Je ne pilote pas, je suis passager de ma moto. Je ne peux rien contrôler, j'ai beaucoup de mouvements. Je crois qu'à quatre reprises, je suis arrivé au premier virage et au virage 10 sans freins. À trois reprises, j'ai dû couper l'accélération. C'est difficile de courir comme ça, et même de faire un week-end comme ça quand on sait ce qui s'est passé il y a une semaine."
"Je ne peux pas freiner plus fort, parce que j'ai recommencé à perdre l'avant pratiquement à chaque virage. Je ne peux pas ouvrir les gaz, parce que je patinais beaucoup. Je ne peux pas bien accélérer parce que la moto secouait beaucoup. C'est étrange."
Pecco Bagnaia attend des réponses de la part de Ducati.
Photo de : Robertus Pudyanto / Getty Images
"Ce qui s'est passé aujourd'hui, pour moi, c'est inacceptable", a ajouté l'Italien lorsqu'il s'exprimait pour DAZN. La chaîne a tenté de savoir s'il jugeait cela inacceptable par rapport à un éventuel problème lié à ses pneus, mais le pilote Ducati a précisé, secouant la tête : "D'un point de vue technique."
Puis, lorsqu'il lui a été demandé comment il pouvait expliquer cela au public, Bagnaia a répondu : "Je ne l'explique pas, je n'arrive pas à l'expliquer. Je veux qu'ils me l'expliquent, à moi aussi." Qui ? "L'équipe, je ne sais pas qui. Quelqu'un. Au moins qu'on m'explique pourquoi j'ai été si lent, pourquoi je n'arrive pas à être rapide ici. Ils ont les données, je ne sais pas ce qui s'est passé. Aujourd'hui, mon meilleur tour a été de 1'31"7, deux secondes plus lent que les leaders. C'est étrange."
Je veux qu'ils me l'expliquent, à moi aussi. Au moins qu'on m'explique pourquoi j'ai été si lent.
L'attitude agacée de Pecco Bagnaia et les propos forts qu'il tient ce week-end semblent traduire une situation désormais véritablement préoccupante. Alors que Ducati s'empêtre dans un manque de clarté quant aux modifications apportées à la moto du vice-champion du monde en titre, il a lui-même fait savoir qu'il était lassé du flot de questions sur le sujet et répondait de toute façon ce qu'on lui disait de répondre. Mais de toute évidence, il est perplexe face à ces sensations qui changent du tout au tout d'une piste à l'autre.
"Je ne comprends pas, moi non plus. Je pensais que j'allais arriver ici et retrouver les mêmes sensations qu'à Motegi, parce qu'à Motegi il est vrai qu'on a fait des choses sur la moto, mais là, une moto qui est en théorie la même ne fonctionne plus, elle fonctionne à nouveau comme avant. Donc je ne comprends pas."
Interrogé sur ce que son équipe lui dit, il s'est contenté de répondre, laconique : "La moto est inchangée." Puis d'ajouter, plus tard : "Je ne pense pas que ce soit un problème technique. Je pense que ce sont plus d’autres choses qui sont hors de mon contrôle."
Il reste encore une journée à passer à Mandalika, et une course de 27 tours à affronter demain. Pecco Bagnaia semble déjà ne rien en attendre. "Comme je l'ai dit, c'est quelque chose qui est hors de mon contrôle", a-t-il répété. "J'espère vraiment que mes sensations demain seront les mêmes qu'il y a une semaine, juste pour avoir une chance de finir dans le top 5. Sinon, je serai entre la 15e et la 20e place à nouveau, comme aujourd'hui."
Avec Rubén Carballo Rosa
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