Comment Crutchlow est passé de l'hôpital au top 10 du GP de France

Du drapeau rouge au drapeau à damier, l'Anglais a une nouvelle fois donné la preuve d'une détermination sans faille en disputant la course du GP de France après une très lourde chute.

Comment Crutchlow est passé de l'hôpital au top 10 du GP de France

Cal Crutchlow a réussi dimanche un tour de force à la hauteur de la violence de la chute qu'il a subie la veille. Parti en highside en Q1, l'Anglais a miraculeusement échappé à toute fracture ou blessure interne importante, malgré un atterrissage abrupt sur le bitume manceau et le coup de grâce porté par sa moto qui l'a heurté lorsqu'il était au sol.

Transporté au centre médical, puis à l'hôpital du Mans, Crutchlow est resté en observation toute la nuit, avant de faire son retour dimanche matin. Il a alors reçu le feu vert des instances pour reprendre la piste au warm-up et s'est remis dans le bain. Aussi improbable que cela ait pu paraître pour quiconque avait tremblé pour lui 24h plus tôt, il a ensuite bouclé les 27 tours de course pour aller chercher une huitième place.

"Si je n'avais pas chuté hier [samedi], j'aurais probablement pu être sur le podium, car j'étais plus rapide que Petrucci vendredi et il a fini deuxième. Je suis déçu du résultat à cause de ça", résumait-il dimanche après-midi, convaincu que ses trois chutes du week-end ne remettaient pas en question son potentiel. "Je me sentais bien au début du week-end. Je sais que j'ai chuté vendredi après-midi, mais c'était plutôt parce que je roulais avec le dur à l'avant. Quand j'ai chuté hier, c'était autre chose : je n'étais pas content d'être en Q1, car j'avais fait un temps suffisant pour la quatrième place, mais une seconde après le drapeau à damier en EL3. J'étais donc en Q1, j'étais déjà fâché, j'ai perdu l'arrière de la moto, et comme vous l'avez vu, highside."

Chute de Cal Crutchlow, Team LCR Honda

Piégé par un arrière parti en glissade au Garage Vert alors qu'il tentait de se qualifier pour la Q2, Crutchlow n'a pas réussi à rattraper sa machine bien qu'il ait coupé l'accélération, et il en a été quitte pour un vol plané impressionnant. "Ensuite, les problèmes ont commencé, parce que je ne pouvais pas respirer du tout en bord de piste", raconte-t-il, taclant au passage la lenteur des instances pour interrompre la séance. "J'étais très fâché de ne pas voir les drapeaux rouges, car j'étais couché en bord de piste, avec des motos passant à côté de ma tête, avec des commissaires autour de moi qui étaient aussi en danger…" pointe-t-il. "Le drapeau rouge est arrivé, mais après le drapeau à damier ! Je sais qu'il y a une séance qualificative mais j'étais au sol, sans pouvoir respirer, et [les médecins] ne pouvaient pas s'occuper de moi parce qu'ils regardaient d'où les motos arrivaient."

Un poumon sous observation

Ce n'est pas tant le fait qu'il a eu le souffle coupé en bord de piste qui a causé l'hospitalisation de Crutchlow, mais une douleur au bassin. Une fois à l'hôpital du Mans, la présence de sang dans un poumon, révélée par les examens qu'il a passés, a convaincu les médecins de le garder pour la nuit.

"J'avais des contusions au bassin, je pensais qu'il était cassé, honnêtement, car j'avais toute la partie interne qui était endolorie quand j'étais en bord de piste. Au centre médical, j'ai passé un scanner et ils se sont rendu compte qu'il y avait un problème avec un poumon, les protéines du cœur n'étaient pas bonnes non plus, une autre raison pour laquelle ils m'ont gardé [en observation]", explique-t-il. "J'ai été sous oxygène pendant pas mal de temps, mais j'ai quitté l'hôpital [dimanche] matin. J'ai pu venir au circuit."

Cal Crutchlow, Team LCR Honda

De retour en piste au warm-up, Crutchlow était ensuite bel et bien au rendez-vous sur la grille de départ. Et il l'assure, à aucun moment il n'a envisagé d'abandonner la course, même s'il a dû composer avec les douleurs, une certaine rigidité dans le pilotage et la fatigue consécutive à son accident, après une nuit hachée.

"Je ne me sentais pas bien, car je n'ai pas dormi la nuit dernière, je ne me sentais pas top. D'abord, je suis allé me coucher à une heure du matin, […] ensuite j'ai réussi à être réveillé toutes les deux heures pour mon sang, et enfin on a essayé de sortir aux alentours de 6h30, et je ne suis pas sorti avant 8h40, 8h45. Ensuite, honnêtement, je ne pensais pas rouler aujourd'hui, pour plusieurs raisons, déjà parce que je pensais qu'on allait se faire arrêter, ou qu'on allait avoir un accident de voiture, vu comment Lucio conduisait ! C'est aussi simple que ça, mais on a réussi !"

Le feuilleton a donc pris fin dimanche après-midi avec en poche huit points sauvés avec hargne, au terme d'une course où Cal Crutchlow a encore mis en lumière son abnégation même s'il admet que celle-ci a probablement été la pire des courses qu'il ait disputées en étant blessé. "Pendant toute la course, je ne pouvais pas très bien respirer – comme vous pouvez l'imaginer, avec du sang dans le poumon", explique-t-il. "Quand j'ai chuté, je ne pensais pas que je courrais", admet-il, assurant avoir été "déterminé" à être au rendez-vous.

"Je ne voulais pas piloter pour être un héros, je voulais piloter parce que j'aime la course. Je pense que les pilotes sont tous les mêmes : on l'a vu quand Valentino [Rossi] s'est cassé la jambe, il a voulu revenir vite, on a vu à quelle vitesse Jack [Miller] est revenu après sa jambe cassée… C'est juste comme ça. C'est notre vie, c'est notre travail. Si j'avais juste abandonné et dit 'Allez, on reprend l'avion pour la maison', j'aurais su que je n'aimais pas piloter mais j'aime piloter, j'ai fait une erreur, j'ai volé, et c'est tout."

"J'ai fait de mon mieux", assure le pilote anglais. "Je ne voulais pas attaquer au début de la course, les 15 premiers tours je tournais juste en rond pour être sûr de rester sur la moto. Si j'avais chuté aujourd'hui, ça aurait été sérieux, je peux vous le dire. Le principal était de rester sur la moto et finir la course. Mais une fois que je me suis senti à l'aise, à dix tours de la fin, j'ai commencé à attaquer et j'ai pu dépasser des pilotes. Au final j'avais un bon rythme ce week-end, c'est dommage d'avoir fait cette erreur en qualifications."

Avec Michaël Duforest

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