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Les constructeurs snobent Liberty : le MotoGP change de stratégie de négociation

Les discussions entre les équipes et le promoteur du MotoGP en vue de la signature du nouvel accord commercial prennent une nouvelle dimension après le camouflet infligé aux nouveaux propriétaires lors d'un événement organisé en marge du Grand Prix d'Espagne. 

Les motos à la présentation de la saison 2026

Photo de : Mirco Lazzari / Getty Images

La tradition veut que, le vendredi du Grand Prix d'Espagne, le promoteur du MotoGP organise un dîner à Jerez. Cette année, celui-ci avait lieu dans les imposantes caves González Byass, emblème de la production de xérès dans la ville andalouse. Y étaient conviés, entre autres, les constructeurs, les équipes, les sponsors, les responsables commerciaux et tous les acteurs majeurs du championnat.

Tout ce beau monde était reçu par les propriétaires du MotoGP, représentés cette année, pour la première fois, par Derek Chang, PDG de Liberty Media. À ses côtés se trouvaient Carmelo Ezpeleta et son fils Carlos, respectivement PDG de MotoGP SEG (anciennement Dorna) et directeur sportif du championnat, ainsi que de hauts dirigeants et quelques invités de marque.

La présence de Christian Horner, ancien directeur de l'écurie Red Bull de Formule 1, a notamment fait couler beaucoup d'encre.

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Les invitations avaient été envoyées il y a plusieurs semaines et, une fois la présence des invités confirmée, la salle accueillant le dîner avait été aménagée en tables rondes, en fonction des affinités et des liens entre les différents participants. Comme à l'accoutumée, chaque constructeur disposait d'une table complète de huit à dix places, portant son nom et réservée à ses responsables et à ses invités.

Or, MotoGP SEG et les organisateurs de l'événement ont eu la surprise de constater que trois des cinq constructeurs - en l'occurrence Yamaha, Aprilia et KTM - leur ont fait faux bond sans préavis. Les deux autres ont assuré le service minimum.

Du côté de Ducati, ni Claudio Domenicali (PDG de la marque), ni Gigi Dall'Igna (directeur général de Ducati Corse), ni Mauro Grassilli (directeur sportif) ne se sont présentés. Le constructeur était représenté par Davide Tardozzi, team manager de l'équipe d'usine, et Artur Vilalta, directeur de la communication.

Il en a été de même pour Honda, qui n'a envoyé aucun haut dirigeant, mais seulement le team manager de son équipe d'usine, Alberto Puig, et deux membres du service de presse.

Carmelo Ezpeleta et Derek Chang

Carmelo Ezpeleta et Derek Chang, à Jerez

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Les tables vides au centre de la salle, portant les noms de Yamaha, Aprilia, KTM, Honda et Ducati, ont constitué la réponse des constructeurs à la dernière contre-proposition du MotoGP concernant le projet d'accord commercial négocié depuis plus d'un an entre l'organisation et les marques et équipes.

Cette réaction n'a pas du tout plu aux nouveaux propriétaires, d'autant que Sean Braches, l'un des membres les plus importants de Liberty Media, s'était lui aussi rendu à Jerez avec pour mission d'accélérer la conclusion de l'accord. Aujourd'hui, ce coup de théâtre accentue considérablement la pression dans les négociations.

Changement de stratégie pour parvenir à un accord

Jusqu'à présent, les négociations entre les cinq constructeurs engagés en MotoGP et le championnat quant à ce contrat commercial devant les lier de 2027 à 2031 - l'équivalent en MotoGP des Accords Concorde de la F1 - avaient réussi à maintenir l'unité des constructeurs. Ensemble, ils ont cherché à peser pour faire valoir certaines de leurs exigences.

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L'offre de MotoGP SEG se limite à une augmentation linéaire de la contribution du championnat à chacune des 11 équipes du plateau, exigeant en contrepartie une plus grande implication de leur part en matière d'hospitalité, de marketing, d'image, de communication et de réseaux sociaux.

Les constructeurs réclament, au contraire, un changement de système, afin d'abandonner l'actuelle allocation fixe par saison et d'être intégrés dans le modèle économique global.

Tous les cinq sont regroupés au sein de la MSMA, qui a changé de président il y a un peu plus d'un an en élisant Massimo Rivola (PDG d'Aprilia), désignant également Lin Jarvis (ancien responsable compétition de Yamaha) comme négociateur avec MotoGP SEG.

Certains membres de la MSMA à Austin : Gigi Dall'Igna et Claudio Domenicali pour Ducati, Massimo Rivola et Michele Colaninno pour Aprilia, Pit Beirer et Gottfried Neumeister pour KTM, Paolo Pavesio et Massimo Meregalli pour Yamaha

Certains membres de la MSMA à Austin, après une réunion avec MotoGP SEG et Liberty Media

Photo de : Oriol Puigdemont

Les constructeurs estiment que le MotoGP doit s'aligner sur ce qui se passe dans d'autres grandes compétitions sportives, comme la Ligue des Champions, les ligues de football professionnelles, la NBA ou la NFL. Les équipes y perçoivent des sommes variables en fonction des résultats, un pourcentage des droits d'exploitation et de diffusion télévisée et, surtout, elles participent à la gouvernance du championnat au moment de prendre des décisions.

Un exemple simple est devenu une pierre d'achoppement dans les négociations : la MSMA demande à MotoGP SEG de pouvoir intervenir dans l'élaboration du calendrier, en proposant des dates et des circuits, ce que les promoteurs refusent pour l'instant.

Après avoir ainsi snobé le dîner de vendredi à Jerez, les relations entre les deux parties se sont tellement tendues qu'en quelques heures, MotoGP SEG a décidé de changer de stratégie et d'entamer des négociations individuelles avec chaque constructeur et chaque équipe.

La réponse initiale n'aurait pas pu être plus positive pour le promoteur, puisque Honda, le constructeur le plus puissant de tous, a garanti qu'il signerait l'accord. Il y a également eu un rapprochement de la part de Ducati, ainsi que des équipes VR46 (Ducati), Gresini (Ducati), LCR (Honda) et Tech3 (KTM).

Pour l'instant, Yamaha est le constructeur qui s'oppose le plus fermement à l'accord proposé par le MotoGP, aux côtés d'Aprilia et de KTM.

D'après les informations de Motorsport.com, MotoGP SEG a fixé le Grand Prix de France, la semaine prochaine, comme date butoir pour parvenir à un accord commun. Si celui-ci n'est pas conclu, le promoteur négociera individuellement avec chaque partie concernée afin de conclure des accords séparés.

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