Comment Aprilia a découvert et géré l'affaire Bezzecchi à Brno
Au lendemain de la suspension de Marco Bezzecchi au GP de République tchèque, Massimo Rivola a décrit dans le détail comment Aprilia a découvert puis appréhendé l'incident. L'Italien a explique son geste en interne et se sent "super mal".
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Massimo Rivola s'est livré à un exercice délicat après la suspension de Marco Bezzecchi à Brno. Le patron d'Aprilia oscille entre la nécessité de condamner le geste du leader du championnat, qui a poussé puis giflé un commissaire de piste qui dégageait sa moto après la chute du sprint, et l'envie de protéger ses troupes... mais sans chercher la moindre excuse.
C'est en appuyant sur cette nuance que Rivola a justifié l'appel interjeté par Aprilia samedi soir, dont le but n'était pas de contester une sanction, mais d'ouvrir le débat sur la sévérité de celle-ci, pour finalement accepter le verdict, qui a été confirmé.
"Avant tout, nous présentons à nouveau nos excuses au commissaire", a insisté Rivola après le GP de République tchèque dont Bezzecchi a été privé. "Ensuite, il n'y a aucune tolérance, donc [la suspension] me convient et nous l'acceptons"
Un certain calme est revenu ce dimanche. Dans la matinée, Bezzecchi est allé à la rencontre du commissaire, pour lui présenter ses excuses et lui offrir ses gants. Rivola estime que le test de la moto 2027 prévu lundi et le GP des Pays-Bas, dont les premiers essais se tiendront vendredi, arrivent à point nommé.
"Il se sent super mal, comme ce serait le cas pour chacun d'entre nous", a commenté Rivola. "C'est quelqu'un d'émotif, comme vous pouvez l'imaginer. Ce qui est bien, c'est que demain il sera sur la moto pour tester de bonnes choses, un nouveau défi. On a la course à Assen, donc ça sera facile de tourner la page."
Massimo Rivola a expliqué comment Aprilia a vécu la journée de samedi à Brno.
Photo de: Aprilia Racing
Avant de tourner cette page, Rivola est revenu sur le déroulement de la journée de samedi, et ce qui a mené au geste colérique de Bezzecchi. En voulant relever la moto, le commissaire de piste a involontairement tourné la poignée de gaz, ce qui a poussé Bezzecchi à réagir.
"D'abord, il faut comprendre ce qu'il s'est vraiment passé", a déclaré Rivola. "On a découvert que le commissaire faisait un surrégime, donc il y est allé pour protéger la moto. Malgré ça, il n'y a aucune justification pour [le geste]."
"Si vous regardez bien la vidéo, il était, entre guillemets, calme, il marchait, et il a commencé à courir quand il a entendu le moteur sur le limiteur, d'autant que la roue tournait, précisément à 165 km/h, et envoyait des cailloux partout", a-t-il ajouté. "Imaginez si le marshall était parti avec la moto, qui sait où on l'aurait retrouvé ! Ceci étant dit, son geste n'est pas acceptable, un point c'est tout."
"Mais sa réaction a en tout cas découlé du fait [qu'il se demandait] 'Qu'est-ce qui se passe avec ma moto ?' et d'une situation de danger. Mais je le répète, ça n'est pas acceptable."
Rivola a reconnu avoir été surpris par les deux gestes d'agressivité manifestés par Bezzecchi : "Oui, pas du premier, parce je dirais qu'il 'protégeait' la moto, en un sens. Le deuxième n'était clairement pas acceptable."
Marco a dit 'Ah oui, j'ai poussé le commissaire, mais parce qu'il cassait le moteur'. Il avait totalement oublié la deuxième partie.
L'image n'a pas été diffusée en direct et Rivola n'a eu connaissance d'un problème qu'au moment où Paolo Bonora, le directeur de l'équipe, l'a informé d'une convocation par les commissaires. Bezzecchi a alors donné une explication à Rivola.
"Marco a dit 'Ah oui, j'ai poussé le commissaire, mais parce qu'il cassait le moteur'. Il avait totalement oublié la deuxième partie. Sur le moment, le pic d'adrénaline est… C'est le même gars qui a fait le record du tour et a eu la meilleure vitesse de pointe. Ce n'est pas pour justifier. Les sportifs ont un pic d'adrénaline. Encore une fois, ce n'est pas une justification, mais une chose qu'ils ont en eux."
Marco Bezzecchi a été privé du GP de République tchèque.
Photo de: Gold and Goose Photography / Getty Images
Dans la soirée, les commissaires ont décidé de suspendre Bezzecchi. Aprilia n'a pas directement réagi publiquement, afin de se faire une idée claire de la situation. Le constructeur a néanmoins fait appel, non pas pour blanchir son pilote mais pour débattre de la sanction. Rivola avait en tête un incident entre Aleix Espargaró, alors aligné par Aprilia, qui avait donné un coup à Franco Morbidelli à Losail en 2023, même si cet épisode concernait une altercation entre pilotes.
"Nous avons fait appel parce qu'il y a eu des cas [avec des sanctions] beaucoup plus faibles, mais quand même spectaculaires, comme entre Aleix et Morbidelli. C'était 10 000 euros [d'amende] et six places [sur la grille]. Je me suis dit que c'était peut-être un peu trop dur [pour Bezzecchi]."
"Je voulais qu'il roule, qu'il ait une grosse amende, des positions sur la grille, mais qu'on le laisse rouler parce que ce n'était jamais arrivé. Mais si c'est la voie à suivre, ça me va. Comme je l'ai dit, il n'y a aucune tolérance de notre côté, c'est tout. Cela définit un précédent qui est bon à suivre."
L'appel déposé par Aprilia a-t-il envoyé un mauvais message ? "Non, parce qu'au final je dois protéger mon équipe et mes pilotes", a répondu Rivola. "En un sens, j'aurais aimé qu'il roule et je n'avais jamais vu ça auparavant. Comme je l'ai dit, on a eu des cas similaires mais il n'y a aucune tolérance, de notre côté non plus, donc ça me va."
"Personnellement, j'espérais une grosse amende ou des places sur la grille, quelque chose du genre", a-t-il insisté. "Mais c'est dur de ne pas le voir rouler, vraiment dur. Puisque c'est la décision, cela crée un précédent fort. J'espère et je sais que ce sera le cas pour l'avenir."
Ce dimanche, Bezzecchi n'a pris la parole qu'à travers un message sur les réseaux sociaux, pour présenter ses excuses.
Avec Léna Buffa
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