MotoGP
La crise des moteurs de KTM, "la période la plus difficile" après la faillite selon Beirer
En 2026, KTM a traversé une grave crise liée à ses moteurs. Le directeur sportif Pit Beirer parle de l'une des pires périodes de tout le projet MotoGP.
Juliane Ziegengeist
Publié: 20 oct. 2026, 12:29
Copier le lien
Partager sur Viber
Ajouter comme source privilégiée

Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Pour KTM, la saison 2026 de MotoGP a débuté dans un contexte différent de celui des années précédentes. Après les turbulences financières qu'avait connues l'entreprise, un retour à la normale s'imposait. Les activités de compétition étaient assurées, tandis que le constructeur travaillait, sous l'égide de son nouveau propriétaire, à un nouveau départ.
Rétrospectivement, Pit Beirer, directeur de KTM Motorsports, décrit cette phase comme une période de survie : "Pour nous, il s'agissait de remettre l'entreprise sur pied et de veiller à ce que nous puissions continuer à participer aux courses comme auparavant."
Dans le même temps, il a fallu instaurer la confiance dans la nouvelle structure actionnariale. La question de l'avenir de l'engagement en MotoGP ne se posait toutefois plus.
C'est précisément pour cette raison que la crise suivante a particulièrement durement touché KTM. "Cette année, je pensais que nous allions revenir à la normale. Puis ce problème de moteur a failli nous coûter cher", explique Beirer en évoquant les défaillances techniques répétées qui sont survenues au cours de la saison.
Trois pannes moteur en très peu de temps
Le tournant décisif s'est produit lors du Grand Prix d'Italie, au Mugello. C'est là que l'ampleur des problèmes de KTM est apparue au grand jour. "Nous avons cassé un moteur le matin", raconte Beirer. Si l'on pensait initialement qu'une panne moteur pouvait logiquement se produire à haut régime sur ce circuit, deux autres défaillance sont ensuite intervenues. "Et c'est à ce moment-là que l'on n'a plus vraiment su ce qui se passait", admet l'Allemand.
Au total, selon Beirer, KTM a perdu sept moteurs. Pedro Acosta s'en serait relativement mieux sorti que Brad Binder : "Avec Pedro, nous avons en effet eu un peu plus de chance qu'avec Brad. Je crois qu'avec Pedro, nous n'en avons finalement perdu qu'un seul."
Pedro Acosta (Red Bull KTM Factory Racing)
Photo de : Andreas Solaro / AFP via Getty Images
Dans ce contexte, on pense notamment à l'abandon de la RC16 d'Acosta lors du Grand Prix de Catalogne, à Barcelone. Lorsque le pilote KTM a soudainement perdu de la puissance, Álex Márquez l'a percuté de plein fouet, ce qui a entraîné la chute du pilote Gresini et l'arrêt de la course. Beirer précise toutefois que cet accident n'a pas été causé par la défaillance mécanique du moteur identifiée par la suite. "Non, non", insiste-t-il.
Une lutte acharnée pour pouvoir ouvrir les moteurs
Pour KTM, le véritable problème ne résidait pas seulement dans les pannes des moteurs en elles-mêmes, mais surtout dans le fait que les ingénieurs n'avaient dans un premier temps aucun moyen d'ouvrir ceux-ci afin de les examiner de manière systématique. KTM était en effet soumise au gel des moteurs mis en place pour la saison 2026.
Comme elle, Ducati et Aprilia devaient égalment courir avec les spécifications homologuées pour la saison 2025. Les moteurs étaient donc scellés et ne devaient en principe pas être modifiés. Des exceptions sont possibles, notamment pour des raisons de sécurité ou de fiabilité, à condition qu'elles n'entraînent pas de gain de puissance.
Selon Beirer, c'est précisément cette situation qui a rendu la résolution du problème particulièrement difficile. "Outre nos autres problèmes à la maison, cela a été pour moi la période la plus difficile de tout le projet MotoGP", déclare le directeur sportif de KTM.
Il explique que l'équipe avait "complètement perdu le contrôle" et n'a dans un premier temps pas pu réagir. "Les moteurs étaient scellés, et après l'homologation de l'année dernière, c'était le même moteur pour cette année. On n'a même pas le droit de toucher une seule pièce."
Normalement, explique Beirer, une panne moteur isolée n'est pas une raison suffisante pour paniquer. Avec un moteur de course tournant à haut régime, ce sont des choses qui peuvent arriver. "Un moteur tombe en panne, et on se dit : 'Bon, ça peut arriver'. Ça nous arrive à tous parfois. Du coup, on ne panique pas."
Mais lorsqu'un autre moteur tombe en panne, puis qu'un moteur de rechange tombe lui aussi en panne, la situation change. "On ne comprend pas et on ne sait pas par où commencer", explique Beirer pour décrire la situation. D'ordinaire, il serait possible de revenir en arrière dans les réglages lorsqu'un changement a causé des problèmes. "Mais là, il n'y avait pas d'étape à laquelle revenir."
Un composant provenant d'un sous-traitant externe à l'origine du problème
KTM a donc commencé à rappeler des moteurs plus anciens ayant déjà un kilométrage élevé. C'est justement leur kilométrage qui a fourni un indice important : ces moteurs ne présentaient pas le problème en question, car celui-ci survenait de manière particulièrement précoce.
"Nous savions donc que ces moteurs ne pouvaient pas être concernés", explique Beirer. "Il devait s'agir de quelque chose comme du verre ou du cristal, car cela se produisait après environ 50 à 100 kilomètres. Il était clair que quelque chose n'était pas normal."
Brad Binder (Red Bull KTM Factory Racing)
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Finalement, KTM a pu attribuer la cause à un composant défectueux provenant d'un sous-traitant externe. Beirer avait déjà évoqué publiquement, au Sachsenring, un problème lié à une pièce achetée auprès d'un fournisseur. Par la suite, la défaillance a été décrite comme un problème de qualité affectant un composant soumis à de fortes contraintes.
Mais le problème n'était pas encore résolu pour autant. En effet, KTM devait d'abord convaincre les autres constructeurs que ses moteurs devaient bel et bien être ouverts pour des raisons de sécurité et de fiabilité.
Beirer comprend le scepticisme de la concurrence
Au départ, tous les constructeurs n'ont pas donné leur accord à cette demande. Beirer se montre tout à fait compréhensif à cet égard. "Je n'ai pas été surpris que nous n'ayons pas obtenu l'accord de tout le monde dès la première fois. C'est tout à fait normal", souligne le directeur de KTM Motorsports.
La raison est évidente : un concurrent qui, pendant un gel de développement, demande l'autorisation d'ouvrir des moteurs scellés doit prouver que son intention est bien uniquement de résoudre un problème et non de créer un avantage concurrentiel. À la mi-juillet, seule Aprilia avait dans un premier temps manifesté son soutien.
"Bien sûr, on se méfie quand quelqu'un dit vouloir ouvrir des moteurs", explique Beirer. "On se demande alors : 'Mais qu'est-ce qu'ils comptent faire là-dedans ?'." C'est pourquoi KTM a dû fournir de nombreuses informations. Selon la description de l'Allemand, cela comprenait des données sur les fournisseurs, des numéros de série et de lot, ainsi que des radiographies.
"Nous avons dû rassembler des éléments que personne ne demande habituellement", précise Pit Beirer. Dans certains cas, il a fallu obtenir ces informations auprès des fournisseurs, sans compter les décalages horaires. "C'était un sujet brûlant."
Mais pour le responsable, cet examen minutieux mené par la concurrence n'était pas pour autant une source d'agacement. "Pour moi, c'était tout à fait normal. Il n'y a pas eu une seule question idiote", souligne-t-il.
Feu vert pour les réparations pendant la trêve estivale
Après plusieurs discussions, KTM a finalement obtenu l'autorisation de démonter les moteurs. "Entre le Sachsenring et Silverstone [pendant la trêve estivale], nous avons reçu le feu vert de tous les constructeurs", rapporte l'Allemand.
Selon KTM, l'IRTA a également été impliquée dans le processus et a supervisé les travaux. Par ailleurs, Beirer souligne expressément le soutien obtenu au sein de l'association des constructeurs : "Je suis vraiment reconnaissant. Et c'est peut-être le meilleur endroit pour remercier tous les constructeurs de nous avoir finalement donné leur feu vert."
L'accord n'a pas été donné immédiatement, ni par toutes les parties concernées en même temps. Au final, le groupe s'est toutefois mis d'accord sur cette autorisation, permettant ainsi à KTM d'ouvrir les moteurs scellés et de remplacer la pièce défectueuse.
Un déficit de puissance temporaire mais important
Jusque-là, KTM a dû composer temporairement avec une puissance moteur réduite. Une simple réduction du régime n'aurait toutefois pas résolu le problème de fond, explique Beirer : "Non, le problème était trop important, si bien que nous avons effectivement dû passer à ces moteurs plus anciens. C'était plus efficace."
Les conséquences étaient néanmoins visibles en piste. Dès le Mugello, le manque de puissance moteur de la KTM s'est particulièrement fait sentir. Par la suite, les pilotes et les observateurs ont fait état d'une performance limitée dans les lignes droites.

Acosta a lui aussi été victime de plusieurs pannes techniques avant la trêve estivale.
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Pour les pilotes, la situation était d'autant plus compliquée que tous les problèmes techniques n'avaient pas la même cause. Outre les difficultés mécaniques, des problèmes électroniques et liés aux capteurs sont également apparus. Beirer évoque notamment une erreur inhabituelle de l'ECU. Le boîtier électronique se serait brièvement éteint, avant de se remettre à fonctionner : "Plus de signal pendant un instant, puis tu rentres aux stands et la moto redémarre."
Pour analyser ce problème, KTM a bénéficié du soutien de Magneti Marelli. Pit Beirer souligne ainsi que les problèmes rencontrés en 2026 ne peuvent pas être réduits exclusivement au défaut de fabrication découvert par la suite.
Sept moteurs démontés et révisés
Une fois l'autorisation obtenue, KTM a pu intervenir pendant la trêve estivale. Au total, sept moteurs ont été démontés au centre moteur KTM de Munderfing. Les composants identifiés comme problématiques ont été remplacés, puis les moteurs ont été rescellés et réintégrés dans le parc.
Cela a au moins mis fin à la phase durant laquelle KTM ne pouvait pratiquement pas intervenir face à un problème connu. Pour la suite de la saison, la perte de plusieurs moteurs est néanmoins restée un fardeau pour le constructeur. Binder, par exemple, avait déjà perdu trois moteurs de son allocation fin août. Les autres pilotes KTM doivent eux aussi composer avec une réserve réduite.
Néanmoins, après la réparation des moteurs concernés, Beirer voit des signes de reprise sur le plan sportif. Acosta, en particulier, a fait un pas en avant. "J'ai été très heureux de voir que Pedro avait effectivement retrouvé sa forme en Aragón, [en reprenant] peut-être là où nous nous étions arrêtés à Barcelone."
Car jusqu'à Barcelone, il y avait selon lui beaucoup d'espoir. "Nous nous rapprochions de plus en plus, et puis toute cette histoire est arrivée", explique Beirer. "J'espère que nous pourrons désormais revenir à une situation normale."
Les résultats, du moins du côté d'Acosta, parlent en tout cas d'eux-mêmes : depuis Aragón, l'Espagnol est toujours monté sur le podium et, à Spielberg, il a récemment remporté sa première victoire.
Votre avis nous intéresse !
Qu'aimeriez-vous voir sur Motorsport.com ?
Répondez à notre enquête en 5 minutes.
- L'équipe Motorsport.com
Lire et poster des commentaires
Lire aussi :
Partager ou sauvegarder cet article
Copier le lien
Partager sur Viber
Article précédent Le MotoGP confirme aux équipes sa volonté de maintenir le GP du Qatar
Article suivant Márquez fait l'éloge de Martín, "un véritable prodige"
Meilleurs commentaires
Il n'y a pas de commentaire pour le moment. Souhaitez-vous en écrire un ?
Voir plus & commenter
Plus de
Juliane Ziegengeist

Les lacunes et les progrès de Yamaha vus par son team satellite
MotoGP
MotoGP 3 m
Les lacunes et les progrès de Yamaha vus par son team satellite

Pourquoi VR46 ne pense pas (encore) au titre, malgré la forme de Di Giannantonio
MotoGP
MotoGP 4 m
Pourquoi VR46 ne pense pas (encore) au titre, malgré la forme de Di Giannantonio

Comment le MotoGP a repoussé les limites de l'aérodynamique avec ses ailerons
MotoGP
MotoGP 9 m
Comment le MotoGP a repoussé les limites de l'aérodynamique avec ses ailerons
![]()
Plus de
Brad Binder

Quels pilotes vont quitter le MotoGP en 2027 et qui va les remplacer ?
MotoGP
MotoGP 1 m
Quels pilotes vont quitter le MotoGP en 2027 et qui va les remplacer ?

C'est officiel : Brad Binder poursuivra sa carrière en WorldSBK avec BMW
WorldSBK
WorldSBK 1 m
C'est officiel : Brad Binder poursuivra sa carrière en WorldSBK avec BMW

BMW veut réunir les deux seuls vainqueurs MotoGP de KTM en WorldSBK
MotoGP
MotoGP 3 m
BMW veut réunir les deux seuls vainqueurs MotoGP de KTM en WorldSBK

Plus de
Red Bull KTM Factory Racing

Les pilotes MotoGP accentuent la pression dans une ultime tentative pour éviter le Grand Prix du Qatar
MotoGP
MotoGP
GP de Malaisie
1 j
Les pilotes MotoGP accentuent la pression dans une ultime tentative pour éviter le Grand Prix du Qatar

Pourquoi les tensions entre le MotoGP et les pilotes s’accentuent autour du Qatar
MotoGP
MotoGP
GP du Qatar
1 j
Pourquoi les tensions entre le MotoGP et les pilotes s’accentuent autour du Qatar

Pedro Acosta devance Marc Márquez au terme d'un Sprint tendu
MotoGP
MotoGP
GP de Malaisie
2 j
Pedro Acosta devance Marc Márquez au terme d'un Sprint tendu
Dernières actus

Le prometteur GP de Malaisie de Johann Zarco s'achève sur un problème moteur
MotoGP
MGP MotoGP
GP de Malaisie
45 min
Le prometteur GP de Malaisie de Johann Zarco s'achève sur un problème moteur

Vasseur digère mal l'incident entre Hamilton et Leclerc : "Une question de respect"
Formule 1
F1 Formule 1
GP de Mexico
1 h
Vasseur digère mal l'incident entre Hamilton et Leclerc : "Une question de respect"

Pourquoi Leclerc n'a pas rendu la position à Hamilton à Mexico
Formule 1
F1 Formule 1
GP de Mexico
2 h
Pourquoi Leclerc n'a pas rendu la position à Hamilton à Mexico

Piastri et les deux Alpine pénalisés, Hirakawa dans les points à Mexico
Formule 1
F1 Formule 1
GP de Mexico
3 h
Piastri et les deux Alpine pénalisés, Hirakawa dans les points à Mexico
Abonnez-vous pour accéder aux articles de Motorsport.com avec votre bloqueur de publicité.
De la Formule 1 au MotoGP, nous couvrons les plus grands championnats depuis les circuits parce que nous aimons notre sport, tout comme vous. Afin de continuer à vous faire vivre les sports mécaniques de l'intérieur avec des experts du milieu, notre site Internet affiche de la publicité. Nous souhaitons néanmoins vous donner la possibilité de profiter du site sans publicité et sans tracking, avec votre logiciel adblocker.
Vous avez deux options :
- Abonnez-vous.
- Désactivez votre bloqueur de publicité.
Abonnez-vous ! Vous êtes déjà abonné ? Identifiez-vous ici
Votre bloqueur de publicité est désactivé ?
Rechargez la page.
Gérer les alertes
S'inscrire