Le difficile compromis avec des commissaires jugés dépassés par les pilotes

Les Grands Prix se suivent et se ressemblent lorsqu’il s’agit de recueillir les avis des pilotes concernant l’autorité des commissaires de course et la façon dont ces derniers sanctionnent les faits de course et régissent les épreuves.

Freddie Spencer

Un exemple choquant sur le niveau de respect qu’ont actuellement certains pilotes MotoGP quant à la pertinence et à l’autorité des commissaires tient dans l’épisode de l’avant-dernière manche en date, à Barcelone, où Enea Bastianini a tout simplement décidé de sciemment ignorer les pénalités qui lui ont été attribuées en refusant d’exécuter des long-laps répétés, qu'il jugeait injustes. Des pénalités qui ont donc été transformées en ajout de temps à sa course, mais sans plus de suites pour le pilote Ducati.

Récemment invité d’une émission télévisée sur BeIn, Johann Zarco a lui aussi décrit froidement les raisons pour lesquelles son agacement est répété au sujet de commissaires peu à la page et inconstants dans leurs décisions, et dont certains pilotes se servent pour faire passer des comportements aléatoires.

Week-end après week-end, les prises de parole de nombreux pilotes, tantôt à chaud en descendant de leurs montures ou plus posées, témoignent du malaise régnant actuellement autour de Freddie Spencer et de son équipe.

Aleix Espargaró sait la tâche difficile pour des protagonistes qu'ils ne sont plus réellement depuis de nombreuses années. Dans un sport dont les techniques de pilotage et la réalité de ce qu’est l’exigence en piste changent drastiquement pour la génération actuelle, l’expérience des machines surpuissantes que sont les MotoGP contemporaines est indispensable pour se montrer pertinent au moment de juger les pilotes.

 "J’y suis allé assez fort en Commission de sécurité, à essayer de livrer mon opinion à la Dorna", explique aussi délicatement que possible à la presse Aleix Espargaró, interrogé sur le sujet au Mugello. "Pour moi, c'est difficile, parce que je ne veux rien dire de mal à leur sujet. Je suis sûr qu'ils font de leur mieux mais ils ont 20 ans de retard sur la compétition actuelle."

"On a besoin de quelqu'un qui a couru récemment, pas forcément l'an dernier ou il y a deux ans, mais en tout cas pas il y a 25 ans [non plus]. [Il faut quelqu'un] qui connaît le MotoGP, qui connaît le pilotage actuel, qui connaît les pneus. Ils doivent trouver quelqu'un. Peut-être qu'ils peuvent continuer à faire ce travail, mais ils ont besoin [à leurs côtés] d'une autre personne qui connaît mieux le MotoGP de 2024."

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Qui pour se faire respecter ?

Avec son expérience et sa passion incontestables, celui qui quittera son poste de titulaire chez Aprilia en fin de saison aurait tout à fait pu avoir le profil recherché pour un tel rôle et disposer d'une réelle légitimité auprès du plateau de pilotes MotoGP. Mais Espargaró n’a pas du tout ce genre de trajectoire en tête pour sa carrière, prêt qu’il est à accompagner Honda dans le développement de sa machine à compter de l’an prochain dans le rôle de pilote d’essais.

"Ce pourrait être Cal [Crutchlow]", juge-t-il. "Juste un pilote de MotoGP pour donner son avis, pour les aider. Un jour, ils donnent une pénalité pour une chose et un autre jour, pour exactement la même chose – la seule chose qui change est la couleur de la moto, juste la couleur –, c'est une autre [pénalité]. En tant que pilote, on devient fou."

"Pourquoi il n'y a pas eu de pénalité pour Oliveira [vendredi au Mugello] ? Jorge [Martin] aurait fait le meilleur temps, il sortait du garage ! lls ont dit 'Ils font de leur mieux', je m'en fiche ! Je fais aussi de mon mieux ! C'est pour ça qu'ils ont eu raison de pénaliser Pecco [Bagnaia, rétrogradé de trois places sur la grille, ndlr] : il était au milieu de la trajectoire, ça peut arriver, mais il y a une pénalité. Or, il n'y en a pas pour l'autre action. En tant que pilotes, c'est dur d'être détendus et de comprendre."

Quelle expérience du MotoGP actuel faut-il pour juger les pilotes ?

Quelle expérience du MotoGP actuel faut-il pour juger les pilotes ?

Photo de: Marc Fleury

Drôle de monde que ce MotoGP où les pilotes aimeraient pouvoir avoir une influence sur celui qui pourrait être amené à les… pénaliser ! Mais c’est avant tout de cohérence dont ont besoin les membres du plateau, à l’heure où la perte de confiance dans la force en place est belle et bien réelle.

Faut-il que cet élu soit un ancien pilote doté d'un gros palmarès ? "Non, pas du tout", balaie Espargaró. "Il faut quelqu'un qui fait de la course, qui connaît bien les motos. Ça pourrait être Michele Pirro par exemple, il comprend les motos, il fait un peu de compétition. Son nom me vient juste à l'esprit. Il y a beaucoup, beaucoup de pilotes."

"Après l'incident de Jerez avec Binder, je suis allé les voir dans l'après-midi, pour essayer de leur expliquer mon opinion, juste pour les aider parce qu'ils nous ont dit 'S'il vous plait, venez et essayez d'aider' ; donc j'y suis allé. J'ai demandé 'Pourquoi Brad n'a-t-il pas reçu de pénalité pour cette manœuvre sur Pecco ?' [Ils ont répondu] 'C'était juste un accrochage parce qu'il n'y avait pas la place'. Oui, il n'y avait pas de place parce qu'il a mis les deux roues sur le vibreur, donc il a perdu le contrôle, hors trajectoire, [ça devrait] être une grosse pénalité. Ils ne comprennent pas..."

Attention à ne pas franchir la ligne jaune

Aussi injustes que les pénalités puissent parfois paraitre, les commissaires sont habilités à les distribuer et à être juges des situations de course. C’est la raison pour laquelle le cas Bastianini peut questionner. Car tout autant que l’action qui a amené à la sanction, le refus de déférence à celle-ci par le pilote en course, boudant les instructions de son dashboard avec semble-t-il la bénédiction de son équipe d’usine, questionne sur les portes béantes ouvertes en cas de rébellion des pilotes lorsqu’ils sont sujets à des pénalités.

Pas d'accord avec l'attitude de Bastianini à Barcelone, Espargaró estime qu’une faille immense se crée si les pilotes revendiquent impunément un droit de non-respect des décisions des commissaires : "Il a donné son opinion... De l'autre côté, il faut respecter. C'est comme quand ils m'ont donné une amende pour mon erreur avec Morbidelli [au Qatar l'an dernier], j'avais fait une grosse erreur, j'ai dû payer 10 000€. C'est comme si j'avais dit : 'Je ne paierai pas'. Non, il faut le faire."

"Pour moi, il fallait suspendre Enea au Mugello. Ils lui ont donné trois fois une pénalité, il a fait sa course, il aurait pu modifier le résultat d'autres pilotes. Si tu veux qu'ils nous respectent, il faut les respecter", a conclu Aleix Espargaró.

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

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