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Brad Binder, un destin de leader pour KTM en MotoGP

Sa première saison en MotoGP a vu Brad Binder se hisser extrêmement haut, mais aussi commettre quelques erreurs de débutant. Décidé à ne se trouver aucune excuse, le Sud-Africain affiche par là précisément le trait de caractère qui explique pourquoi KTM voit en lui l'homme de la situation pour prendre les rênes du programme après Pol Espargaró.

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Si les surprises ont été nombreuses en 2020, avouons que la cote de Brad Binder était faible en parmi les prétendants à la victoire lors de sa troisième course en MotoGP, l'été dernier à Brno. Même si les lecteurs de Motorsport.com ont plébiscité la sensationnelle victoire de Pierre Gasly en Formule 1 à Monza, cela fut indéniablement l'un des moments marquants de la saison 2020. Le fait que ce succès soit arrivé dans des circonstances globalement normales, sans météo rocambolesque et sans autre absent sur la grille de départ que Marc Márquez, blessé, a largement contribué à prouver à quel point le Champion du monde Moto3 2016 est un bon pilote.

On le sait, la KTM RC16 avait grandement progressé pendant l'hiver par rapport à sa devancière, mais le pilote a également joué son rôle et Binder est apparu comme étant sans doute le plus fort du groupe de Mattighofen lors de ces premières courses. Lors des deux manches de Jerez, déjà, il a affiché un rythme digne du podium, mais a commis une erreur dans les premiers instants du Grand Prix d'Espagne, puis est tombé la semaine suivante en essayant de rattraper le retard pris dans une collision avec Miguel Oliveira au premier virage.

Au troisième round, le voir passer de la septième place sur la grille de départ à une victoire conquise avec une marge nette de 5"2, pour aller chercher la première victoire MotoGP de KTM a été étonnant et logique à la fois. Après tout, ce n'est pas pour rien que le Sud-Africain est soutenu depuis son plus jeune âge par le constructeur autrichien.

"KTM me soutient depuis le début", expliquait Brad Binder à Motorsport.com en novembre, soulignant à quel point son union avec Mattighofen avait constitué une part massive de ses 25 ans de vie. "J'ai commencé à la [Red Bull] Rookies Cup avec eux en 2009, et depuis ils se sont occupés de moi. C'est incroyable qu'on ait obtenu ce résultat ensemble, surtout si rapidement. Mais ça prouve juste que le travail acharné porte ses fruits."

"Depuis, tout ne s'est pas déroulé comme prévu. Nous avons eu des hauts et des bas, c'est certain. Mais ce jour-là, je ne l'oublierai jamais. Ce fut un grand jour pour ma carrière et aussi pour KTM. Je dois donc rester concentré, continuer à travailler dur. Je veux plus de journées comme celle-là."

Brad Binder, Red Bull KTM Factory Racing

Avant même le début du championnat 2020, tellement retardé par le coronavirus, KTM avait pris la décision de conserver Binder dans son équipe officielle pour 2021. Une équipe qu'il avait rejointe après le départ de Johann Zarco, alors qu'il était initialement prévu qu'il fasse ses débuts dans la catégorie au sein du team Tech3. Sa victoire à Brno a donné raison à une décision qui paraissait encore incroyablement risquée au moment où elle a été prise, étant donné les interrogations qui perduraient sur les performances de la RC16, mais surtout sur ce que parviendrait à réaliser le pilote sud-africain, que l'on n'avait pas encore vu à l'œuvre. C'est d'ailleurs en grande partie ce qui a incité KTM à recruter Danilo Petrucci lorsque Pol Espargaró, pilier du programme jusqu'alors, a quitté le navire pour rejoindre Honda, l'Italien apportant la garantie d'une expérience qui manquait encore aux autres pilotes maison.

Les commentaires de Binder sur ce qu'a été sa saison après Brno sont à la fois exacts et, d'une certaine manière, démesurés. Il a en effet obtenu une solide quatrième place au GP d'Autriche et un résultat similaire pouvait être attendu lors de la deuxième course disputée sur le Red Bull Ring, avant qu'une erreur ne le fasse chuter à la huitième place. Il a alors fallu attendre le Grand Prix d'Europe, à Valence, pour le voir retrouver le top 10 − avec en l'occurrence une septième place obtenue après qu'il a purgé une pénalité long-lap. Toujours à Valence, il s'est classé cinquième le week-end suivant, avant de clore sur un abandon − son quatrième de l'année − au Portugal. Malgré une année ainsi faite de hauts et de bas, c'est bien lui qui s'est adjugé les honneurs de meilleur rookie, un prix qu'il a accueilli, dit-il, avec surprise, mais qui s'accompagne tout de même d'une belle 11e place au classement général.

Bien sûr, si l'on compare ce qu'a été la première saison de Binder par rapport à celle de Fabio Quartararo (Rookie de l'année en 2019), on peut juger que, la victoire mise à part, le Français s'est montré beaucoup plus fort à ses débuts. Mais il faut aussi prendre en compte le fait que Quartararo disposait d'une moto bien plus facile et plus aboutie que ne l'était la KTM confiée à son successeur. On peut aussi estimer que les attentes n'étaient pas les mêmes pour les deux jeunes hommes, à la fois compte tenu de leur statut de pilote satellite pour l'un contre pilote officiel pour l'autre, et du jugement extérieur, Quartararo ayant été perçu par certains comme promu bien trop vite sans avoir pu briller durablement en Moto2 ou en Moto3.

Le fait de gagner a été la partie étrange de mon année de rookie, et non le fait de tomber et de faire des erreurs, de rentrer dans d'autres pilotes, de sortir de la piste. Tout ça, c'est la partie naturelle d'une année de débutant.

Brad Binder

Brad Binder a su être à la fois acteur et spectateur de sa saison, portant sur ses performances un regard avisé. Ainsi, il juge que sa victoire dès sa troisième course a certes été flatteuse, mais que c'est elle, et non sa baisse de forme par la suite, qui constitue la part la plus surprenante de son année de débutant.

"C'est drôle, parce que quand on s'allonge dans le lit, on se demande où ça a mal tourné", décrit-il. "Car ça semblait… non pas être facile, mais que tout trouvait sa place au début. Mais j'ai lentement commencé à réaliser que c'était la partie étrange de l'année. Le fait de gagner a été la partie étrange de mon année de rookie, et non le fait de tomber et de faire des erreurs, de rentrer dans d'autres pilotes, de sortir de la piste. Tout ça, c'est la partie naturelle d'une année de débutant. Au final, je suis donc reconnaissant d'avoir eu une opportunité et d'avoir su la saisir. Je sais que ça se reproduira. Je ne sais pas quand ce sera, mais il est clair que je vais réussir. Ce n'est qu'une question de temps."

Brad Binder, Red Bull KTM Factory Racing, Jack Miller, Pramac Racing

D'une certaine manière, cette victoire tonitruante a eu un effet négatif sur Binder, car elle l'a poussé à tenter de reproduire cette performance en dépassant la limite, puis à mener une auto-critique trop dure. Le premier point se règlera facilement avec le temps, au gré de son adaptation au MotoGP. Mais le second point − associé à sa conviction inébranlable qu'il finira par réussir − est révélateur, surtout pour quelqu'un sur qui KTM compte pour son avenir et qui sera le fer de lance de son équipe d'usine cette année aux côtés d'un Oliveira à peine plus expérimenté. En ce sens, on peut remarquer que la façon dont Binder a jugé ses erreurs l'année dernière rappelle beaucoup ce que l'on a pu voir chez Charles Leclerc, lui aussi jeune talent perçu comme l'avenir de la marque dont il défend les couleurs, en l'occurrence Ferrari en F1.

"J'ai appris une chose, c'est que je suis un peu dans une situation faite de hauts et de bas, et c'est drôle parce que peu importe à quel point les choses vont mal, j'ai toujours l'impression que je vais m'en sortir, que ce soit dans cette course ou le week-end suivant", note le pilote KTM. "J'en ai toujours fait un peu trop, et j'ai l'impression que ça a un peu joué contre moi parce que j'aurais pu obtenir beaucoup de bons résultats en ne faisant pas... je ne dirais pas en ne faisant pas de mon mieux, mais en atteignant la limite et m'y tenant, sans en faire un petit peu plus comme je le fais toujours. Mais d'un autre côté, je ne pense pas non plus que j'aurais une victoire si ça a avait été le cas."

"J'ai donc appris beaucoup de bonnes et de mauvaises choses. Je veux juste me ressaisir et essayer d'être un peu plus constant [en 2021], tout en gardant cet avantage que je pense avoir quand j'arrive à bien faire tourner les choses au moment où je le veux."

Sebastian Risse, directeur technique de KTM, a admis que la marque relèverait un défi en 2021 en alignant un line-up grandement inexpérimenté entre son équipe d'usine et Tech3, et ce alors qu'une RC16 désormais capable de gagner devait continuer à évoluer. Mais cette responsabilité qu'assumera Binder dans le développement de la moto n'a pas de quoi le stresser, pas même en envisageant que ce travail devra en grande partie se dérouler pendant les week-ends de course maintenant que le constructeur a perdu les concessions réglementaires et la liberté de tests privés qu'elles impliquaient.

Il faut se souvenir également que, lors de sa dernière saison en Moto2, en 2019, le châssis KTM s’était révélé peu compétitif, forçant la marque à introduire de nombreuses mises à jour en cours de championnat et à mettre ses pilotes à profit pour tenter de remédier aux problèmes. Un travail de développement, dont la majeure partie a été prise en charge par Binder, finalement vainqueur cinq fois cette année-là et passé à seulement trois points du titre remporté par Álex Márquez.

"Je pense qu'on pourra faire du bon travail quoi qu'il arrive [en 2021]", conclut Binder. "J'ai le sentiment d'être assez bon pour sentir la différence quand les gars testent des choses sur la moto. Je suis peut-être nouveau dans la catégorie, mais développer une moto, je l'ai fait en Moto2, et je l'ai beaucoup fait en 2019. Ça n'est donc pas quelque chose de nouveau pour moi. Et puis on a des super gars comme Pedrosa, dont le feedback aide beaucoup le projet. Donc, oui, je suis confiant quant au fait que l'on pourra faire du bon travail ensemble, KTM et moi-même. Je sais qu'on va y arriver et qu'on connaîtra beaucoup de super journées ensemble à l'avenir."

Le départ de Pol Espargaró sera indéniablement une grande perte pour KTM, lui dont les efforts depuis 2017 ont largement contribué à mener le constructeur là où il se trouve actuellement. Mais il ne fait aucun doute non plus que Binder est une véritable star en devenir. Sa vitesse pure associée à son approche de la course constituent le parfait mix pour mener un constructeur à la gloire dans les années à venir...

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